Culture Islamique : Pour une réaction contre l’effondrement





C’est une période de vide et de crise de la culture islamique que s’est évertué à élucider l’historien tunisien Hichem Djaït dans ses deux derniers ouvrages “La crise de la culture islamique” paru aux éditions CERES et “La fondation du Maghreb islamique” publié aux éditions“Amal”, en octobre 2004. “La culture islamique est entrée dans l’histoire en reculant”. Cette assertion de Philip Enghlard est-elle justifiée aujourd’hui? Hichem Djaït répond par l’affirmative, à travers ses deux derniers ouvrages qui ont fait l'objet d’une cérémonie de présentation jeudi après-midi, à la Médiathèque Charles de Gaulle de Tunis. L’historien a commencé par braquer pleins feux sur la crise dans le domaine de la recherche. Une crise qui est apparue dans les années 60 avec le recul des études objectives sur l’orientalisme islamique. “L’orientalisme islamique étudiée actuellement par les historiens est essentiellement le reflet des études américaines. De nombreux chercheurs se contentent actuellement d’étudier la crise de l’Islam contemporain. Raison pour laquelle, il n’y a pas eu de progrès notables dans les sciences humaines et sociales”, a constaté Hichem Djaït. Cette crise a profondément affecté l’histoire de la culture islamique créant ainsi une époque de vide. Selon l’historien tunisien, de la période romaine à nos jours, les sociétés moyen-orientales ont beaucoup évolué. Cette période a vu aussi les sociétés arabes et islamiques, qu’elles soient asiatiques, maghrébines, africaines ou européennes passer par plusieurs crises, jusqu’à la mise en place des institutions politiques et sociales de façon définitive dans les Etats arabes contemporains. Et Hichem Djaït de préciser que c’est dans cette évolution qu’ a été fondé le Maghreb islamique. “Toute l’histoire du Maghreb arabe et celle de la culture islamique de l’Afrique du Sud du Sahara ont un destin commun”, a constaté l’historien. * Une crise persistante “L’Islam a toujours évolué dans la douleur. Pendant la période de la domination coloniale, le monde arabe a perdu le sens de l’historicité. Les Arabes en tant que “facteur historique”, se sont effondrés depuis longtemps et n’ont plus que la langue comme élément de mode d’historicité dans la culture islamique”, a commenté au passage Hichem Djaït. Cet effondrement historique qui a été prévisible tout au long de la domination ottomane de façon implacable, à la crise de la culture islamique que nous observons aujourd’hui et à la mise en place d’un processus de crise qui va crescendo, selon le chercheur. A cette crise qui a persisté pendant des siècles, est venu se greffer le nationalisme arabe qui, selon Hichem Djaït, est “un totalitarisme qui ne laisse pas et ne donne pas aux sociétés arabes la liberté de s’exprimer et de développer leurs capacités internes”. Cette situation a encouragé dans le monde arabe des Etats despotiques, qui, selon l’historien, ont été hérités de l’empire Abbasside. Pour sortir de cette léthargie politique et culturelle, Hichem Djaït propose qu’il y ait une véritable mutation culturelle et politique qui se traduira par la mise en place des libertés individuelles, bref un changement culturel dans le sens de l’évolution actuelle du monde. “Les pouvoirs politiques arabes doivent créer un espace de réaction contre l’effondrement, ne pas s’enfermer dans un dilemme”, conseille le conférencier. Toutefois, reconnaît l’historien, l’évolution culturelle du monde arabe ne peut se faire assez rapidement.”Elle reste étroitement liée à la liberté de penser, d’agir et au renoncement de certains pouvoirs arabes, à l’usage des pratiques despotiques. Mais il faut qu’il y ait aussi des sociétés prêtes à accueillir les valeurs démocratiques”, conclut Hichem Djaït. Ousmane WAGUE


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com