Barbara Hendricks : Au royaume de la mélodie merveilleuse





La voix de Barbara Hendricks est captivante. Elle n’est plus à présenter dans le monde de la musique symphonique. Dés qu’elle la déclenche, on sent en elle un certain charme angélique qui réveille en tout mélomane ce désir de chanter et de « vociférer » avec elle les chants d’opéra. Samedi dernier sur la scène du mythique amphithéâtre romain d’El Jem, elle a enchanté et embarqué un public venu nombreux dans la chaleur des compositions des grands compositeurs de l’opéra classique. Dés qu’on voit Barbara HENDRICKS sur scène, on se rappelle automatiquement de ces longues soirées d’opéra classique organisées dans des espaces culturels de l’Hexagone, des USA en présence d’un public fou et, diffusées pour la plupart du temps en direct par de nombreuses chaînes européennes. Mais détrompez-vous, l’aura et le talent artistique de Barbara ne se réduisent pas à ces seules soirées classiques européennes ou américaines destinées à une certaine catégorie de fans. Barbara est une citoyenne du monde comme elle l’a toujours avouée. C’est d’ailleurs, dans ce contexte, qu’elle a commencé par sillonner les quatre coins du monde depuis des années en mettant son art au service des réfugiés de notre planète. Dans ce rôle de globe-trotter et outre son militantisme pour défendre la cause de ces réfugiés, Barbara a visité de nombreux pays dont la Tunisie, donnant ainsi des concerts au service de la paix et de l’entente entre les peuples. Le concert de samedi dernier qui est d’ailleurs son quatrième sur la terre des descendants de Carthage et le deuxième à l’amphithéâtre d’El Jem, entre dans le souci de connaître les autres pays et leurs civilisations qui ont toujours habité l’esprit de cette grande Diva, bref et dans la promotion des échanges culturels et dont la Tunisie a fait aussi son dada depuis belle lurette. Organisé dans le cadre de la vingtième édition du Festival International de la Musique symphonique d’El Jem qui a démarré depuis le 9 juillet et qui se poursuit au 20 août, cette soirée, troisième en son genre, a été des plus reluisantes. Une heure avant le démarrage du récital de Barbara Hendricks, toutes les 3500 places de l’amphithéâtre avaient été occupées par des fans qui s’impatientait de voir la cantatrice monter sur scène. Mais il aura fallu attendre 22heures et 15 minutes pour que Barbara sorte du hall situé tout juste derrière la scène de l’amphithéâtre romain et se diriger vers le devant de la scène, en compagnie de son pianiste chevronné Love Derwinger. * « A Dieu, l’Hôtesse arabe » Vêtue de sa fétiche robe noirâtre du genre longue camisole classique sur laquelle on peut apercevoir quelques touches de broderie en fils brillants, Barbara n’a pas perdu assez de temps. Elle entre aussitôt dans le vif du sujet en visitant les meilleures compositions de Ludwig Beethoven, tirées de son répertoire des années 1770 à 1872. Sans arrêt ni pause, Barbara a enchaîné avec les célèbres œuvres classiques de Friedrich RUKERT. Elle a ensuite repris deux autres meilleures compositions de Henri DUPRAK. Il s’agit de : « L’invitation au voyage » un poème de Charles Baudelaire et de : « Chanson Triste » un autre de Jean Lahore, interprétés par DUPRAK. Avant d’observer une pause de dix minutes, la cantatrice a également repris deux des célèbres compositions de Georges BiZET, notamment : « Ouvre ton cœur » de Delattre et « A Dieu, l’Hôtesse arabe », un poème de Victor HUGO. A la reprise Barbara s’est attaqué au long répertoire d’Enrique Granados. Elle y a puisé pas moins d’une douzaine de compositions, toutes, arrangées entre 1897 et 1916. Barbara a fini son récital par les meilleures œuvres de Xavier Montsalvatge dont : « Canto Negro » et « Punto de Habanera », deux morceaux qui ont fait la célébrité de ce grand artiste d’opéra décédé en 2002. Comme tout grand artiste, elle a apporté sa touche personnelle aux compositions classiques. Tantôt, Barbara a chanté avec des intonations montantes, tantôt avec des inflexions simplement ordinaires. On peut constater également que l’artiste a recours le plus souvent à des vociférations entrecoupées comme elle en a l’habitude de faire dans les chants d’opéra. Mais dans certains répertoires classiques qu’elle a repris, elle y a surtout recours à des enchaînements plats entre les chansons, sans pour autant même changer la tonalité de sa voix. Une façon bien particulière à elle et qu’elle utilise le plus souvent dans ses récitals. Bref son récital de samedi dernier qui a duré deux heures a été un véritable régal au grand bonheur d’un public venu nombreux. Ousmane WAGUE _________________________________ La Diva au « Quotidien »: « La musique peut et doit contribuer au dialogue des civilisations » • La musique classique passe par une période où il y’a l’émergence explosive d’autres genres musicaux, ce qui fait qu’elle est menacée aujourd’hui dans son existence. Comment peut-on la sauvegarder ? Je pense que la seule façon de sauvegarder ce genre musical, c’est d’y introduire des innovations et d’aller plus loin que les compositeurs classiques. Il faut aussi tenter de l’adapter aux goûts de la nouvelle génération en initiant de nombreux jeunes compositeurs à l’interprétation des répertoires classiques et celles modernes et, surtout, en brisant les frontières existant entre les compositeurs classiques et ceux modernes pour donner à cette musique toute sa raison d’exister et de survivre à l’instar des autres genres musicaux. • Comment voyez-vous justement l’avenir de cette musique ? Il est objectif de reconnaître que la musique classique passe aujourd’hui par une période très difficile. Elle ne fait plus l’objet d’un engouement auprès du public comme il y’a des décennies. Elle n’est pas non plus très médiatisée. A titre d’exemple, sur certaines chaînes françaises, on diffusait mes récitals régulièrement à partir 22heures. Maintenant ces mêmes émissions bien que difficilement maintenues passent parfois à 2 heures du matin et ne sont plus suivies que par une certaine élite des fans de la musique classique. Par ailleurs, cette même musique n’intéresse que peu la nouvelle génération de mélomanes. • Vous avez des origines africaines auxquelles vous restez toujours attachée. Quel rapport existe-t-il entre votre musique et celle africaine et d’autres genres comme celui arabe ? C’est vrai. Entre les répertoires classiques tels que j’interprète et la musique africaine ou arabe, il n’y’a pas de grandes similitudes. Mais la musique classique reste largement ouverte à toutes les autres influences musicales arabes et africaines. D’ailleurs, j’ai déjà arrangé des compositions avec Myriam Makeba pour le mois d’octobre 2005. Le mixage entre ces compositions et des chansons zoulous a donné une musique extraordinaire. De cette même manière, la musique peut et doit contribuer au rapprochement des cultures et au dialogue des civilisations O.W. _________________________________ Un geste de respect pour notre religion Au moment où Barbara Hendricks était plongée pleinement dans la présentation de son récital- plus précisément vers 22h15- et alors qu’elle était au beau milieu de l’interprétation du répertoire de Henri Duprac, elle a brusquement interrompu son récital, le temps de l’appel de la prière qui parvenait jusque dans les cimaises de l’amphithéâtre romain. Résolument concentrée sur la voix du muezzin, Barbara n’a pu retenir ses larmes à la fin l’appel à la prière. Un geste touchant synonyme de respect pour notre religion et qui mérite d’être salué. O.W.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com