Ramon Masats à la Maison des Arts : Un certain regard





Ramon Masats nous donne à voir les ombres et les lumières de l’Espagne à travers une centaine d’œuvres photographiques. Aujourd’hui, la photographie requiert une certaine spécialisation. On est un photographe de mode, de plateau, sportif, portraitiste, reporter d’arts, etc. Poussée à l’extrême, cette spécialisation est source de créativité et d’inventivité. Elle permet aussi au photographe d’acquérir un savoir-faire technique et une vision esthétique qui le distinguent de tous les autres. Elle est donc un gage d’originalité. Aux débuts de cet art, les photographes étaient pour ainsi dire, tous des «généralistes». Tout était encore à inventer et il aurait été dommage de s'enfermer dans un genre ou une démarche. Ramon Masats, l’un des plus grands photographes espagnols contemporains (Prix national de la photographie 2004), appartient à cette pléiade de pionniers qui ont pu élever la photographie au rang d’art à part entière, tout en préservant sa dimension documentaire. Son exposition, qui se déplace un peu partout dans le monde, appartient aux Editions Lunwerg. Après Stockholm (Suède), en mars, cette collection se voit tenir depuis avant-hier à la Maison des Arts au Belvédère et jusqu’au 21 mai, à l'initiative du Centre culturel espagnol «Instituto Cervantes», du ministère de la Culture et de la Sauvegarde du Patrimoine. Le vernissage a été rehaussé du côté tunisien par la présence du ministre Mohamed El Aziz Ben Achour et de Mme Mokadem, la directrice de coopération avec l’Espagne et du côté espagnol par Alberto Anton, le ministre-conseiller chargé d’affaires de l’ambassade d’Espagne et l’attaché culturel Javier Ping, ainsi que l’ancien ambassadeur d’Espagne, venu passer quelques jours de vacances dans le pays qui l’a bien accueilli trois ans durant. Ce fut donc l’occasion pour rappeler des relations exemplaires entre les deux pays, qui ne cessent de se développer, non seulement dans le domaine de l’art mais dans tous les secteurs. Cette exposition nous offre, à travers cent photographies — une majorité en noir et blanc — réalisées à des époques différentes, un panorama de l’évolution de l’esthétique photographique ainsi que de l’évolution de l’Espagne au cours des cinquante dernières années. Les reportages de Ramon Masats touchent en effet tous les aspects de la vie, dans la péninsule ibérique, qu’elles immortalisent dans une série d'instantanés qui se caractérisent par une grande spontanéité. Par la liberté qu’il autorise, le reportage ouvre un champ immense à la création, à l’invention, à l’émotion. Le paysage, le portrait ou la scène de rue deviennent prétextes à une démonstration esthétique par le jeu des ombres et des lumières, des cadrages, et la représentation des espaces, le photographe réinvente ses sujets, les dépersonnalise, les transforme, leur insuffle une âme qui est la traduction exacte de l'espace et du temps : ici l’Espagne, de la seconde moitié du siècle dernier, celle de l’après Seconde Guerre mondiale, du franquisme — il y a d’ailleurs un beau portrait de Franco — du début du boom économique et culturel, — un autre portrait du réalisateur Luis Bunuel. Ramon Masats nous donne à voir la transformation des villes, des campagnes, des hommes, des femmes, et de la lumière qui les baigne. Il le fait avec autant de technicité que de sensibilité. Le regard qu’il pose sur les êtres et les choses n’est pas dénué de tendresse. C’est un regard amical, sincère et presque amoureux. Zohra ABID


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com