Colette Fellous : Le livre des jours





La Tunisienne Colette Fellous a ramassé ses jours et les accrochés sur quelques branches de la mémoire, dans un beau roman qu’elle a appelé “Aujourd’hui”, présenté avec bonheur aux librairies Clairefontaine de Tunis (9 juin) et la Marsa (11 juin). Ecrire c’est se souvenir. Car on n’invente rien. Tout est déjà là, dans les méandres de la mémoire, les recoins du passé. Ecrire c’est invoquer, avec la magie des mots et la musique des phrases, les moments anciens, les blessures jamais guéries, les joies éphémères. Cette définition de l’écriture convient en tout cas à Colette Fellous qui, d’un roman à un autre, ne cesse de revisiter sa propre mémoire, de ressusciter un passé qu’elle porte en elle comme une promesse de bonheur jamais accompli, comme une douleur aussi qui la fait vivre. Dans “Aujourd’hui”, son dernier roman (Editions Gallimard, Paris 2005, 136 pages), Comme Amor (1997) et “Avenue de France” (2001), elle ressuscite son passé en Tunisie, son enfance, son adolescence, les rues, l’architecture, les êtres, les objets, les sensations, les émotions, les noms, …et tout ce qui est resté accroché dans les branches de la mémoire. Yves Mezières, responsable des livres à l’Institut français de Coopération qui l’a présentée avant-hier à la librairie Clairefontaine de Tunis, a comparé son travail sur la mémoire à celui de Marcel Proust dans “A la recherche du temps perdu”. Au départ, c’est un retour au pays de l’enfance, puis un tas de photos glanées ça et là, que l’auteur interroge et qui commencent à lui parler de ce qu’elle fut, il y a longtemps, et de ce qu’elle a vécu en Tunisie avant de la quitter à l’âge de 17 ans en 1967 pour aller s’installer en France. “Cette histoire personnelle renvoie à l’histoire comme une valse, un tourbillon, un chant de la vie”, dit Yves Mezières. La mère qui ne sort jamais de chez elle, le père dont elle portera longtemps la tragédie, la plage, les corps, les désirs, les mots, les bruissements…, le temps perdu, le temps retrouvé. La mémoire se déploie, le texte se construit comme une lancinante musique intérieure. “Aujourd’hui” c’est donc hier, les jours passés, tous les jours passés, mais les jours ne passent jamais définitivement, car ils reviennent toujours… Et c’est l'écriture qui opère ce retour, incessant, éternel, par des jaillissements, des éclats, des bris de mémoire, des morceaux d’un puzzle, jamais achevé. “La Tunisie pour moi est une présence fondamentale. C’est ici que j’ai connu le monde et éprouvé mes premières émotions. Si j’y reviens toujours, c’est parce que tout est là, et que rien n’a changé”, raconte Colette Fellous qui évoque son expérience de l’écriture. Son dernier roman est selon ses mots: “une longue rêverie, une valse, une mosaïque”, où Fartouna (Fortunée), son deuxième prénom ou Massaoûda en arabe essaie de dérouler les séquences d’un passé qui fut le sien, de reconstruire un espace, de ramasser les confettis d’une mémoire, d’appeler à elle les bonheurs anciens. “Tous mes livres donnent les uns sur les autres. Je ne fais que suivre l’architecture de Tunis sur un fil “têtu” qui se construit et avance, et qui m’aide à avancer dans la mémoire qui tourne, parfois comme une toupie, à la vitesse d’une fusée. Mais d’un mouvement élégant, avec toute l’aura du bonheur qu’elle évoque (NDLR)”, raconte l’enfant de Tunis qui a ouvert les yeux dans un “immeuble habité par des Italiens, Maltais, Grecs… Tout me paraît beau et chaque visage a sa place, sa langue, son comportement. Ce sont des vues qui ont leur place et qui traînent dans ma tête. Et que j’ai développées dans “Aujourd’hui””. Un beau roman sur la Terre, l’Exil, le Retour, la Haine, l’Amour, la Blessure de tous les Etres qui errent, errent dans la mémoire. Colette Fellous est née en 1950 au cœur de Tunis. Elle a publié de nombreux romans aux éditions Gallimard comme “Rosa Gallica” (1989), “Midi à Babylone” (1994), “Amor” (1997), “Le petit Casino” (1999) et “Avenue de France” (2001), aux éditions Denoël, “Roma” (1982), “Calypso” (1987) et “Guerlain” (1987), aux éditions Julliard, Mille et une nuits, Inventaire/Invention et chez Maren Sell. Outre la rencontre à la libraire Clairefontaine, une autre a été programmée à celle de la Marsa, face au lycée Gustave Flaubert le 11 juin. Zohra ABID


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com