Pollution sonore et verbale : Les jeunes font leur mea-culpa





Bruits discordants, cacophonie, couacs et termes assourdissants... semblent être la “spécialité” de la tranche juvénile surtout durant l’été. Certains vont même jusqu’à la violence verbale. Pourquoi cette tendance tapageuse et braillarde ? Les jeunes prononcent le verdict. Tunis - Le Quotidien Il est quasi impossible de nos jours d’être épargné des termes outrés, disgracieux et déplacés qu’on attend à longueur de journée dans les rues et les lieux publics. La majorité d’entre nous a dû aussi, au moins une fois, avoir du mal à s’endormir parce que sous la fenêtre, il y a une bande de jeunes qui ne régulent pas le volume de leur voix au dessous de la moyenne ou parce que leur baladeur CD est branché sur une onde de... “too much noise”. Se croient-ils seuls au monde? Sûrement pas ! Comment expliquer dès lors cette grande fureur et ce plaisir à faire tant de bruit là où ils passent ? Sami, 23 ans, étudiant, pense que ce genre de phénomène est directement lié au côté révolté et rebelle existant chez la majorité des jeunes. Certes, il arrive que quelques mots “grotesques” lui échappent, mais il suffit qu’il remarque la présence d’autres personnes pour qu’il demande des excuses et qu’il sente l’adrénaline lui monter aux joues... de honte. “Il m'arrive de brancher ma chaîne sur des watts très avancés, mais jamais lors de la sieste ou au-delà de minuit. Même si cela rentre dans le cadre de la liberté individuelle, il ne faut pas oublier la liberté des autres aussi. Quant aux gros mots, il m’arrive de disjoncter et quelques mots m’échappent involontairement, mais cela reste dans un cercle restreint de copains. Toutefois, nombre de personnes dont les jeunes le font intentionnellement. Pire encore, ils trouvent dans ce genre de lexique une forme de se faire remarquer... Or ce n’est à mon avis que le résultat d’une éducation trop molle et erronée et aussi d’un complexe d’infériorité qu’ils camouflent via la violence verbale”, dit-il. Aymen, 23 ans, étudiant, trouve que ce phénomène ne peut être l’exclusivité des jeunes. Il pense que filles et garçons, hommes et femmes sont logés à la même enseigne. “Il suffit d’être dans un lieu public pour qu’on entende ce genre de gros mots et d’injures. Il se peut que les filles soient à présent autant indélicates et vulgaires que les garçons. A mon avis, seules les personnes limitées intellectuellement agissent de la sorte. Pour réussir à se faire montrer, ils crient haut et fort des gros mots. Idem pour les tapageurs qui ne cherchent qu’à attirer l’attention des autres. D’ailleurs, quand quelqu’un intervient pour leur demander de se taire, ils le traitent de rétro ou de fils à papa ! C’est conçu comme une mode consommée sans aucune modération. Pourtant, cela explique qu’il y a une défaillance au niveau de l’éducation et une carence de la personnalité”, dit-il. Rabeh, 19 ans, pense aussi que ce genre de comportement (bruits discordants et violence verbale) ne reflète qu’un complexe d’infériorité poussé à l’extrême. “Je trouve que ce genre de comportement est une réaction compensatrice pour vaincre un sentiment d’infériorité. Nombre de sujets croient à tort qu’ils peuvent se faire passer pour des... “durs”, or ils ne peuvent que récolter le mépris et l’irrespect. Je peux comprendre qu’un homme agisse de la sorte, c’est à la limite une “affaire de mecs”, mais que dire d’une fille qui ose balancer ce genre de lexique au vu et au su de tous”, dit-il. Zina, 27 ans, une étudiante en troisième cycle, trouve que ce comportement fait partie de la norme de tous les jours ! Elle ne voit pas que ce comportement doit être éradiqué du moment qu’elle le juge comme une échappatoire. “Les personnes qui font du bruit et qui râlent, cherchent à se tirer de la frustration et de la routine. Ils ont du mal à extérioriser leur sentiment, peut-être qu’ils ont été indignés, et c’est seulement à travers de tels comportements qu’ils ont l’impression d’évacuer leur stress et de se faire respecter. Car généralement tout le monde évite les confrontations avec les grincheux et les raleurs... Ils osent et, du coup, ils ont la paix!” , dit-elle. Décidément, si pour éviter tous les problèmes avec l’entourage et pour se garantir une “protection”, on devrait râler et balancer des mots outrés à tort et à travers, on se demande à quoi peuvent servir les mœurs et la morale ! Mohamed Ikbel, 20 ans, comprend les dessous du phénomène mais ne le légitime en aucun cas. “Quand je suis avec un cercle très restreint et entre mecs, je me permets quelques... dépassements. Cela dit, je ne le fais jamais chez moi, ou dans un lieu commun sinon cela bascule du contexte de la plaisanterie et du défoulement dans un contexte beaucoup plus grave: la mauvaise éducation et l’immoral”, dit-il. Ikbel pense que ce phénomène devient très banalisé et cela peut être traduit, selon lui, par l’influence et l’effet de contagion. “Les personnes concernées par le phénomène expriment une colère, une révolte et une frustration. Ils ont besoin de l’effet “phare” parce qu’ils ont beau essayer de se faire une place, mais ils n’ont ni les moyens, ni les atouts qu’il faut. Ce sont généralement des individus ayant un niveau intellectuel qui laisse à désirer ou encore une carence psychologique importante... Ils compensent et camouflent leur infériorité par ce genre de “noise”, implicitement pour se venger des autres et pour dire qu’ils sont capables du pire.. Et c’est faux”, dit-il. Presque tous nos interlocuteurs sont contre la pollution sonore dans ses multiples formes. Et pourtant, ils ont tous été sujets à ce genre de comportement. Drôle de logique ! Quand on sait que c’est nuisible, que cela dérange les autres et que cela explique un certain complexe, pourquoi ne pas arrêter ?! Abir CHEMLI OUESLATI


Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com