Les jeunes et les fréquentations : Le rôle des parents, le devoir des enfants





A priori, on est censé fréquenter celui avec lequel on partage beaucoup de choses. Toute relation interpersonnelle est basée sur l’échange. L’adage : “Dis- moi qui tu fréquentes, je te dirai qui tu es” cerne le cadre du concept des relations. Si on devrait y croire, celui qui est en quête d’une relation, portera sur le front l’étiquette de la personne fréquentée. Doit-on toujours lui apposer cette étiquette? Finit-on, impérativement, par ressembler à celui qu’on côtoie? Au-delà de cette assertion, pour quelles raisons les jeunes nouent-ils des relations et ont-ils des fréquentations de toute acabit? Tunis - Le Quotidien Elle rentre chez elle, épuisée. Elle vient de rompre avec son fiancé ... Certes, cela lui laisse un arrière-goût d’amertume, mais elle pense avoir bien agi. Même si ses parents sont contre cette décision, comme ils sont contre nombre de ses attitudes, elle pense qu’ils n’étaient pas fait l’un pour l’autre. Elle tente d’appeler son amie, qui l’encourageait sans cesse à mettre fin à cette relation, à son goût déséquilibré, pour lui faire part de la nouvelle. Le téléphone ne répond pas ... Elle s’habille et prend la direction de la maison de son amie. Sur le chemin, elle essaye encore de la contacter, mais sans réponse. “Et si un malheur lui aurait été arrivé?” Se demande-t-elle. A quelques mètres de la maison, elle aperçoit son amie devant l’immeuble, vêtue d’une robe qui lui est familière ...”Mais, c’est ma robe! Devrais-je avoir oublié de la lui avoir empruntée? Se demande-t-elle. Alors qu’elle s’apprêtait à lui faire un signe de la main, une voiture, familière, s’arrête. Un jeune homme, familier, descend, fait la bise à l’amie, lui ouvre la portière et “l’amie” monte à bord ... C’était son fiancé ou plutôt son ex-fiancé ... une autre victime des mauvaises fréquentations “emballée” dans une “armure” soit disant amicale, paye encore la rançon... Vigilance, méfiance et assurance, ce sont les mots clés avant de se lier amicalement à quelqu’un. L’amitié est une union qui a beaucoup d’impact sur les personnes. Surtout quand il s’agit d’un adolescent qui est encore à la recherche de repères. L’idéal serait de choisir un ami issu d’un milieu proche du nôtre. Dans ce cas, même s’il y aura des dégâts, ils seront beaucoup moins graves. C’est la cause à laquelle croit, en tout cas, M. Khlifa Ben Abdelkader, un enseignant à la retraite qui a toujours été derrière ses enfants. “Nous ne sommes jamais assez prudents. Les fréquentations d’une jeune personne peut être décisive de son sort tout entier. Depuis le plus jeune âge de mes enfants, je les ai élevés dans une atmosphère où le dialogue prévaut. J’ai toujours été présent pour mes enfants, je les ai toujours orientés et suivis de près ou de loin. Notre relation est basée sur le discours et la confiance et je leur ai toujours appris que leurs amis doivent avoir un niveau social, économique et intellectuel très proche d’eux. Ainsi les risques sont amoindris”, soutient-il. M. Mohamed Ghazi Blaïech, commerçant est le père de deux jeunes hommes ayant presque la trentaine et d’une fille de 18 ans. Il n’agit pas de la même façon avec ses trois enfants. “Je pense que les garçons ont dépassé l’âge de la méfiance. Je les laisse faire. J’ai entièrement confiance en leur choix. Ce n’est pas le cas avec ma fille. Certes, je les ai tous éduqués de la même manière, mais elle est encore jeune. Bien que j’ai confiance en elle, je ne peux pas avoir confiance en ses amies. Il ne suffit pas qu’une fille soit issue d’une bonne famille pour qu’elle soit forcément une bonne amie! Mon astuce, est d’essayer d’être à mon tour “l’ami” des amies de ma fille ainsi j’arrive à détecter le danger à temps. Heureusement, cette méthode m’a permis de contrôler toujours les situations”, dit-il. Certains parents misent sur le dialogue à un âge très précoce. Les “instructions” données aux petits restent dès lors gravées dans leurs mémoires. C’est ce qui a facilité la tâche à Mokhtar Ghozzi, 18 ans. “Mes parents sont toujours présents pour moi. Même quand ils s’absentent, ils sont omniprésents dans mon esprit. Je me souviens qu’avant l’âge d’intégrer l’école primaire, il m’ont expliqué qu’un bon ami, doit être avant tout un garçon du même âge que moi, un garçon qui étudie, qui tient à réussir et qui est issu d’un milieu sain et équilibré. J’ai fait de ces instructions, une vraie règle à suivre que je respecte jusqu’à maintenant. Mes amis sont tous des camarades de classe, nos familles se connaissent. Au moindre pépin, je fais part de mes soucis aux parents et avec le dialogue, j’arrive toujours à m’en sortir. D’ailleurs, aucun sujet n’est considéré tabou, chez nous. Tout le monde a le droit de s’exprimer et toute la famille intervient pour résoudre un problème. Heureusement, je suis digne de leur confiance”, dit-il. * Une mauvaise image de soi Nombre de jeunes personnes n’ont pas eu la même chance que Mokhtar. Vivant dans une ambiance familiale assez instable, ces jeunes fragilisés depuis l’enfance se heurtent tout le temps à une autorité parentale un peu trop rude. Or, une éducation trop sévère peut mener l’enfant à perdre confiance en lui, d’où, le risque de vivre un échec scolaire, un conflit relationnel, une rupture sentimentale ... Mohamed 21 ans, qui a redoublé au bac pour la 3ème fois, semble le moins intéressé et le moins impliqué par sa scolarité et par son “image de marque”. Et pourtant il est très sensible à ses échecs répétés malgré son indifférence affichée. “Mes parents sont trop sévères avec moi. Depuis mon enfance, quand je commets une erreur, je suis aussitôt sanctionné et traité de ... raté ... Petit à petit, j’ai commencé à croire que j'étais un vaurien et je ne fais plus aucun effort ! Mes amis, ceux qui me conseillaient de faire des efforts et de revenir sur le droit chemin du travail et du sérieux je les ai écartés, je sentais qu’ils étaient meilleurs que moi ... Et là, quand je regarde autour de moi, je me rends compte que c’est avec des “vauriens” que je me retrouve et que je ne suis jamais critiqué. Avec eux, je me sens en confiance”, dit-il. Les difficultés qu’a vécues Mohamed l’ont implicitement poussé à nouer de mauvaises fréquentations qui confirment un vécu dévalorisant d’autant plus qu’il se sent incapable d’atteindre “l’enfant idéal” que ses parents demandent. D’autres parents agissent autrement. Depuis l’enfance, ils responsabilisent leurs enfants et leur donnent un capital-confiance, qu’ils se sentent incapables de perdre. Hayfa Bennour, bachelière de 18 ans, a grandi dans une famille où chacun est responsable de ses actes, et pour rien au monde, Hayfa ne peut supporter l’idée de trahir son image de fille responsable et encore moins de trahir la confiance des ses parents. “A la maison, on parle de tout”. Mes parents m’ont très bien éduquée, ils m’ont toujours laissée une marge de liberté tout en me disant que la liberté est avant tout un devoir et qu’elle se mérite. Je fais ce que je veux mais dans les limites de l’art. J’ai su choisir toutes mes amies avec beaucoup de soin. Mes parents les connaissent et ont confiance en mon choix. Je n’ai qu’une seule amie intime, avec le reste, je me comporte avec beaucoup de vigilance. Je n’ai pas le droit de trahir la confiance de mes parents”, dit-elle. * Pour le plaisir de la ... révolte Nombre de familles croient avoir bien éduqué leurs enfants et n’arrivent pas à comprendre pourquoi leur progéniture s’écarte parfois du droit chemin ! Il leur arrive de se remettre en question et ne peuvent pas, en parallèle, mettre leurs enfants dans une coquille pour les protéger des intrusions externes. Ils ont toujours abordé avec eux tous genres de sujets et de manière transparente, mais l’interdit continue à les animer. La réponse est pourtant facile à comprendre. La jeunesse est l’âge de la révolte, du défi, de la curiosité... Ehsen Oueslati, bachelière de 18 ans, est “têtue comme une mule”. Et elle ne le nie pas. “Ma mère est une assistante sociale, elle est toujours là, elle est très présente, elle m’a bien éduquée et m’a toujours orientée et soutenue. A l’adolescence, j’ai connu des filles que je peux classer “légères”. Mais j’était curieuse de les connaître en profondeur. Ce n’est pas qu’elles m’ont plues, mais c’était comme une sorte d’épreuve. Je voulais tester ma capacité de tenir sans me laisser influencer. Ma mère en est devenue affolée. Elle n’arrivait pas à saisir que je je pouvais fréquenter des filles pareilles. Mais plus, elle me l’interdisait, plus je m’entêtais. Une fois que j’ai senti que j’allais m’influencer, je me suis retirée toute seule avant que ne surviennent des dégâts”, révèle-t-elle. Myriam Belloussaïef, bachelière de 19 ans a agi aussi sur un coup de tête. “Mes parents gardent toujours un œil sur moi, surtout ma mère. Ils m’ont éduquée convenablement, je n’ai pas à me plaindre. Mais à un moment donné, il fallait que je “brave” cette autorité parentale. M’affranchir de leur tutelle, était une manière d’affirmer mon existence et ma personnalité. J’ai donc eu de mauvaises fréquentations, mais il fallait que je vive cela il a fallu que ces présumés amies me fassent réellement mal pour que je me retire...”, dit-elle. Abir CHEMLI OUESLATI __________________________________ L’avis du PSY: Place à la prévention Les fréquentations sont des relations à risques. Selon le docteur Regaïeg, psychiatre, la meilleure méthode à laquelle peuvent recourir les parents, c’est la prévention. “Il est essentiel que les parents expliquent à leurs enfants en bas âge quelles sont les qualités d’un bon ami, et ce, avant d’intégrer l’école. L’enfant peut ainsi se forger une image d’un éventuel ami qu’il cherchera dans son entourage”. Et le docteur Regaïeg d’ajouter: “Un bon ami, c’est d’abord quelqu’un qui vit dans un climat social, économique et familial proche du nôtre. L’âge aussi est un facteur important. Une bonne fréquentation doit répondre à une certaine conformité”. Il est préférable donc d’intervenir avant l’entame de la relation. “Une fois impliqués, les parents auront du mal à intervenir et à dissuader leurs enfants”. Un jeune, surtout à l’âge de l’adolescence, accepte mal qu’on lui impose de réagir. Il est donc essentiel selon le docteur Regaïeg, d’intervenir avant le passage à l’acte. Sinon, l’adolescent peut refuser de se plier aux ordres de ses parents, ne serait-ce que par défi. Par ailleurs, il est très probable qu’un jeune n’ayant pas vécu dans un climat stable et calme, choisisse des fréquentations plutôt mauvaises. “Nombre de jeunes souffrant de perturbations peuvent choisir des fréquentations louches, c’est une sorte de conduite sociale qui dégage le “laisser-aller” ou encore une sorte de révolte contre la perturbation qui lui a été “imposée” par la famille. En outre, les fréquentations peuvent être enrichissantes et positives dans la vie d’un jeune si elles restent dans un cadre constructif”. A.C.O.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com