Ouverture du Festival de Carthage -“Zaza” de Fadhel Jaziri : Du bruit pour pas grand chose





“Les promesses n’engagent que ceux qui y croient”, a dit un jour Charles Pasqua. En ne tenant pas les siennes, Fadhel Jaziri, qui eut l’honneur d’ouvrir la 41ème session du Festival International de Carthage, samedi dernier, sur la scène du théâtre romain, avec son spectacle “Zaza”, lui a donné une nouvelle fois raison. A notre grande frustration… Heureusement que la première partie de la soirée, purement musicale, présentée par la Rachidia au grand complet, dirigée successivement par le maestro Abdelhamid Belâlgia, a été à la hauteur de la renommée de la troupe et de son prestige. Les mélomanes ont savouré, dans un silence quasi-religieux, le récital de malouf et de mouachahat, sobre, épuré et référentiel, qui leur a été présenté par des chanteurs et des chanteuses, tous maîtres de leur art. Ne dit-on pas qu’on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même. En seconde partie, “Zaza”, un soi-disant mégaspectacle (Ah, les mots!), s’est voulu plus visuel, plus rythmique, plus théâtralisé et plus lumineux que véritablement musical. Plus d’une centaine (on parle de 170) d’artistes sur scène, une importante chorale. Un orchestre jazzy, un programme de chants tirés du répertoire de la Rachidia, mais remis au goût du jour, tapageur à volonté, beaucoup d’effets scéniques, et, last but not least, la participation des plus belles voix que notre pays a enfantées au cours des vingt dernières années, Latifa Arfaoui, qui est venue spécialement d’Egypte, Lotfi Bouchnaq, Sonia M’barek, Karim Chouaïb et autres Zied Gharsa… se sont tous appliqués mais furtivement pour être à la hauteur de l’événement. Et puis, ce fut l’inévitable Hédi Dounia et ses chants de mezoued pour faire danser ces jeunes demoiselles, qui se trémoussaient déjà depuis un bon bout de temps sur les gradins. Les quelques milliers de spectateurs présents —les gradins n'étaient pas archi-pleins, —, et à qui on avait promis monts et merveilles, ont vite déchanté. “Zaza”, spectacle poussif, sans unité ni harmonie, s’est transformé, au fil des minutes en “zanzana”, la musique en chahut, l’art en clinquant. Il fallait s’accrocher. Beaucoup ont lâché prise avant la fin, d’ailleurs aussi laborieuse que le début. En réalité, ils n’ont pas raté grand chose. Il nous restera cependant un regard: le 70ème anniversaire de la Rachidia; vénérable institution, gardienne de notre patrimoine musical national, aurait mérité d’être célébré avec plus de simplicité ou —ce qui n’est pas la même chose— moins de prétention, de chichi et de petites ficelles. Fadhel Jaziri, qui nous a habitués à des spectacles d’une toute autre facture (“Nouba”, en 1991, co-signé avec Fadhel Jaïbi, et “Hadhra”, 1993) n’a pourtant pas manqué de moyens financiers: cent vingt mille dinars versés par le département de tutelle, sans compter les recettes du sponsoring. Le casting était aussi d’un bon niveau. La presse et le public étaient acquis d’avance pour ne pas dire complaisants. Il lui restait de transformer l’essai. Il a échoué. Il faudrait vraiment être trop indulgent pour accepter les arguments qu’il a avancés durant la conférence de presse donnée après le spectacle —qui s’est étiré interminablement— pour justifier ce sentiment de gâchis, de légèreté —dans le sens d’inconscience— et d’inachevé que nous a donné son spectacle. Zohra ABID ________________________ Murmures ... Théâtre romain de Carthage. Il était 2h00 du matin. Une foule de journalistes attendait inlassablement la tenue de la conférence de presse qui, pour je ne sais quoi, a tardé à venir. Nous avons profité de ce temps mort pour “butiner” quelques impressions. Les avis du public étaient mitigés. Ecoutons-les… — “Quand on a entendu parler des moyens financiers et autres mis à la disposition de Fadhel Jaziri, l’homme de “grands spectacles”, on s’est permis de rêver… d’un spectacle mémorable. Effectivement, on n’oubliera pas de sitôt une soirée pareille”, nous a dit une quinquagénaire, fidèle du festival depuis au moins trois décennies. — “A part le parfum de la Rachidia, on n’a rien retenu de ce spectacle tant attendu. Sauf de l’agitation, du tumulte… et de l’ennui à… mourir. On nous a “bourré” la tête avec son zanzana et pas offert une zaza”, réplique un autre festivalier, traînant lourdement ses pieds et la déception derrière-lui. “C’est fantastique. C’est magique. Ca fait longtemps qu’on n’a pas eu droit à une soirée de ce genre, de haute facture et complète”, nous lance avec détermination l’épouse d’un haut fonctionnaire de l’Etat. — “Encore une fois ils se sont moqués de nous. Le thème, pourtant du 70ème anniversaire de la Rachidia, est très inspirant. Déjà, Jaziri avait beaucoup de matière à en tirer. Il n’a pas su extraire l’élixir de notre patrimoine musical. Il aurait dû “se ramasser” un peu et non trop… ramasser”, renchérit un autre, pressé de rentrer. — “Certes, le spectacle était long mais Jaziri n’a pas le choix. Il nous a donnés tout de même l’occasion de revisiter la Rachidia. Mais à sa façon. Avec un brin de son savoir-faire, on avait droit à une soirée totale et bien concoctée”, ajoute une jeune, la vingtaine triomphante. Z.A.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com