«Alexandrie-New York» de Youssef Chahine : Les braises de la colère





Emouvant est le dernier film du talentueux réalisateur égyptien Youssef Chahine «Alexandrie-New York». Un voyage passionnant dans le carnet de voyage de l’enfant d’Alexandrie, Youssef Chahine dont la vie et la vision ont été bouleversées par les Etats-Unis d’Amérique. En présence des représentants de différentes institutions médiatiques, le dernier film de Youssef Chahine «Alexandrie-New York» a été projeté à la salle du cinéma ABC. Sorti il y a quelques jours uniquement en Egypte, ce film fera demain le bonheur des cinéphiles qui ont choisi de le voir sur le grand écran de l’amphithéâtre romain. Ceux qui vont le rater pour une raison ou pour une autre, qu’ils ne s’inquiètent pas, car ce film sortira dans nos salles, à partir du 1er septembre. «Alexandrie-New York», ce cri de colère et d’indignation contre la politique américaine, contre ce regard américain qui rabaisse les Arabes, a été dédié à deux figures de proue de la scène artistique égyptienne et même arabe: le penseur Edward Saïd et le compositeur Kamel Taouil. C’est dans la même lignée de «Alexandrie, pourquoi?», «La Mémoire» et Alexandrie encore» que s’inscrit ce nouveau-né «chahinien». Encore une fois Youssef Chahine fouille dans sa mémoire pour nous présenter une œuvre où l’objectif se conjugue au subjectif, l’amour à la haine, la conscience à l’inconscience… dans une belle histoire d’amour entre Yahia, l’enfant de l’Alexandrie et Ginger, la fille de New York. Une histoire d’amour qui dure depuis cinquante ans. Dès le titre déjà, le sens du voyage s’élabore… C’est l’histoire de Youssef Chahine qui a quitté Alexandrie, cette grande et jolie ville du littoral égyptien pour aller aux Etats-Unis d’Amérique afin d’étudier la mise en scène dans l’une de ses grandes écoles. Deux approches se recoupent dans ce film: l’approche socio-politique et l’approche narcissique où Youssef Chahine continue à dérouler son autobiographie tout en étant le thème central des événements. Le film commence par un grand plan sur Yahia, ce réalisateur égyptien qui refuse une invitation américaine d’aller assister à la sortie de ses films dans les salles du cinéma de New York. Une protestation contre les exactions de l’armée israélienne en Palestine; exactions encouragées selon lui par les Etats-Unis d’Amérique. Sous la pression d’un certain nombre d’intervenants, il voyage pour retrouver un ancien amour… et pour découvrir que la relation qu’il a eu quand il était étudiant a donné un enfant… Un jeune de vingt ans qui le renie parce qu’il est Arabe… Deux comédiens ont campé le rôle de Youssef Chahine: Ahmed Yahia et Mohamed Hmida. Dans ce film, Youssef Chahine se cache derrière le nom de Yahia; Ahmed Yahia, ce jeune comédien et ce talentueux danseur a réussi à nous restituer cette volonté et cette passion qui ont poussé Youssef Chahine vers la scène. Quant à Mohamed Hmida, il a bien su camper le rôle de Chahine, l’adulte qui veut se réconcilier avec son passé et qui a réussi à imposer son talent d’artiste malgré toutes les difficultés. Yosra de son côté a été comme d’habitude fine et belle en campant le rôle de cette New Yorkaise restée fidèle à son premier amour: Yahia, l’enfant d’Alexandrie. Quant à la comédienne qui a campé le rôle de Ginger quand elle était jeune, elle n’a pas réussi complètement son rôle. Elle a été froide, son jeu linéaire… Bref elle est passée à côté de la plaque. C’est dès le début que Youssef Chahine déclare son refus des Etats-Unis d’Amérique… A travers ses caméras, Y. Chahine dénude la société américaine via le comportement de la propriétaire de la pension, de quelques enseignants dans cette école d’arts dramatiques et scéniques, de l’époux de Ginger qui n’a pas caché sa haine à l’endroit des Arabes après l’augmentation des prix du pétrole en 1973… et surtout de son fils, fier d’être américain, convaincu que seul le pouvoir militaire fait la civilisation. Entre la narration et les flashs-back balance ce film. Pour éviter la monotonie de la narration, Youssef Chahine a introduit des spectacles de danse, expression corporelle qui rejette les frontières. C’est d’ailleurs ce même amour pour la scène et pour la danse qui rapproche le père du fils. Le maillon faible a été pratiquement l’absence d’un cadre qui nous rappelle que nous sommes vraiment à New York. Est-ce voulu par Youssef Chahine pour dire que le béton ne fait pas la civilisation et que derrière ces bâtiments se cachent des gens qui n’ont que peu de rapport avec la civilisation? N’importe! Chahine a su faire un joli va-et-vient entre la comédie et la danse… et surtout, il nous a offert l’occasion de voir un danseur tout feu tout flamme. A voir, puis méditer! Imen Abderrahmani


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com