Colisée d’El Jem : L’œil du cyclope





Sur la route du Sahel, à travers les oliveraies, apparaît subitement la façade d'un colisée romain. C'est El Jem: un monument avec une ville autour. Cet amphithéâtre de forme elliptique est le troisième en taille après ceux de Rome et de Capoue, tous deux en Italie. Cet œil cyclopéen est enfoncé au cœur d'une petite bourgade qu'il écrase littéralement. La question qui vient à l'esprit est dans ce rapport de disproportions. Que vient faire ici ce gigantesque colosse qui pouvait accueillir 30000 spectateurs, plus que la population du patelin dans ses heures de gloire? El Jem est un lieu de spectacle, de divertissement et de rassemblement. L'équivalent des stades et des grands auditoriums d'aujourd'hui. Un modèle qui a été inventé par la Grèce. Les théâtres d'abord, comme à Epidaure, les odéons, plus modestes. Les Romains ont repris le système, l'ont développé. Les théâtres sont toujours plus grands et, grâce à de nouvelles méthodes de construction, n'ont plus besoin d'être adossés à des collines. Qui plus est, les Romains introduisent des spectacles encore plus populaires [combats de gladiateurs et autres grandes messes] et donc, les lieux qui vont avec: le cirque, le colisée, les arènes. Si certains de ces lieux de spectacles sont au coeur de grandes villes, d'autres sont à la croisée des chemins. Ainsi, à El Jem, les gens venaient non seulement de la ville, mais de toutes les agglomérations de la région pour assister aux spectacles. Comme beaucoup de ruines antiques, le colisée est enfoncé par rapport au niveau de la ville moderne. La façade extérieure, très bien conservée sur la face sud, est formée d'une superposition de trois niveaux d'arcades séparées par des colonnes corinthiennes. A l'intérieur, on peut se perdre dans les galeries circulaires voûtées, avec des ouvertures vertigineuses et des perspectives croisées. Au centre, la scène, bien conservée, contrairement à Rome, avec des galeries souterraines. L'œil du cyclope, avec, autour, les parois plus ou moins ruinées, et les restes de gradins. Une visite forte en émotions. A propos, ce colisée était connu en Europe dès la Renaissance. Il figure même en arrière plan d'un Portrait de Mulay Ahmed réalisé par Rubens au début du XVIIe siècle. Le modèle, un roi berbère était mort en 1569, mais Rubens s'était inspiré d'une composition de Jan Cornelisz Vermeyen, peintre flamand qui accompagna Charles Quint lors de son voyage en Tunisie. Dans la toile de Rubens (conservée au Museum of Fine Arts de Boston), comme dans le modèle de Vermeyen, le colisée est vu sous son meilleur jour, coté sud. Bon, après tout ça, il faut se calmer les esprits. Déguster une glace, dans un des petits cafés du coin, avant d'aller au Musée archéologique, au sud de la ville. Conçu comme une villa à péristyle, il présente, dans trois grandes salles, de belles mosaïques provenant des fouilles d'à côté. On a dégagé ici un quartier de villas romaines (qu'on visite en passant derrière le musée). Elles sont toutes conçues de la même manière: les pièces, assez petites mais nombreuses, sont disposées autour d'une galerie à portique qui constitue la seule source de lumière naturelle, les villas étant collées les une aux autres. Comme à Carthage, la conservation a eu l'idée de reconstruire une maison à l'identique.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com