Habib Jemaï : Un anti-conformiste endurci





Les couleurs semblent chuchoter ou parler à demi-mot au premier promeneur égaré. L’œuvre signée Habib Jemaï s’offre à qui le veut, du côté de Caliga jusqu’au 7 juillet. On n’hésitera pas à la tentation de l’embrasser du bout des lèvres ou à grandes bouchées. Ici les couleurs coulent de source et se la coulent douce. Elle transparaissent insouciantes généreuses tout comme le trait du pinceau du maître Jemaï. Mais aussi à son image d’artiste villageois natif de Ghardimaou, amoureux des cieux bleus et des grandes étendues de sable. Habib Jemaï est un anti-conformiste endurci. Aujourd’hui, il frôle ses 62 ans et continue pourtant à peindre aux couleurs de son âme d'artiste, restée intacte malgré le poids des années. L’artiste s’est formé dans le plein bouillonnement intellectuel et artistique des années 70. Ressortissant de l’Ecole des Beaux-Arts à cette époque-là, il a pu alors fignoler ses dons innés et les aiguiser par une formation académique. “Aujourd’hui, c’est tout à fait le contraire qui arrive. Des jeunes qui vont à l’école pour se former en matière d’arts plastiques. Alors que l’art est un discours personnel, un exercice des sentiments qui ne peuvent être appris sur le banc des écoles”, confie l’artiste. Et comme par humilité intellectuelle, Habib Jemaï ne lésine pas à placer son expérience par rapport à d’autres maîtres de l’art qu’il a côtoyé. Des compagnons de route du temps de Shili, Chaltout, Ben Abdallah, Ben Mahmoud, feu Hbib Chbil et Hédi Turki, etc. Jusqu’ici, il est resté fidèle à ses amis et au courant des années 70 dont il a participé à la création. Entre-temps, Habib Jemaï s’est laissé guider par d’autres expériences artistiques qu’il a pu appréhender à travers ses longs séjours en Italie. De retour en Tunisie il a participé à des expositions collectives et donné d’autres personnelles. Actuellement son exposition qui se tient à Caliga, œuvre en gouache et acrylique en bois parle des égards qu’il a gardés, dès lors, à l’art, à la danse des couleurs qu’il a délaissée quelque temps pour y revenir avec la fougue tempérée d’un artiste expérimenté. Il revient à sa toile qu’il dorlote du bout de son pinceau et qu’il comble d’une iconographie inspirée du patrimoine collectif. Il dessine la cérémonie, la fête, la musique, la danseuse. “Il faut être un bon dessinateur pour être artiste”, nous dit-il pour répondre à une question sur le phénomène de l’art, facilement hypothétique même en amateur. N’hésitez pas à rencontrer Habib Jemaï. C’est un artiste de la joie de vivre. Et comme chacun sait, le bonheur est contagieux. Mona BEN GAMRA


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com