Star d’Antan





Hamed Kammoun (E.S.S.) : Un adepte de l’organisation et du travail Hamed Kammoun, c’est de lui qu’il s’agit, outre d’avoir été un brillant joueur au sein de l’E.S.S dans les années 70, a mené parallèlement de brillantes études de médecine, tout en gardant un contact très étroit avec le monde sportif et notamment le football. En effet, notre interlocuteur qui gère un centre de médecine physique de rééducation et réadaptation fonctionnelles à Sahloul, n’en continue pas moins d’être une personnalité marquante du ballon rond, puisqu’il occupe actuellement le poste de médecin de l’équipe nationale. Très au fait de tout ce qui a trait au sport et surtout au football, la discussion avec lui est à la fois passionnante et enrichissante. Sa culture sportive, son ouverture d’esprit et sa vision futuriste des affaires du football en font un interlocuteur privilégié qui a côtoyé les joueurs les plus talentueux que la Tunisie ait jamais enfantés. * Quels sont les joueurs les plus marquants que vous avez côtoyés en votre temps? De mon temps, presque toutes les équipes avaient des joueurs talentueux qui faisaient le spectacle et attiraient la grande foule. C’était le temps où le génie et la fantaisie primaient sur toute autre considération. Les bons joueurs existaient dans tous les compartiments et notamment en attaque: Adhouma, Bakaou, Melki, Ben Aziza, Ouada, Boughnia, Khouini, Naceur Kerrit, Ben M’rad, Chaïbi, les joueurs formant l’équipe 78, et j’en oublie encore... * Comment êtes-vous arrivé à concilier entre football et études? Mon entourage familial, social et même sportif en la personne de notre président de ce temps Hamed Karoui nous incitait et nous encourageait à réussir sur le plan scolaire. En outre, sur le plan personnel, je me suis engagé sur une voie vers laquelle je me suis totalement investi. Et comme je n’accepte pas les échecs, je me suis lancé le défi de suivre des études en médecine, et une fois “le train en marche”, j’ai été obligé de suivre le rythme. A partir de là, je n’ai pas lésiné sur le moindre effort pour planifier la voie de la réussite, sans jamais connaître le moindre échec (redoublement, ajournement... pour enfin réaliser l’objectif que je me suis tracé. Tout cela grâce à une organisation rigoureuse et surtout énormément de travail qui sont les vertus principales de la réussite et du succès. J’en ai tiré une immense satisfaction personnelle. Les études ne m’ont pas empêché de suivre parallèlement une carrière de footballeur, où, là aussi j’ai connu d’intenses moments de bonheur et de joie que je garde encore présents à l’esprit. * En comparaison de votre époque, qu’est-ce qui a changé en football? Le génie créateur a complètement disparu. La technique pure, le don naturel qui étaient l’âme et l’essence de tout joueur de football est une denrée désormais inexistante. Ces vertus ont disparu avec les terrains vagues et terrains de quartier, consécutivement à l’évolution socio-culturel, économique, conjoncturel... Les enfants ne trouvent plus d’espace vital pour extérioriser leur fantaisie et leur talent inné. Et les centres de formation actuels n’ont pas encore réussi à combler le vide des centres de formation “naturels” qui ont été à l’origine de la naissance des meilleurs joueurs qu’a connu notre football. De là, à voir le paysage footballistique sombrer dans la médiocrité faute de génie et de talent pur, il n’y a qu'un pas que nous vivons actuellement. Conséquence, il est tout à fait naturel de voir le public déserter les stades, faute de joueurs capables de faire le spectacle qui est la principale caractéristique du football. * Ne vous semble-t-il pas que le football a régressé par rapport aux années 70-80? Le football actuel est devenu plus scientifique. Le travail est basé essentiellement sur le double plan physique et tactique, ce qui compense le manque de technique. Le spectacle n’est plus ce qu’il était faute de joueurs doués. Les enjeux sont devenus énormes et tout le monde cherche le résultat immédiat, au détriment d’un travail en profondeur susceptible de donner de bons résultats à moyen terme. L’ambiance malsaine qui règne autour de nos aires de jeu n’a fait que compliquer la situation et contribuer à la médiocrité dans laquelle nous nous débattons actuellement. Cela est dû, en premier lieu, aux responsables qui mettent beaucoup de pression sur les joueurs et le public se sentant obligés de courir derrière les résultats immédiats afin de sauver leur peau. Dans ce contexte, les joueurs ne peuvent plus s’empêcher de suivre la même trajectoire sous le couperet sans cesse grandissant de la pression, pour finir souvent par perdre toute concentration et par tout perdre tout court. Le football est devenu un métier. Et tout métier qui se respecte doit être fait avec plaisir. Dans le même ordre d’idées, un match est un spectacle et il doit, en principe, être négocié en tant que tel. Or, tout le monde actuellement fait des calculs, les entraîneurs, les dirigeants et même les organisateurs des matches. * Comment vous est venue l’idée d’intégrer l’équipe nationale en tant que médecin? J’ai fait une spécialité qui a un rapport étroit avec le sport. J’ai travaillé au sein de l’ESS en qualité de responsable et de médecin durant la période 1986 - 1992. A partir de cette date, je me suis installé en tant que médecin privé. Et comme la vie est faite de drôles de hasards, un responsable fédéral m’a contacté après 98 pour me proposer le poste de médecin de la sélection. J’étais fier et honoré de cette proposition que j’ai acceptée pour une année ou deux, car le challenge était excitant et enrichissant à la fois. J’ai dû prolonger l’expérience jusqu’en 2000, à l’occasion de la CAN Nigéria - Ghana, sous l’insistance de l’entourage de l’équipe. Mais ma présence en équipe nationale ne s’est pas arrêtée là, puisque j’ai été du voyage de la Coupe du monde du Japon - Corée 2002. Après cette compétition, avec 2 CAN et une Coupe du monde, j’ai senti que le moment était venu de partir avec le sentiment du devoir accompli et j’ai donné ma démission. Les changements intervenus à la tête de la sélection nationale vont encore être déterminants pour le report de cette décision. M. Hamouda Ben Ammar m’a contacté et m’a convaincu de continuer l’aventure avec le nouveau staff technique. Connaissant la personne, je n’ai pas hésité à accepter. Il faut reconnaître à ce sujet que nous avons la chance d’avoir un Président qui ne recule devant rien pour nous fournir les conditions de travail optimales. Et lorsque la confiance, l’entente et la compréhension mutuelle règnent entre les deux moteurs de l’équipe, à savoir le président et le sélectionneur national les choses ne peuvent qu’aller dans le bon sens. Roger Lemerre, premier responsable de l’équipe, a d’ailleurs, la chance d’avoir un tel Président dont le souci majeur est de permettre à tout le groupe de travailler dans des conditions favorables. De son côté, Lemerre a apporté sa touche personnelle en imposant le sérieux et le professionnalisme au sein du staff et parmi les joueurs. Il a, en outre, donné confiance à chacun dans son domaine et l’a poussé à travailler encore plus. Ce professionnalisme, cette rigueur et cette discipline, conjugués avec un travail quasi-scientifique n’ont pas tardé à donner le plus escompté et déboucher sur les résultats que l’on connaît. * Comment évaluez-vous les chances de notre équipe nationale pour la qualification à la Coupe du monde? Tout dépendra de Tunisie - Maroc. Ce sera un match décisif contre une équipe marocaine composée d’excellents joueurs. Notre groupe est lui aussi très bon. Il l’a démontré lors de la Coupe des Confédérations. Nous avons, en plus l’avantage de posséder de bonnes doublures capables de prendre la relève à tout moment. Nos joueurs sont conscients de l’importance de l’enjeu et de la difficulté de la tâche qui les attend. Il s’agit dans ces moments décisifs d’être sur le qui-vive pour ne pas tomber dans la pression à tous les niveaux: staff technique, joueurs, public... et ce, jusqu’au dernier match des éliminatoires. * Le mot de la fin. Je souhaite voir la Tunisie se qualifier pour la 3ème fois consécutive à la Coupe du monde. Sur le plan national, j’espère que les responsables de notre football trouvent les moyens de remédier aux défaillances qui minent ce sport, en accordant plus d’intérêt à la formation des jeunes. J’exprime aussi le vœu de voir les équipes redonner au sport ses lettres de noblesse et sa caractéristique majeure qui est le spectacle. Pour ce faire, les gens qui s’occupent de sport doivent en avoir le profil et en être issus. Car les intrus ont beaucoup nui à ce sport et il est plus que temps d’y remédier radicalement. Moncef Seddik _________________________________ Digest Né en 1955 à Sousse. Il a poursuivi sa carrière de footballeur à l’E.S.S depuis les écoles en 1968 jusqu’en 1981. 1981: dernier match contre l’E.S.T à Tunis (1 - 1), durant lequel Tarak Dhiab a écopé du seul carton rouge de sa carrière, à cause de Garna. 1981: a raté la finale gagnée contre le S.T : 3 - 1 pour cause de blessure. 1969: Convoqué en Equipe nationale à l’âge de 19 ans par André Nagy, où il a évolué jusqu’en 1980 A participé à tous les matches éliminatoires avec l’équipe 78 et a été convoqué parmi les 16, lors du match de qualification au mondial argentin contre l’Egypte gagné (4 - 1). A intégré l’équipe seniors de l’E.S.S à 17 ans. 1980: dernière rencontre avec l’Equipe nationale contre le Bayern Munich (0 - 0) à Tunis. 1981-82: a réussi son concours de résidanat en médecine et a raccroché à 26 ans pour obligations professionnelles.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com