«O peuple, je t’aime» : Pour la noble et la juste cause !





Entre la comédie et la tragédie oscille la nouvelle création théâtrale du Centre des Arts Dramatiques et Scéniques de Gafsa. «O peuple, je t’aime», un hommage vibrant à un grand militant disparu, Farhat Hached et à toutes les catégories des travailleurs. La célébration de la Journée internationale du travail a pris des couleurs artistiques du côté de l’Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT). Deux heures avant la représentation, les guichets affichent «complet», «O peuple, je t’aime» a drainé le grand public venu pour écouter Abdelkader Mokdad et son équipe artistique et technique. Sur un ton humoristique et loin des slogans insensés, Abdelkader Mokdad a retracé, finement, quelques péripéties du parcours de l’une des figures de proue du militantisme à savoir Farhat Hached. Dans une station de bus à Métlaoui, cette bourgade du Sud tunisien connue par la richesse de ses mines, le dramaturge Mohamed Amara Chaâlenya et le metteur en scène Abdelkader Mokdad ont brodé les péripéties de cette pièce qui traduit la souffrance du peuple sous l’occupation française. Avec beaucoup d’intelligence, le dramaturge a réécrit le parcours de Farhat Hached sans tomber dans la narration historique. Sur la scène de l’assassinat de Hached s’ouvre «O peuple je t’aime», avec cette ouverture, Abdelkader Mokdad a situé sa pièce dans son cadre spatio-temporel, c’est la Tunisie avant le lancement de l’Union Générale des Travailleurs Tunisiens le 20 janvier 1946. Suite à cette ouverture tragique, le metteur en scène nous a esquissé des tableaux de la vie quotidienne de ce peuple écrasé et exploité. Des mendiants, des pauvres, des travailleurs trop exploités, des gens perdus en train de chercher leur chemin... des situations moroses que Abdelkader Mokdad a accentuées avec des critiques acerbes soulignant les différents soucis de toutes les catégories sociales. Avec un bon dosage d’humour et de critique, Abdelkader Mokdad, qui incarne le rôle d’un vendeur à la brouette, a pu traduire la situation triste d’une catégorie opprimée qui souffre au quotidien. Latifa Gafsi partage avec sa brouette la station de bus et s’inscrit à son tour dans ce jeu évoquant la souffrance des femmes dans ces circonstances très difficiles. Dans ce va-et-vient où on découvre petit-à-petit le paysage qui a permis l’émergence des mouvements du militantisme, surtout que Farhat Hached paraît, développant un nouveau discours plein d’espoir et de courage, un discours qui a convaincu les travailleurs de mettre la main dans la main pour couper avec toutes les formes de dépassement, d’injustice et d’exploitation. En s’inspirant du parcours de deux militants qui ont marqué la Tunisie, Mohamed Ali Hammi et Tahar Haddad, Farhat Hached a forgé sa propre démarche, fidèle à cette terre et reconnaissant à tous les martyrs qui ont lutté pour l’indépendance de la Tunisie, Farhat Hached a choisi le peuple, a choisi d’être le porte-parole et le défenseur des opprimés. D’ailleurs pour bien présenter les enjeux et les risques qui ont marqué le parcours de Hached, Abdelkader Mokdad a eu recours à une projection de quelques bribes du discours de Hached et de quelques images de ses réunions sans oublier de projeter quelques portraits des militants condamnés à l’exil. Parallèlement et dans l’autre camp, on voit les Français prenant la décision d’assassiner Farhat Hached afin de mettre fin au mouvement syndicaliste. De son cercueil après son assassinat, Farhat Hached lève la tête pour faire son dernier discours qui s’articule autour du droit du peuple de décider de son avenir. «O peuple, je t’aime» a été au cœur de ce discours de Farhat Hached. Cette pièce qui réunit deux générations de comédiens dont nous citons Latifa Gafsi, Hamza Ben Daoud, Mohamed Malek, Mohamed Hédi Bahri, Kamel Ben Aziza, Adel Rabeh, Mohamed Salah Azri, Hassen Ben Ribeh, Mansour Ben Zina, Mohamed Lamine Ben Khelifa... s’est enfermée sur une rencontre de tous ses comédiens pour interpréter une chanson mettant en exergue cette fierté d’être Tunisiens. Notons que cette pièce sera présentée le 25 de ce mois pour une autre cause aussi noble : les recettes seront versées au profit des enfants palestiniens pour les aider à fonder une école et à bénéficier de l’un de leurs droits volés, le droit à l’éducation et à l’enseignement. Imen ABDERRAHMANI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com