Karima Skalli et Lotfi Bouchnaq : Le Maghreb qui chante





Lotfi Bouchnaq et Karima Skalli se sont rencontrés pour la première fois au Festival de Fès, en 2000. Entre le chanteur-compositeur tunisien et la chanteuse marocaine, le courant est très vite passé. L’idée d’un travail commun est venue — tout naturellement — couronner cette amitié musicale et artistique. La chanteuse marocaine Karima Skalli a passé quarante-huit heures à Tunis au début de la semaine. Objet de son court séjour : donner les dernières retouches (en studio) à un spectacle musical sous la direction de Lotfi Bouchnaq. Ce spectacle intitulé «wassla» a été entamé en 2003. Il devrait donner lieu à un spectacle à l’Institut du Monde Arabe (IMA), à Paris, mais aussi à deux tournées au Maroc et en Tunisie. Il sera aussi programmé au prochain Festival de La Médina, en octobre 2005. «Wassla», composé sur la gamme «rast», est constitué de parties orchestrales et d’autres chantées, avec la variété des genres (et de registres) qui font la spécificité de la musique arabe : «mawel», «dawr», «mouwacheh» et autres «lounga». Au menu aussi : un duo Karima Skalli/Lotfi Bouchnaq, «Habbina», composé par ce dernier sur un texte de Adam Fathi. Karima Skalli est native de Casablanca. Sa famille, assez conservatrice, l’a beaucoup encouragée à chanter, mais seulement... en famille. Elle était passionnée de musique, mais elle a dû faire des études classiques avant de se spécialiser en comptabilité. Plus tard, comme toute jeune marocaine de bonne famille, elle se marie et se dévoue à ses devoirs d’épouse et de mère de famille. Sa passion pour la musique et le chant n’a pas tari pour autant. Au contraire : elle a continué à chanter, toujours en famille. Entre-temps, ses enfants (un garçon et deux filles) ont grandi. L’aîné est même entré à l’université. La quarantaine sportive, Karima peut renouer avec sa vocation première et réaliser son rêve d’enfant : être chanteuse. En 1998, elle décide de se consacrer enfin à la chanson. Et c’est en Tunisie, un an plus tard, qu’elle donne son premier concert, «Jalsa ârabia» (soirée arabe), avec l’Irakien Nacir Chamma, l’Egyptien Ibrahim Hafnaoui et la Tunisienne Abir Nasraoui, dans le cadre de la 25ème session du Festival de La Goulette. La même année, elle donne un concert à l’Opéra du Caire, dans le cadre du 8ème Festival de la Musique Arabe, où elle interprète des chansons de la diwa libano-égyptienne Ismahane. C’est à cette occasion qu’elle fait la connaissance de Mokhtar Rassaâ, directeur du Festival de La Médina, et de Hassen Bouzriba, ancien directeur du Festival international de Carthage, qui apprécient ses qualités vocales et d’interprétation et l’assurent de leur soutien. C’est ainsi qu’elle donnera deux concerts en 2000, le premier en solo au Théâtre de la Ville de Tunis, et le second avec Yousra Dhabi, luthiste tunisienne, à Bir Lahjar, dans le cadre du Festival de La Médina. La même année, elle chante des poèmes soufis d’Ibn Arabi et Dhounoun Al-Masri, dans le cadre de la 1ère session du Festival des Musiques sacrées de Fès, sous la direction du luthiste et compositeur marocain Saïd Chraïbi. C’est ce dernier qui l’initie au chant soufi et au «qacid» en général, dont elle se passionne. C’est au cours de ce festival, qui a vu défiler des grands chanteurs comme l’Américaine Wilhmina ou la Suédo-américaine Barbara Hendriks, qu’elle fait la connaissance de Lotfi Bouchnaq, un chanteur qu’elle apprécie beaucoup. Les portes de la célébrité s’ouvrent enfin devant elle. Ainsi, fin 2000, elle chante à l’IMA accompagnée de Nacir Chamma et Abir Nasraoui, des poèmes d’Adonis en présence du grand poète syro-libanais. En juin 2001, elle participe à l’hommage rendu à Kawkeb Al-Charq (l’Etoile de l’Orient) Oum Kalthoum. Elle est invitée, une troisième fois, en décembre 2003, par les dirigeants de cette institution parisienne pour interpréter dans le cadre de la manifestation appelée «Le Printemps des poètes», les «Rubayiat» (Quatrains) du poète persan Omar Al Khayam, chantés pour la première fois par la même Oum Kalthoum. Une année plus tard, c’est à l’invitation de l’Opéra du Caire qu’elle se produit, une quatrième fois à l’IMA, à l’occasion de l’Année de l’Egypte en France. Elle donne à cette occasion deux concerts intitulés «Les Etoiles du Nil», en hommage à Ismahane. Partout où elle se produit, ses prestations sont fort appréciées. Conséquence : les invitations pleuvent de partout. Elle essaie d’y répondre tout en essayant de rester dans le domaine qu’elle s’était choisi : le «qacid», c’est-à-dire le chant arabe classique. Son actuelle collaboration avec Lotfi Bouchnaq devrait lui ouvrir de nouveaux horizons. Zohra ABID


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com