Liban : L’opposition s’effrite





Le Liban est entré dans une période électorale alors que des fissures sont apparues dans le camp de l'opposition et que le retour du général Michel Aoun brouille le jeu politique. Le Quotidien-Agences La première phase des élections législatives auxquelles la communauté internationale attache une grande importance, a été fixée au 29 mai. Le scrutin se déroulera pour la première fois sans tutelle syrienne. Mais l'opposition plurielle, dite antisyrienne, n'a pas réussi à s'entendre sur la loi électorale. La polémique sur le découpage électoral a entraîné une redistribution des cartes dans les rangs des partisans du pouvoir et de l'opposition. Les principaux leaders musulmans de l'opposition, le druze Walid Joumblatt et le bloc de l'ex-Premier ministre assassiné Rafic Hariri, n'ont pas appuyé leurs alliés chrétiens qui souhaitaient un découpage sur la base de la petite circonscription. Entre-temps, les chrétiens pro-syriens se sont prononcés pour la petite circonscription. Mais en l'absence d'une nouvelle loi, les législatives vont se tenir conformément aux élections précédentes en 2000, soit sur la base de la grande circonscription, une formule qui marginalise, selon le chef de l'église maronite Nasrallah Sfeir, le vote chrétien. Selon une source versée dans le dossier, le leader druze et le clan Hariri cherchent pour diverses raisons, y compris électoralistes, à ne pas s'attirer l'hostilité des deux principales formations chiites, le Hezbollah et le mouvement Amal, même si cela trouble leur alliance avec les partis chrétiens. Le retour d'exil samedi de l'ancien chef de gouvernement de militaires chrétiens anti-syriens, Michel Aoun, a contribué encore plus à brouiller les cartes. Son retour a été accueilli avec une pointe d'ironie, sinon d'hostilité de la part de Walid Joumblatt qui l'a accusé de chercher à s'attribuer le beau rôle dans le retrait total de l'armée syrienne. Comparant ce retour à un "tsunami", Joumblatt a souligné que c'était l'assassinat de Hariri le 14 février qui avait provoqué la fin de la tutelle syrienne et non l'action du général Aoun. Aoun a rétorqué en tirant à boulets rouges sur le "féodalisme politique" dont Joumblatt est un des représentants et a affirmé que "le clivage n'est plus entre opposants et loyalistes mais entre réformateurs et conservateurs". "Nous ne voulons plus des anciens modèles de la féodalité, des sectarismes confessionnels (...) Nous voulons aussi combattre l'argent politique qui a corrompu la République et mené le Liban au bord de la faillite", a martelé le général populiste devant ses partisans, essentiellement de jeunes chrétiens. Cet ancien commandant en chef de l'armée, issu d'une famille modeste, vise le changement d'un système régi par les familles féodales et bourgeoises, chrétiennes et musulmanes, institué par l'empire ottoman en 1862, perpétué par le mandat français (1920-1943) et confirmé après l'indépendance. Au cours des dernières 24 heures, tous ceux qui comptent dans la classe politique chrétienne ont défilé à son domicile dans la banlieue est de Beyrouth. Avant-hier, il y a reçu successivement un émissaire du patriarche maronite, Mme Sitrida Geagea, l'épouse du chef de la milice chrétienne des Forces Libanaises (FL) dissoute, emprisonné depuis 11 ans, l'ancien président Amine Gemayel, le chef du Parti National Libéral (PNL), Dory Chamoun, le chef du bloc national, Carlos Eddé. Dans la journée d’hier, il devait recevoir une délégation du Hezbollah ainsi que le chef druze Talal Arslane, un rival de Joumblatt. Les relations entre le Hezbollah et Aoun apparaissent déjà moins tendues, le leader chrétien ayant affirmé que le désarmement du mouvement chiite pro-iranien est une "affaire intérieure libanaise" qui doit être réglée "en accord avec le Hezbollah".


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com