Emigration-Première génération : Un parcours exemplaire d’une mère-courage





A 68 ans, Baya, émigrée de la première génération, considère qu’elle a rempli sa mission au bout de 43 ans passés à l’étranger. Elle n’a pas fait fortune, mais a permis à ses six enfants de réussir pleinement leurs études. Résultat : une cardiologue, un médecin réanimateur, un médecin chercheur en biologie, un ingénieur en informatique, un ingénieur en mécanique avion. En voici le secret. Le 30 novembre 1961, elle foula pour la première fois le sol français à l’âge de 24 ans. Baya venait de convoler en justes noces avec son mari qui a décroché un poste d’emploi dans la conciergerie de la poste française. La jeune dame n’a jamais mis les pieds dans une école et se trouva subitement plongée dans une autre culture, dans un autre mode de vie. Au bout de 43 années passées à l'étranger, ponctuées par des retours périodiques au bercail, elle considère que sa mission a été accomplie, car elle a permis à ses six enfants de prendre en charge leurs destinées dans les meilleures conditions. Tous occupent aujourd’hui des postes respectables : une cardiologue, un médecin anesthésiste-réanimateur, un médecin chercheur en biologie, un ingénieur en informatique, un ingénieur en mécanique avion, et un docteur en sciences physiques. Pour une femme qui n’a jamais mis les pieds dans une école, accomplir une telle performance relève d’un secret. «Confrontée à un dilemne, j’ai opté pour la formation de mes enfants, délaissant de côté l’ostentation et la course effrénée derrière la fortune», dit-elle. Alors que certains cherchaient à amasser de l’argent, Baya a choisi de s’investir dans une noble mission éducationnelle. Une question légitime brûlait les lèvres des curieux qui se demandent à juste titre comment une personne sans formation préalable pouvait-elle suivre l’évolution des études de ses enfants, à fortiori dans un pays étranger ! La méthode adoptée par Baya est simple. «Je n’ai pas cessé de rappeler à mes enfants cette devise : si vous ne travaillez pas vos devoirs scolaires, vous ne pouvez pas occuper des postes respectables et vous serez toute votre vie des agents subalternes», dit-elle. Le message a été reçu par ses enfants qui désormais n’avaient plus besoin d’une tierce personne pour accomplir leurs devoirs scolaires. Les études sont devenues leur credo et leur but dans la vie. L’on se demande si la réussite est inhérente à ce facteur uniquement. «Certainement pas !», répond la mère-courage. En effet, Baya veillait au grain et surveillait les fréquentations de ses enfants, allant même jusqu’à intervenir énergiquement pour mettre fin à des fréquentations qu’elle jugeait douteuses, selon son flair. «Je me rappelle, dit-elle, un jour ma fille est rentrée à la maison avec une amie, portant une seule et longue boucle d’oreilles, et décorant son front d’une mèche de cheveux inesthétique. Je n’ai pas hésité à lui signifier à ma façon qu’elle était indésirable». La méthode adoptée par Baya à l’époque s’est avérée concluante et lui a permis de se réconforter aujourd’hui et de bénéficier d’une retraite dorée entre Tunis et Paris. Elle lui a permis aussi de recevoir un prix de considération de l’Office des Tunisiens à l’Etranger, (espace femmes et deuxième génération), pour ses efforts en faveur de sa famille. Lotfi TOUATI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com