Le tabac en Tunisie : Un bilan alarmant





Une conférence nationale organisée hier sous le thème : «Le sport, la santé et le tabac», a présenté un bilan encore alarmant du fléau du tabagisme en Tunisie. Tunis-Le Quotidien La cigarette tue chaque année 4,9 millions de personnes dans le monde. Ce chiffre effrayant sera multiplié par deux en 2020. De plus, la moitié de ces victimes de la clope meurent en plein âge actif. Pourtant, on ne cesse de fumer. En Tunisie, les endroits publics et de travail sont encore insupportables à cause de la fumée. Bafouant la loi qui existe mais qui n’est malheureusement pas appliquée, les fumeurs restent inconscients et persistent et signent. Hier, le monde fêtait la Journée mondiale sans tabac. A cette occasion et dans le cadre aussi de la célébration par la Tunisie de l’année internationale du sport et de l’éducation physique, le Comité national olympique tunisien a organisé une conférence nationale : «Le sport, la santé et le tabac». D’éminents spécialistes en médecine préventive, médecine sportive, cancérologie, cardiologie et maladies pulmonaires se sont réunis pour présenter un état des lieux plutôt alarmant grosso modo. Car en dépit de certaines prémices d’optimisme de par les chiffres annoncés, le bilan n’est pas satisfaisant. La tendance générale est, le moins qu’on puisse dire, inquiétante en effet : Le tabac sévit dans le milieu des jeunes. La plupart des intervenants ont souligné cet aspect et appelé à un travail intensif à ce niveau. Le Pr Farhat Ben Ayed, cancérologue et président de l’Association tunisienne de lutte contre le cancer (ATCC) a présenté les résultats d’une étude réalisée récemment par l’ATCC en comparaison avec une autre faite en 1993. Il en ressort que la population 20-24 ans devra désormais faire l’objet d'un grand travail. 36,1% de ces jeunes fument. D’ailleurs, la moitié des fumeurs tous âges confondus tirent dans leur première cigarette entre 15 et 22 ans. Ils le font en premier lieu par simple curiosité et suite à l’incitation de leurs camarades. Ce que le Pr Ben Ayed propose en particulier c’est d’interdire la vente en vrac des cigarettes. C’est un moyen de dissuader spécialement les jeunes à «persévérer» dans ce fléau. Celui-ci est la première cause du cancer des poumons, selon le spécialiste qui précise que ce type de cancer est la première cause de mortalité chez les hommes en Tunisie. Toujours dans le cadre des «pauvres» poumons qui constituent la première cible directe du tabac, le Pr Jalloul Daghfous, pneumologue, a confirmé ce constat horrible. «70% des décès par maladie pulmonaire dans le monde sont dus au tabac». * Des risques à la pelle Il se trouve que la cigarette est à l’origine de toutes les bronchites chroniques en plus du fait qu’elle soit la cause de presque tous les cancers du poumon. Le comble, c’est que nos concitoyens ne réagissent pas lorsqu’ils toussent, crachent et sont essoufflés. Ils se laissent alors traîner jusqu’au stade de la bronchite chronique obstructive qui se présente avec une expiration d’air à la limite de l’impossible. Après quoi, c’est l’insuffisance respiratoire qui donne lieu à une insuffisance cardiaque. Et le Pr Daghfous d’ajouter qu’on a affaire à une véritable bombe à retardement dans la mesure où l’augmentation du tabagisme féminin est en nette progression, doublée par un tabac précoce. A la mauvaise surprise de ceux qui se croient à l’abri des risques grâce à leurs cigarettes «light», il s’agit en fait d’une fausse conviction. Ce type de clopes ainsi que le filtre n’ont pas d’effet remarquable ni quoi que ce soit de cet ordre sur le risque de cancer broncho-pulmonaire. Cette nocivité incroyable mais vraie du tabagisme a été mise en exergue également par le Pr Rachid Boujenah, cardiologue et président de la Société tunisienne de chirurgie cardio-vasculaire. Après avoir rappelé que les pathologies cardiaques se placent e tête de liste des causes de mortalité et de morbidité dans le monde chez les tabagiques, le spécialiste a précisé que le tabac vient en troisième position des facteurs de risques cardio-vasculaires. En cardiologie, la différence entre fumeurs et non-fumeurs est claire. Le tabac augmente les accidents vasculaires cérébraux de tous types. Pis encore, les fumeurs font deux fois plus d’infarctus du myocarde à un âge dix ans plus jeune que les non-fumeurs. Sans oublier le risque de la mort subite qui est multiplié par dix à cause de la cigarette. Si l’inconscience des adeptes de la cigarette est révoltante, elle l’est encore plus quand il s’agit de personnes sportives. On est stupéfait effectivement devant des sportifs d’élite dont le un cinquième est fumeur. Ce chiffre figure parmi les résultats d’une étude présentée par le Dr Zakia Bartagi. N’étant que préliminaire, cette étude montre toutefois que la fréquence du tabagisme dans le milieu sportif est déjà importante. 85% de ces sportifs appartenant à des disciplines individuelles et des sports d’équipe, croient que le sport élimine les méfaits du tabac. «Ce qui est dramatique à mon avis», a commenté le Dr Bartagi. Cet état des lieux qui prouve que le tabagisme est une épidémie grave et dangereuse, montre par la même occasion l’inefficacité des campagnes de lutte entreprises jusqu’alors. Il faut réfléchir sur de nouvelles méthodes non connues par le public afin de réussir à renverser la situation. Et comme le cadre est sportif, le Pr Ben Ayed a proposé de faire appel à des sportifs de renom pour qu’ils adoptent la lutte. Chose qui a été déjà faite avec Zoubeïr Baya et son fils. Maryem KADA ________________________ 20% des collégiens fument L’augmentation de la prévalence tabagique chez les jeunes est spectaculaire. Une enquête a été réalisée sur 4.688 élèves des 7ème, 8ème et 9ème années de base dans une cinquantaine d’établissements publics, montrent que 20% de ces collégiens fument. Dr Alya Mahjoub, directrice de la médecine scolaire et universitaire, a précisé que sur l’ensemble de ces fumeurs, 28,7% sont des garçons et 7,2% sont des filles. Ils sont quand même presque au même nombre à avoir l’intention de se mettre à la cigarette l’année suivante. Par ailleurs, cette enquête condamne l’accessibilité et la disponibilité du tabac. Les bureaux de tabac n’accordent, en effet, aucune attention à l’âge de ceux qui achètent des cigarettes. Même s’ils ne sont pas très nombreux, ces collégiens, à acheter leurs clopes, ils se débrouillent plutôt pour en avoir dans leur entourage. Dr Mahjoub a proposé à l’issue de son intervention d’introduire la lutte contre le tabac dans les manuels scolaires, l’interdiction de la vente de cigarettes aux mineurs et le parrainage des établissements scolaires par des ONG. M.K. ________________________ Femmes inconscientes Plusieurs femmes fumeuses n’arrêtent pas le tabac pendant leur grossesse. Elles oublient entre-temps ou ne savent pas que le fœtus fume autant que sa mère. Quand il naît et qu’il subit donc un arrêt brutal de ce tabac, il est très mal au point. Il court en plus d’énormes risques de maladies cardio-vasculaires et respiratoires. Par ailleurs, les fumeuses sont exposées à un autre risque parmi ceux déjà courus par l’homme. En effet, le statut hormonal de la femme non-fumeuse la protège de la maladie coronaire jusqu’à la ménopause. Mais à cause de la cigarette, elle ne bénéficie plus de cette vertu du statut hormonal. M.K.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com