L’animation culturelle entre public et privé : Contraste quand tu nous tiens !





Les uns, avec leur cadre agréable, riche animation, s’ouvrent avec bonheur tous les jours et fonctionnent à merveille. Les autres ennuyeux, peu animés, fermés les dimanches et jours fériés fonctionnent au ralenti. Les premiers gérés par des privés sont attrayants. Quant aux seconds, mi-désertés, sont lourds à porter... Le contraste est énorme pour ne pas être relevé entre le dynamisme que dégagent les centres culturels privés et l’impression d’indolence voire d’immobilisme que donnent les maisons de culture publiques, quand elles sont ouvertes. Car, beaucoup sont désespérément fermées. Ou presque. Les premiers comme El Teatro, El Hamra, l’Etoile du Nord, Ness El Fen... sont ouverts toute la journée, parfois à des heures tardives de la nuit et souvent les dimanches et jours fériés. Les autres, que l’on ne nommerait pas, fonctionnent au ralenti. Peu fréquentées, ces maisons de culture sont rarement ouvertes après 18h00, fermées les dimanches et jours fériés, et sont gérées comme des administrations. Les employés agglutinés dans des bureaux, laissent passer le temps en bayant aux corneilles. Quand ils organisent quelques manifestations qui drainent le public, ils sont souvent pressés d’en finir au plus vite, de mettre tout le monde dehors et fermer les portes. Ce qui accentue encore la tristesse des lieux, c’est qu’ils sont privés d’espaces de convivialité. On ne peut ni boire un café, ni manger, ni grignoter une pâtisserie, ni lire un journal. On y entre pour en sortir aussitôt. «Pour ma part, j’habite dans la banlieue, et l’emplacement de l’Etoile du Nord m’est très pratique. Il est aussi situé à côté de mon boulot et à quelques enjambées de l’avenue Habib Bourguiba et la station du train et du métro léger. Tout comme la Maison de culture Ibn Khaldoun mais qui m’attire de moins en moins. Ce fut un temps, les années de gloire... Or, dans le premier espace que je viens de citer, géré par des privés, les horaires sont souples et le cadre est agréable (éclairage, entretien, aération, fond musical relaxant, service correct...). On peut aussi lire un journal, siroter un café tout en attendant quelqu’un et sans être gêné. L’espace ne cesse aussi de proposer un éventail d’animations culturelles qui répond aux attentes du grand public. Jeunes et moins jeunes affluent à longueur de journée et des saisons», nous dit le professeur des sciences naturelles et le compositeur de musique Chedly Khomsi qui, depuis longtemps, ne fréquente plus, sauf à de rares occasions, les maisons de culture publiques. En fait, rien n’y est fait pour vous retenir : ni l’accueil froid et distant, ni la qualité des programmes présentés, souvent convenus et répétitifs, ni le cadre rarement attrayant. Dans les espaces privés, les rares que compte la capitale, l’atmosphère est complètement différente : l’accueil est souvent chaleureux, les programmes intéressants et le cadre agréable, convivial, ouvert. Pour ces mêmes raisons, affirme de son côté le jeune étudiant qui tient à encourager les espaces privés : «Je suis un fidèle d’El Teatro, de Ness El Fen, de l’Etoile du Nord et de l’Artisto qui vient d’ouvrir. Et, c’est dans ce genre d’espaces privés que j’ai vraiment trouvé mon bonheur. Ils m’offrent la sérénité, la quiétude et toute une palette culturelle de haute facture. Il faut qu’on multiplie un peu partout ces espaces gérés par des professionnels et non des administrateurs. Je félicite en passant Syhem Harzalli qui vient de doter la ville de Ben Arous de «Silma Naouar», un centre de formation et d’animation qui veille, et de près, sous l’égide des ministères de la Culture et de la Sauvegarde du patrimoine et de l’Education sur la qualité de la programmation. En quelques mois, le centre a beaucoup fait parler de lui. Les jeunes de la banlieue y ont trouvé refuge et le plaisir d’échanger des idées». Idem, pour l’étudiant aux Beaux Arts, Mourad Derouiche qui affiche son enthousiasme pour ces espaces de qualité où les jeunes peuvent s’informe et se former. «Ici, les annonces de la vie culturelle sont affichées partout. Les étudiants qui veulent s’adonner au théâtre, cinéma ou autre activité sont bien accueillis et précieusement orientés», dit-il. Aujourd’hui, même les instituts culturels étrangers préfèrent programmer leurs manifestations dans ces lieux qui vivent et font vivre la culture. Cette situation doit donner à réfléchir. Elle pose en tout cas de nombreuses questions. A quoi servent ces maisons de culture ? Combien, coûtent-elles aux contribuables (entretien, salaire du personnel, frais généraux, etc.) ? Ne serait-il pas plus judicieux de revoir leur mode de gestion, d’identifier les raisons de leur dysfonctionnement et d’y remédier ? Ne serait-elles pas mieux gérées par des privés ou tout au moins par des professionnels du spectacle — car elles le sont aujourd’hui la plupart du temps, par des administrateurs sans imagination et sans charisme — ? Ne faudrait-il pas, au moment où l’on privatise à tour de bras des pans entiers de notre industrie et de nos services, céder ces espaces à des promoteurs privés, sous forme de location ou autre, moyennant des cahiers des charges qui assurent une bonne gestion et une meilleure rentabilité ? Le débat est lancé. Zohra ABID ___________________________ Artisto vient de voir le jour «Nous avons choisi le nom de cet espace, Artisto, pour sa musicalité, sa sonorité et, de plus, il est facile à retenir», nous dit Fethi M’nasri, l’homme de théâtre et le patron de cet espace qui vient d’ouvrir le 27 mars dernier, une date symbolique qui coïncide avec la Journée internationale du théâtre. Cet espace, situé en face de «Dar El Kateb» (La Maison de l’écrivain), rue Charles de Gaulle, Tunis, est déjà doté d’une bibliothèque et d’une phonothèque. Un théâtre de poche ouvrira bientôt ses portes en permanence. Déjà, un atelier d’art du comédien, un club de cinéma, appelé Club Louis Lumière, fonctionnent une fois par semaine. S’ajoutent à ces activités hebdomadaires des animations pour enfants tous les dimanches. Ne parlons pas des expositions qui garnissent à souhait le lieu, bien fréquenté par nos étudiants et étudiantes. Z.A.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com