Sous pression : Londres rejette l’hypothèse d’un lien entre l’Irak et les attentats





Le gouvernement britannique, sous la pression d'un rapport d'experts, a rejeté hier l'hypothèse d'un lien entre la guerre en Irak et les attentats de Londres et souligne à nouveau que l'islamisme radical menaçait bien avant ce conflit. Le Quotidien-Agences L'invasion de l'Irak en mars 2003 a placé la Grande-Bretagne "dans une situation particulièrement risquée", a souligné l'institut royal des relations internationales (Chatham House, RIIA) dans un nouveau rapport. "Cela a donné un coup d'accélérateur à la propagande, au recrutement et à la collecte de fonds du réseau Al-Qaïda, a créé une grave division dans la coalition (constituée après les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, ndlr), a offert aux terroristes liés à Al-Qaïda à la fois une cible et un terrain d'entraînement et a détourné des ressources qui auraient pu être employées à soutenir le gouvernement (afghan de Hamid) Karzai et à amener Ben Laden devant la justice", souligne le rapport. "Le Royaume-Uni est dans une situation particulièrement risquée parce que c'est l'allié le plus proche des Etats-Unis, qu'il a déployé l'armée dans les campagnes d'Afghanistan et d'Irak" et a pris un rôle majeur dans la lutte contre Al-Qaïda, indiquent aussi les auteurs du document. * Analyse contestée Le ministre de la Défense John Reid a fermement contesté cette analyse. "L'idée selon laquelle la brute ne va pas venir s'en prendre à vous si on part en courant quand elle s'approche est une idée complètement fausse, comme le savent tous les gamins dans les cours de récréations, et c'est aussi une idée réfutée par tous les éléments de preuve historique dont nous disposons", a déclaré Reid sur l'antenne de la BBC (radio). Le ministre a fait la liste d'une dizaine de pays, des Etats-Unis à la Turquie en passant par la Tanzanie ou le Yémen, qui avaient été frappés par Al-Qaïda "soit avant l'Irak, soit alors qu'ils étaient opposés à la guerre en Irak". Le Royaume-Uni, a conclu John Reid, serait tout autant en danger s'il s'était tenu à l'écart de la guerre en Irak. "Nous ne doutons absolument pas que la Grande-Bretagne était sur la liste des cibles bien avant l'invasion de l'Irak", a admis de son côté le chercheur Paul Wilkinson, principal rédacteur du rapport de Chatham House. "Toutefois", a-t-il insisté, "Al-Qaïda a tiré tout le parti possible du conflit (irakien), et nous pensons que le résultat est certainement un revers dans la lutte contre Al-Qaïda". “Je m’étonne que Chatham House déclare maintenant que nous n’aurions pas dû serrer les rangs avec les Etats-Unis, nos alliés de longue date”, a déclaré pour sa part Jack Straw en marge d’une réunion des ministres des Affaires étrangères de l’UE à Bruxelles. “Il n’est plus temps de trouver des excuses au terrorisme”, a-t-il ajouté. “Les terroristes, a poursuivi le secrétaire au Foreign Office, ont frappé partout dans le monde, dans des pays alliés aux Etats-Unis dans la guerre en Irak et dans des pays qui n’avaient rien à faire avec la guerre en Irak”. “Ils ont frappé au Kenya, en Tanzanie, en Indonésie, au Yémen, ils ont frappé ce week-end en Turquie, qui n’a pas soutenu notre action en Irak”, a poursuivi Jack Straw. “Il relève de la responsabilité des personnes dans le monde civilisé de faire face à cette terreur et de ne pas lui fournir d’excuse, quelle qu’elle soit”, a-t-il conclu. Alors que le gouvernement, avec en tête le Premier ministre Tony Blair, souligne depuis une semaine qu'Al-Qaïda a été actif depuis 1993 et un premier attentat contre le World Trade Centre à New York (6 morts), le rapport de Chatham House enfonce le clou en affirmant que Londres a négligé la menace islamiste jusqu'aux attentats du 11 septembre 2001. * Critiques Le pays, accusent les experts, a abrité pendant longtemps des extrémistes qui préparaient des attentats, provoquant la colère des gouvernements qui en étaient victimes, tandis que les services secrets de Sa Majesté concentraient leurs forces contre le terrorisme nord-irlandais. Dimanche, Chris Smith et Clare Short, deux anciens ministres travaillistes avaient déjà estimé qu'il y avait un lien entre la guerre en Irak et les attentats de Londres. Tous deux avaient aussi appelé la diplomatie britannique à se concentrer plus sur la recherche de la paix au Proche-Orient. La position du gouvernement a en revanche été soutenue par Liam Fox, le porte-parole de l'opposition conservatrice pour la diplomatie. L'Irak et les attentats ne sont pas liés, selon Fox, et "même quand les troupes britanniques et américaines ne seront plus en Irak, nous serons toujours en danger".


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com