Festivals d’été: Quand le pécuniaire l’emporte sur la qualité





D’aucuns considèrent que la qualité de nos festivals a reflué. Pourquoi a-t-on fait l’impasse sur la qualité? Quelles en sont les raisons profondes? Un budget faramineux en serait-il le garant? Où vont nos festivals ? Ce sont là des questions qui obnubilent les esprits. En voici quelques bribes de réponses en ce raccourci. C’est la litanie éternelle. On n’en finit pas de rappeler certains principes artistiques, considérés par la majorité déjà révolus. Ambigu encore, le fait que plus ou s’en tient à des critères de qualité plus ou s’enfonce dans la médiocrité. La qualité des festivals a reflué. On invoque pour cela la montée en épingle d’un art de mauvais goût sollicitant uniquement hanches et épaules. Il se trouve ainsi qu’il est suivi par un tapage médiatique sans pareil. Il va sans dire cet art vite troussé remplit les bourses des artistes et les budgets des festivals d’une monnaie sonnante et trébuchante. Cela fait sourire les directeurs des festivals à pleines dents et en fait grincer bien d’autres. Somme toute, il semble que la question se résume au fait de la manière suivante: les festivals tunisiens, depuis les années 60 jusqu’à nos jours sont-ils parvenus à résoudre l’équation du purement culturel et du nécessairement mercantile? * Vide artistique Pour y répondre il est utile de passer en revue la programmation de certaines manifestations festivalières et de brosser le tableau riche en actualités qui s’y opère ! Il est vrai que l’art vite troussé est voué à l’oubli mais, paraît-il, cela a toujours été un moyen pour survivre à des crises financières qui s’attellent à la marche des festivals. N’empêche, il est une lueur d’espoir qui se laisse voir concernant la programmation des festivals de la banlieue et quelques autres petites manifestations. Nombre d’entre eux, font contre mauvaise fortune bon cœur. Car avec un budget modeste parfois même inexistant, ils parviennent à proposer une programmation qui dépasse et de loin le smig de la qualité. Nous avons l’exemple du festival de Boukornine qui avec un budget qui caracole aux environs 120 mille dinars arrive à faire venir les stars arabes dont notamment Héni Chaker, Amina Fakhet, et Marwane Khouri, sans oublier la programmation des meilleures œuvres théâtrales ayant fait l’actualité culturelle cette année. On en cite le “Maréchal” de la troupe de théâtre de la ville de Tunis (TVT), “N’abbar Oulla man N’abbarchi” de Raouf Ben Yaghlène et “Ce coq qu’on déplume” de Lamine Nahdi. Néanmoins on ne peut faire l’impasse de la répétitivité et des solutions de facilité. Car selon le directeur de ce festival “On compte sur la bonne volonté des sponsors, les dons de la municipalité et de la subvention matérielle et artistique du ministère de tutelle”. Et M. Kaïs Ben M’rad ajoute: “Ce n’est pas une tâche simple, car il faut bon gré mal gré faire une programmation de qualité, au moindre coût, et proposer des billets à des prix compétitifs allant de 1 à 7 dinars”. Comment un festival de la banlieue est-il parvenu à cela dites-vous? Les solutions existent en fait. Pour ce qui est du festival de Boukornine la solution se trouve dans le partenariat. * Une lueur d’espoir C’est en contractant des accords de partenariat avec l’ERTT, Mosaïque FM et Canal 21 que les prix s’abaissent avec la publicité à travers les médias, par l’achat des droits de diffusion. On a ainsi l’exemple du festival de Tébourba qui reçoit une subvention de 1000 dinars du gouvernorat et du comité régional de la culture avec deux spectacles subventionnés. Deux autres sont offerts par le ministère de tutelle. Sans oublier le maigre don du privé qui a atteint cette année les 300 DT. Pour la programmation on trouve la troupe nationale de la musique sous la houlette de Abderrhamane El-Ayadi. On verra défiler sur la scène de ce festival des artistes respectés et respectueux de la troupe: Hassen Dahmani, Mokdad Shili, Adnène Chaouachi, Abdelwahab Hannachi. On aura ainsi à voir la soirée dit de la “Zarda” qui est une œuvre authentique, mélange entre la “Hadhra” et “la Nouba”. Il faut dire que la subvention est la meilleure des solutions la plus réconfortante pour les directeurs des festivals. Un sujet à revoir de près car certains festivals ayant reçu la casquette de l’international comme c’est le cas de Carthage, ont malgré un budget d’1 milliard et demi de grandes difficultés pour offrir un art de qualité. Du purement culturel “un art élitiste pour tout le peuple” nous dit Raja Farhat qui dans les années 80 a détenu les rênes du festival de Carthage. Mais l’Etat providence et tout ce qui en génère comme programmation de la qualité a fait enfoncer le festival dans des dettes que seule la convention avec la toute puissante “Rotana” a pu alléger ! Qu’en est-il cette année ? On ne peut, en fait, distribuer blâmes et satisfécits sur une programmation qui vient de commencer. Mais pour ce qui est de “Zaza” auquel on alloue le budget consistant de 120 mille dinars, et avec un contenu qui laisse à désirer, l’on se pose plus d’une question. Car l’art le vrai devrait déranger le confort et les certitudes de certains. Ne serait-ce que par le différent voire même le kitsch que l’on se fraie un chemin dans l’art. Celui-ci cultive le goût et crée des attentes. Aujourd’hui, c’est bien le contraire qui transparaît. Le modèle libanais et occidental d’un art du bruitage façonne les goûts via les médias. Une musique dissonnante court les rues. C’en est le cas pour ce qui est théâtre et bien d’autres formes d’art. Notamment c’est l’aspect mercantile qui l’emporte désormais. La qualité est sacrifiée sur l’autel du pécuniaire. La solution, l’ultime d’ailleurs serait de résoudre le problème à la source. Ce serait de réviser nos pratiques pédagogiques. C’est à l’école que l’enfant devrait apprendre à aimer l’art, à se ressourcer de son élan inspirateur pour avoir par la suite les outils de se ravitailler du bon et de rejeter le mauvais. Mona BEN GAMRA ____________________________ Quelles solutions opérer ? * Mohamed Salah Laâtil, directeur du Festival international de Monastir : “Le juste milieu...” “On essaie de trouver le juste milieu. Répondre aux attentes du public et en même temps façonner les goûts par une bonne qualité artistique. C’est un équilibre difficile à rechercher”. * Hédi Ben Rjeb, le directeur du festival de Tébourba : Le privé est sollicité...” “Je compte sur le bon vouloir des sponsors et la subvention du ministère, du Comité régional et du gouvernorat. La solution serait d’encourager le privé à investir dans les festivals et d’appeler l’ERTT” à couvrir ainsi les petits festivals. Cela amène le privé à faire de la publicité”. * Zouheïr Fethallah, directeur du festival Béni Hassen : “Difficile” “Les subventions ne sont pas l’unique solution car qu’on m’offre pour un spectacle subventionné à 2,5 mille dinars je paye mille dinars pour la sécurité et les frais du dîner etc. En plus dans la majorité des cas ce même spectacle ne rapporte pas beaucoup au niveau de l’affluence du public”. ____________________________ Subvention du ministère de tutelle •Nombre des festivals : 359 •Nombre des spectacles programmés : 3430, contre 3240 en 2004 •Les spectacles subventionnés : 1027 contre 934 en 2004. •Musique: 532 spectacles •Théâtre: 495 pièces. •Budget alloué à la subvention 2.038.000 dinars •Musique: 1.147.000 DT •Théâtre: 671.000 dinars. •Un programme de 54 spectacles pour aider les anciens artistes à l’exemple de Zouheïra Salem, Soulef, Mustapha Charfi. Le budget qui y est alloué est de 220 mille dinars.


Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com