Youssef Chahine au «Quotidien» : «Tout pour une solidarité arabe»





Parler avec Youssef Chahine est un vrai régal. A l’occasion de la présentation de son dernier film «Alexandrie - New-York», le «Quotidien» l’a rencontré pour une interview riche en enseignements. * Quelles sont les motivations à l’origine de la réalisation du film «Alexandrie - New-York»? - «Alexandrie - New-York» est un récit autobiographique et une quête de moi-même. Grâce aux personnages centraux, le jeune Yahia Ahmed Yahia et Mahmoud H’mida, j’ai pu véhiculer dans chaque scénario une étape de ma vie aux USA. Cette vie a été en effet marquée par un énorme engrenage de relations professionnelles, culturelles, avec aussi bien les Américains, mais également avec les jeunes égyptiens de ma génération et hommes de culture. J’ai fini, en fin de compte, par rompre avec l’expérience américaine qui a duré près de 60 ans. Et le film «Alexandrie - New-York» est venu une nouvelle fois exprimer mon hostilité vis-à-vis de la politique américaine et celle sioniste. * Quel message voulez-vous adresser aux Américains en cette période où le monde est marqué par la tourmente des guerres ? - Mon film exprime ma position et celle de tous les Arabes contre le sionisme et la politique interventionniste américaine. Pourquoi les Américains ne parlent pas du terrorisme israélien que Sharon mène quotidiennement contre les Palestiniens, au lieu de «chanter» quotidiennement le terrorisme islamiste? Les USA parlent également de la guerre contre le terrorisme dans le monde. Est-ce que les milliers de civils tués en Afghanistan et les 30.000 et plus en Irak sont tous des terroristes. Le message que je veux véhiculer est que la domination préconisée par la politique américaine et celle du gouvernement de Sharon a atteint un sommet radicalisme intolérable qui font des USA un foyer d’extrémisme. * Devant une telle situation de haine vis-à-vis des Arabes, que dites-vous aux Etats-Unis? - En ma qualité d’homme de culture, j’appelle les acteurs politiques des Etats arabes à une véritable solidarité. Je les exhorte aussi à opérer de véritables changements en profondeur au niveau des instances suprêmes de leurs systèmes respectifs. Le vrai «Islah» ne veut pas dire, comme le prétendent certains, changer toute une génération d’un certain âge, mais créer une forme de dialogue entre les différentes générations au sein d’un même système. Ce constat est valable aussi bien dans la vie politique de l’ensemble des Etats arabes que dans celle culturelle et particulièrement dans le monde du cinéma. Les cinéastes doivent oser désormais sortir de leur léthargie habituelle et prendre le risque de dénoncer ce qui ne va pas dans la société et surtout parler des vrais problèmes de leurs pays respectifs. * Partant de votre expérience à la fois arabe et internationale, quels conseils donnerez-vous aux jeunes cinéastes désirant s’investir dans le métier? - Le métier de cinéaste comporte aujourd’hui un vrai risque que les cinéastes doivent supporter aux risques et périls de leur vie. En effet, la réalisation d’un film demande beaucoup de temps. Chaque scénario prend au moins jusqu’à un an et demi. Pour produire une image, il faut des règles. Mais pour être un cinéaste de renom international il faut d’abord être «national». Il faut aussi travailler sérieusement et parfois même dangereusement. c’est-à-dire oser voir la vérité en face. De ce fait, il faut prendre le risque de transfigurer les rôles, même si parfois ces derniers donnent une autre image de nous-mêmes. Ces paramètres sont indéniables pour une réussite à la fois nationale et internationale. Entretien conduit par Ousmane WAGUE


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com