Sujets tabous : Les jeunes rompent la loi du silence





“Chut ! C’est interdit d’en parler ! Tu es encore trop petit pour comprendre !”... Pour un enfant, nombre de questions restent sans réponses. Dans notre société, on confère un caractère sacré à nombre de sujets. Par crainte ou par pudeur, on impose la loi du silence puisque certains sujets sont classés dans le rayon des tabous. Or, l’interdit attire... Que font les jeunes pour briser les tabous ? Comment assouvir leur soif du savoir? Tunis - Le Quotidien Un enfant normalement conçu, exige de savoir le pourquoi des choses, à partir de l’âge de quatre ans. Quand on lui explique pourquoi il doit ou ne doit pas faire telle ou telle chose, il écoute et il est flatté d’être traité comme un être qui pense et il réagit en conséquence. L’enfant devient ainsi raisonnable. Toutefois, certaines questions semblent très gênantes pour les parents. Certains prennent la peine d’expliquer à leurs enfants sans entrer dans les détails. L’enfant se contente de la réponse et sentira que la porte du dialogue reste toujours ouverte entre lui et ses parents. D’autres, en revanche, imposent à l’enfant de se taire et lui passent implicitement le message que sa question est interdite ou même qu’il a commis une bêtise. Il y a aussi d’autres parents qui se sentent obligés de donner une explication à leur progéniture; or le sujet leur semble tabou. Résultat: ils leur mentent ! Dans les deux derniers cas, l’enfant grandit tout en vivant une frustration. Une fois adolescent, son besoin de découverte sera plus grand et il ne retournera plus vers ses parents... C’est ailleurs qu’il cherchera à obtenir satisfaction et là, il risque gros... Sofiène, 20 ans, étudiant, maintient heureusement un canal communicatif presque permanent avec sa mère. Sauf que cela ne date pas de nombreuses années. “D’abord cela fait à peine quatre ou cinq ans que ma mère a commencé à nouer le dialogue avec moi. Elle devrait me considérer sans histoires ou peut être sans questions avant l’âge de l’adolescence. Toutefois, nos discussions, quoiqu’elles touchent les sujets tabous, restent ambiguës... A nous entendre discuter, on entend les termes “tu vois ce que je veux dire”, “sans détails, je pense que tu comprends”... Enfin, je pense comprendre qu’elle a du mal à aborder certains sujets et même si elle en parle, elle limite les arborescences de la discussion. A mon avis, les parents doivent entamer les sujets d’ordre intime avant l’âge de l’adolescence, pour nous préparer psychologiquement à admettre et à accepter les transformations très rapides que subit le corps”, dit-il. Sofiène ne laisse pas un sujet l’intriguer. Bien qu’inscrit dans le cadre du tabou et de l’interdit, il ose sans gêne en parler à ses amis. “J'ai des amis très proches, filles et garçons, et nous parlons ouvertement de tous les interdits sans que la discussion ne tourne dans un sens immoral. C’est constructif et l’information qui parvient à l’un est aussitôt transmise aux autres”, ajoute-t-il. Dhekra, 18 ans, vit dans une atmosphère... d’interdits, sans explications et sans réponses. La jeune fille doit garder le silence. Personne ne l’a avertiede ce qui devrait se passer à la puberté... Du coup, le jour où elle a eu ses premières menstruations, c’était la vraie panique. “J’ai eu peur, j’ai cru avoir attrapé une maladie grave... Lorsque ma mère s’est rendue compte, elle s’est contentée de me dire “tu deviens une jeune fille et dorénavant tu n’as plus le droit de cotoyer tes cousins”. Cela m’a fait encore plus peur et j’ai dû en parler à mon amie intime. C’est chez elle que j’ai trouvé réponse à mes questions. D’ailleurs, elle est ma seule et unique confidente... Heureusement qu’elle a un esprit développé et qu’elle connaît beaucoup plus de choses que moi. Elle me guide, m’oriente et me conseille”, dit-elle. Mohamed Amine, 15 ans, pense que ses parents ont raison d’interdire certains sujets. Il estime qu’il est tout à fait inconvenable d’aborder de sujets classés trop intimes parce que cela éliminerait certains degrés de respect. “Il arrive que mes parents et moi parlions de sujets gênants comme les maladies sexuellement transmissibles, mais cela reste dans un cadre limité. Je ne vois pas pourquoi les parents soient amenés à nous parler de tels sujets... C’est très gênant. Nous sommes dans une société arabo-musulmane qui a ses propres normes et traditions... Et puis nous étudions, nous vivons dans une société et je trouve plein d’informations ailleurs. D’ailleurs, j’ai acquis mes connaissances sur certains sujets grâce à des films. En parallèle, je discute avec mes amis, garçons et filles. Nous avons le même âge et presque la même mentalité, c’est beaucoup plus facile d’entretenir le dialogue”, dit-il. Abir Chemli Oueslati


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com