Artisanat L’habit traditionnel à l’épreuve de la mondialisation





Que reste-t-il de l’habit traditionnel et quelle est sa place aujourd’hui dans les mœurs et le quotidien du citoyen? A ces interrogations, M. Yassine Karamti, anthropologue à l’Institut national du patrimoine, a tenté d’apporter quelques éléments de réponse, lors d’une conférence-débat organisée dernièrement à l’espace Khaldounia, sis dans les Souks de la Médina de Tunis. Depuis la nuit des temps, l’habit traditionnel tunisien n’a cessé d’évoluer et de s’adapter à son époque. Mais aujourd’hui, cet élément vestimentaire qui fait notre identité nationale est confronté à une situation difficile qui nécessite une étude scientifique très approfondie. Celle-ci doit prendre en considération son évolution depuis l'époque fatimide jusqu’à nos jours: telles sont quelques unes des idées annoncées par Yassine Karamti, lors de cette conférence initiée par l’Association tunisienne Sites et monuments. Les débats ont braqué pleins feux sur l’évolution de la broderie au fil d’or de l’habit traditionnel aussi bien dans le milieu tunisois que dans le Sahel tunisien. La diffusion des différentes modes du costume traditionnel qui, selon le conférencier, remonte à bien avant l’époque fatimide, a occupé une large place dans les différentes interventions. Pour élucider davantage le mystère lié à l’origine de la diffusion de l’habit traditionnel, le conférencier propose des études historiques, iconographiques et sociologiques et un retour aux sources anthropo-historiques qui mettent en relief l’influence des autres modes vestimentaires sur la culture tunisienne. * Une mutation exceptionnelle Pour sa part, Adel Bel Kahla, enseignant universitaire a insisté sur les mutations brutales qu’a connues l’habit traditionnel. Il a précisé que deux facteurs sont à l’origine du recul de la présence du costume traditionnel dans les mœurs et le quotidien du citoyen tunisien. Le premier facteur résulte, selon l’universitaire, du conflit entre les deux générations, lequel remonte bien avant la première moitié du siècle passé. Selon le conférencier, cette période a vu naître en Tunisie une nouvelle génération qui a privilégié le port des costumes modernes au détriment de l’habitat traditionnel. Ce qui a beaucoup influencé et contribué au recul de ce mode vestimentaire. L’autre facteur, à l’origine du recul de l’habit traditionnel, dans nos mœurs quotidiennes, n’est autre que la mondialisation. Selon l’enseignant-universitaire, deux facteurs capitaux ont joué en défaveur de notre costume traditionnel. Il s’agit de l’extension du commerce de la friperie d’une part et le développement de l’industrie du textile-habillement d’autre part. L’expansion de ces deux facteurs est à l’origine du grand recul des différentes modes du costume traditionnel. Comme la “Jebba”, la “Fouta” et la “Blouza". Et Adel Bel Kahla de préciser que l’incitation des autorités pour un retour à notre costume d’antan, a permis à cet élément de notre identité nationale de revenir sur la scène, notamment pendant la journée de l’habit traditionnel le 16 mars, et pendant certaines occasions religieuses. Toutefois, l’habit traditionnel continue de subir les conséquences générées par la mondialisation et n’est pas pris en considération, même pendant certaines occasions et périodes pendant lesquelles des remises sont consenties sur des articles vestimentaires. Raison pour laquelle, certains costumes traditionnels comme la “Jebba” continuent de coûter cher et ne sont pas accessibles au public. D’autres, à l’instar de la “kachabia”, sont en voie de disparition. D’une manière générale, les différents articles vestimentaires restent présents à hauteur de 3% dans les mœurs des habitants du nord et le gouvernorat du Nabeul, alors que leur présence reste insignifiante dans le vécu quotidien des autres régions. Un autre facteur qui confirme la conjoncture difficile par laquelle passe l’habit traditionnel. Ousmane WAGUE


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com