Traumatisé par le choc référendaire : Chirac tente de sauver la fin de son mandat





Désavoué par le “non” français à la Constitution européenne, le président Jacques Chirac a tenté de sauver la fin de son mandat en nommant un "gouvernement de combat", mais ses adversaires et la presse évoquent déjà le "crépuscule" d'un chef de l'Etat dont l'autorité vacille. Le Quotidien - Agences Après le "cataclysme" du référendum de dimanche, Chirac, qui bat des records d'impopularité, a joué une de ses dernières cartes en nommant mardi comme Premier ministre son fidèle lieutenant, Dominique de Villepin. Mais il a été contraint de l'associer à Nicolas Sarkozy, numéro deux du gouvernement et ministre de l'Intérieur, qui brigue ouvertement sa succession en 2007. Ce choix ouvre une période d'incertitudes, tant le risque de conflits apparaît grand entre Dominique de Villepin, un aristocrate qui n'a jamais eu de mandat électif, entouré de ministres "chiraquiens", et Nicolas Sarkozy, 50 ans, homme le plus populaire à droite, qui a promis qu'il garderait sa "liberté de parole" et attend son heure. Les critiques pleuvent également sur le choix, annoncé avant-hier, d'une équipe ministérielle reserrée autour des fidèles de Chirac. "Chirac verrouille", titrait vendredi le quotidien populaire Le Parisien en évoquant le nouveau gouvernement de 32 ministres. Le quotidien de gauche Liberation évoquait lui un "ultime replâtrage d'une Chiraquie à l'agonie". Les adversaires du président, à droite comme à gauche, ont dénoncé une "bunkérisation" du pouvoir et évoqué un climat de fin de règne dans un pays où le référendum a révélé de profondes fractures sociales. Face à l'avalanche de critiques sur sa personne, le président Chirac, 72 ans, semblait n'avoir qu'un seul objectif immédiat: tenir. * L’exemple de Gaulle Il est, en effet, devenu le second chef d'Etat français à perdre un référendum, après Charles de Gaulle, en 1969, qui avait immédiatement démissionné, estimant rompu le lien qui le liait au peuple français. Mais le président Chirac avait exclu à l'avance de suivre cette voie. Au lendemain de la victoire du “non”, sa cote de popularité plonge. Seuls 24% des Français lui font désormais confiance, selon un sondage publié jeudi. Le président français Jacques Chirac aurait dû démissionner après le non des Français à la Constitution européenne, qui traduit un rejet de sa politique, estime l’influent hebdomadaire britannique The Economist. «La cause des problèmes de la France n’est pas l’Europe, ni le capitalisme mondial, ni les socialistes rebelles, ni l’extrême droite, ni l’extrême gauche. C’est Chirac», affirme le journal dans son édition datée du 4 juin. «Son incapacité à se montrer franc avec les Français concernant la nécessité des réformes revient le hanter. C’est pourquoi une meilleure réponse de sa part (ndlr : plutôt que de changer de Premier ministre) aurait été de suivre l’exemple de Charles de Gaulle lorsqu’il avait perdu un référendum en 1969 : accepter sa responsabilité et démissionner». L’hebdomadaire libéral et des milieux d’affaires s’en prend aussi au nouveau Premier ministre Dominique de Villepin, «produit aristocratique d’une élite technocrate et personnification de tout ce que les Français viennent de rejeter». De Villepin, «qui n’a jamais détenu un portefeuille économique et a récemment appelé à un programme d’inspiration plus sociale, a peu de chances d’être plus courageux que ses prédécesseurs», prédit l’hebdomadaire. * Fracture sociale En 1995, Chirac avait mené une brillante campagne présidentielle sur le thème de la "fracture sociale", qu'il promettait de terrasser, suscitant un grand espoir dans la société française. Dix ans plus tard, la "désespérance sociale" dans un pays frappé par un chômage qui touche 10,2% de la population active, effrayé par les délocalisations d'entreprises, a fait basculer une majorité de Français dans le camp du non. Et la nouvelle promesse de Chirac de faire de l'emploi la "priorité" du gouvernement ne convainc plus. Journaux et hebdomadaires ont décrit un président usé par dix ans de pouvoir, ayant perdu la main, coupé du pays. De nombreux commentateurs jugeaient cette semaine impossible un éventuel troisième mandat pour Chirac, un temps évoqué par son entourage. La route, à présent, est courte qui le mènera à la fin de son mandat: 2007 n'est plus l'horizon, c’est un rideau qui tombe", notait un éditorial de l'hebdomadaire l'Express qui évoquait le "crépuscule de Chirac".


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com