Nabil Missaoui veut rattraper le temps perdu : «Nous avons beaucoup à nous faire pardonner!»





Le fait est si rare qu’il ne doit d’aucune manière passer sous silence. Depuis la première journée retour de la saison passée, soit depuis six mois, le jeune attaquant de l’Olympique de Béja Hichem Nahdi a été victime d’une grave blessure aux ligaments croisés. Le plus simple aurait été que son club prenne bien entendu en charge son joueur et les frais de l’opération chirurgicale. Eh bien, non , jusqu’à cet été, le pauvre Nahdi a dû prendre son mal en patience et ronger son frein face à l’incroyable indifférence de son club. Nabil Missaoui, ancien Béjaois passé depuis deux saisons au Club Africain, apprit les détails de l’absurde mésaventure arrivée à Nahdi. Sa réaction a été immédiate: réserver dans une clinique de la capitale afin que Hichem Nahdi puisse être opéré et prendre en charge les frais de l’opération (environ 2500 D). Grand Seigneur, Nabil Missaoui refusa de nous relater les détails de cette histoire d’un autre âge car elle ne ressemble plus à la vorace et inhumaine race des “pros” d’aujourd’hui, insensibles dans leur majorité aux malheurs des autres et ne laissant transparaître aucun élan du cœur. On le sentit même embarrassé que nous puissions lui en parler, se contentant de répéter: “Je n’ai rien fait d’extraordinaire. Non, de grâce, contactez le premier intéressé et ne m’en parlez plus”. Et lorsque nous commençâmes à lui en rappeler les détails, il coupa court à cette séance qui aurait pourtant dû flatter son ego et eut pour toute réponse: “Non je ne suis au courant de rien”. Sacré Nabil dont la noblesse du cœur et du geste mérite d’être saluée. Comme il faudra souligner sa nette détermination à écrire, dès la prochaine saison, une nouvelle page avec le Club Africain. “Nous avons tant et tant à nous faire pardonner”, répète-t-il en effet dans cet entretien. • Comment se déroule la préparation pour la nouvelle saison au Club Africain? — Dans de bonnes conditions. Il y a une excellente ambiance derrière laquelle se trouve notre nouvel entraîneur. Le groupe se connaît beaucoup mieux qu’il y a un an lorsque débarquèrent beaucoup de nouveaux éléments au Parc “A”. L’entente est déjà là et cet acquis me paraît de la plus grande importance pour réussir nos objectifs. • Zouaoui n’est pas, à vrai dire, une découverte pour vous… — Non, loin s’en faut. Il a déjà exercé au C.A il y a deux saisons. De plus, je l’ai fréquenté lorsqu’il assumait les fonctions de Directeur technique national quand il me prodiguait ses conseils. C’est le genre de technicien complet, si l’on peut dire, fin psychologue et qui sait préparer ses joueurs en “lisant” lucidement et habilement dans le jeu de l’adversaire. Je ne serai d’ailleurs pas le seul à le dire puisque tout le monde est unanime à reconnaître les qualités et la profondeur du travail de Youssef Zouaoui. • En cette intersaison, le C.A risque de perdre Khalfaoui (déjà parti au beau milieu de la saison dernière) et Mouelhi, deux piliers dans votre effectif. Mais il a en même temps conservé Dramane Traoré dont l’influence sur le jeu clubiste est immense… — Oui. C’est déjà une belle satisfaction que de voir Dramane Traoré et Selliti revenir et repartir pour une autre saison avec nous. Quant à Mouelhi et Khalfaoui, de l’avis de Zouaoui même, ce sont deux excellents joueurs dont le club a toujours besoin. J’espère qu’ils finiront par réintégrer les rangs clubistes pour nous donner un précieux coup de main. • Qui est-ce qui vous semble avoir changé par rapport à la malheureuse saison passée? — Il faut se rappeler qu’on a perdu bêtement deux titres et l’essentiel maintenant est de savoir retenir la leçon et conserver ce qu’il y avait de positif dans l’expérience de l’exercice passé. Le plus grand changement, c’est surtout une meilleure entente du fait qu’on se connaît à présent beaucoup mieux que l’été passé. Tant psychologiquement que techniquement, cela apporte indiscutablement une intéressante plus value. • Le venue de l’arrière central guinéen Korraré Silla vous paraît-elle si importante dans les plans de bataille du CA la prochaine saison? Oui, indiscutablement. Chaque club ambitieux a besoin d’un grand joueur dans l’axe, d’un libéro capable de diriger l’arrière-garde et de communiquer son expérience aux plus jeunes. A son contact, Ben Zekri, Hicheri et les autres vont sans doute se bonifier. Nous avons concédé, l’année dernière, quelques buts-gags, tout bêtes. Un patron de la défense de l’envergure de Silla peut nous aider à y remédier. Vraiment, je suis très optimiste pour notre parcours dans l’exercice 2005-2006. Tout dépendra de nos débuts. Si on parvient d’entrée à se relâcher et à se libérer, la réussite ne peut qu’être au bout. • Et sur un plan personnel, comment appréhendez-vous la nouvelle saison? Je la placerai volontiers sous le signe du défi et de la relance d’autant plus que l’on y jouera la Coupe du monde et la Coupe d’Afrique des nations. Mon objectif est clair: sortir le grand jeu et me montrer régulier et tranchant afin de réintégrer l’équipe de Tunisie. J’ai vécu mon exclusion de l’EN juste avant la grande fête de la CAN 2004 comme un gros échec, comme une «Nakba» comme on dirait dans la langue arabe. J’ai un peu payé pour la nette baisse de régime de toute mon équipe comme j’ai dû payer le tribut d’une nécessaire adaptation à un nouveau contexte, à de nouvelles habitudes, à de nouveaux coéquipiers au Club Africain. • Oui, parce que vous débarquiez alors de l’Olympique de Béja où vous aviez pris vos habitudes. A propos, que vous inspire la relégation des «Cigognes» en Nationale «B», après une carrière de deux décennies parmi l’élite? Cela me laisse un profond sentiment d’amertume. D’ailleurs, ce n’est pas un sentiment à moi seul tant il est partagé par les sportifs et les puristes. Le goût du championnat n'est plus le même sans le ingrédients généralement apportés par Béja, capable à tout moment de piéger les grosses cylindrées ou de leur mener la vie dure. L’OB c’est aussi une grande école de football qui a produit des grands joueurs à la pelle et qui font le bonheur des plus grands clubs de Tunisie. Le gâchis est énorme. • D’autant plus que vous pourriez un jour boucler la boucle et y revenir pour terminer votre carrière? Oui, cela me ferait vraiment grand plaisir. • Mohamed Selliti qui vient, lui-aussi, de l’Olympique de Béja, serait-il votre meilleur partenaire au CA, celui avec lequel vous vous entendriez le mieux? Oui, en duo, nous avons marqué beaucoup de buts et fait des misères à beaucoup de défenses. Sous la conduite de Maâloul, je me suis libéré d’une certaine façon puis ce fut l’inexplicable blocage. Il faudra sans doute y remédier si nous voulons vivre une saison du meilleur cru et, à 25 ans, je crois que j’atteins l’apogée de ma forme physique et de ma maîtrise mentale. Il est l’heure aussi bien pour moi que pour mon club, de rattraper le temps perdu. Propos recueillis par S.R.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com