L’Europe affaiblie: Les Etats-Unis partagés entre embarras et satisfaction





La perspective d'une Union européenne durablement affaiblie partage les Américains, entre ceux qui redoutent de voir un partenaire important se replier sur lui-même, et ceux qui sont ravis de voir l'idée "d'Europe puissance", rivale des Etats-Unis, sérieusement compromise. Le Quotidien-Agences Les dirigeants américains répètent sans relâche depuis l'échec des référendums français et néerlandais qu'ils souhaitent continuer de travailler avec une "Europe forte", sans se prononcer spécifiquement sur le projet de constitution pour l'UE. La crise européenne actuelle place toutefois en situation délicate l'administration du président George W. Bush, qui a investi depuis le début de son second mandat, en janvier, une partie de son crédit international dans une politique d'ouverture envers les Européens, après les déchirements sur l'Irak. Ce changement s'est traduit par un appui américain aux efforts européens pour trouver une issue négociée à la crise du programme nucléaire iranien, ainsi que par une relance des efforts communs pour la paix au Proche-Orient. Les pressions communes entre Européens et Américains au Liban ou en Ukraine ont également amené Bush à penser qu'une Europe unie pouvait être un partenaire utile pour ses plans de promotion de la démocratie. La tenue le 22 juin à Bruxelles d'une conférence sur l'Irak, parrainée par l'UE et les Etats-Unis, consacre également une approche apaisée sur ce dossier sensible. "Le rejet de la constitution est un revers, pas un triomphe, pour les Etats-Unis et les principes qui sous-tendent actuellement leur politique étrangère", estime Philip Gordon, directeur du Centre sur les Etats-Unis et l'Europe de la fondation Brookings, dans une tribune sur le site online de la revue The New Republic. * Malaise et intérêt "D'un point de vue américain, cela va renforcer le sentiment de malaise et d'incertitude autour de l'Europe, avec l'idée que ce continent est sur une mauvaise voie économique et que ses objectifs stratégiques sont confus", assure de son côté Robin Niblett, du Center for Strategic and International Studies (CSIS). Le rejet français et néerlandais du traité fait toutefois les délices d'une large partie de la droite américaine, ravie de voir les Européens torpiller d'eux-mêmes l'idée d'une Europe potentiellement rivale de l'Amérique. Les "néo-conservateurs" et la presse proche de la droite du parti républicain martèlent depuis une semaine des arguments sur la mort annoncée - et bienvenue de leur point de vue - de l'Europe intégrée. Le rejet de la constitution "est largement utile pour les intérêts américains en Europe", se réjouissait le Wall Street Journal, dans un éditorial après le vote français. "Le traité aurait pu rendre plus facile la promotion d'une politique étrangère européenne, pour laquelle la France et l'Allemagne voient l'Europe comme un contrepoids au pouvoir américain. L'échec de la constitution va faciliter la tâche des Etats-Unis pour constituer de futures coalitions de pays volontaires", estime le quotidien des milieux d'affaires. Les Etats-Unis et l'UE sont également en rivalité économique constante, comme le montre la relance lundi dernier, à l'initiative de Washington, du conflit entre Airbus et Boeing devant l'Organisation mondiale du commerce (OMC). D'autres spécialistes américains, comme Walter Russell Mead, du Council on Foreign Relations, estiment toutefois que la constitution, morte ou pas, ne change pas radicalement l'équation euro-américaine. "L'administration Bush ne s'attendait pas à ce que les relations changent fondamentalement, avec ou sans ce traité", estime-t-il. "Le sentiment qui prévaut aux Etats-Unis est que les vrais problèmes de l'Europe sont liés à sa faible croissance économique, ainsi qu'à des problèmes démographiques et d'immigration, auxquels la constitution apporte peu de solutions", affirme-t-il.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com