Les souks submergés par l’importation : Les artisans grincent des dents





Au moment où le secteur de l’artisanat n’a pas encore été libéralisé, les souks de la Médina de Tunis sont de plus en plus submergés par des produits importés notamment d’Asie. C’est ce qui explique le mécontentement des artisans qui envisagent l’avenir avec pessimisme. Tunis - Le Quotidien Nous sommes en plein souk de la Médina de Tunis. Ca fourmille ! Entre les touristes qui se baladent à la recherche d’un souvenir et les passants qui ont l’habitude d’emprunter les dédales sinueuses du souk, il est difficile de marcher et d’atteindre sa destination. Il est à peine 15h00 et ce sont les commerçants qui se mobilisent devant leurs magasins afin de vanter leurs marchandises. Ils n’ont tous qu’un seul objectif : convaincre ces visiteurs étrangers de s’arrêter et d’acheter un cadeau. Ils semblent rouler leur bosse ailleurs pour parvenir à arrondir leurs fins de mois. Ce qui est remarquable, c’est que beaucoup de jeunes visages ont a priori pris la relève. C’est une nouvelle génération qui s’impose aux côtés de quelques vétérans et la passation se fait en douce. Mais ce qui attire également l’attention, c’est l’invasion des produits étrangers. Quelques boutiques qui se comptent sur les doigts de la main ne s’alignent pas encore sur cette tendance contre une majorité frappante qui a opté pour le “made” sous d’autres cieux, notamment asiatiques. En effet, des sacs, des portefeuilles, des écharpes, des tissus de mobilier et d’autres articles exposés sont en provenance d’Asie (Inde, Indonésie, Pakistan ...), ainsi que des objets africains, turcs ou égyptiens. Cette invasion de produits étrangers qui submergent les souks n’exclut pas la présence de l’artisanat tunisien. Tous sont présentés aux clients comme étant des souvenirs de Tunisie. Des artisans mécontents Ceci n’est pas sans susciter la grogne des artisans que cette situation n’arrange en aucun cas. Surtout que ce secteur qui n’a pas encore été libéralisé, procure quelque trois cent mille emplois. M. Borhène Sfia, président de la Fédération nationale de l’Artisanat, est à ce propos formel. : “Le produit tunisien est d’une qualité et d’un design incontestables. La preuve, il réalise un chiffre d’affaires assez important à l’exportation. Il répond en l’occurrence aux normes en vigueur et fait l’objet d’un contrôle rigoureux”. En contrepartie, la marchandise étrangère importée sous forme d’articles cadeaux finissant par la suite dans les souks de l’artisanat tunisien, ne coûte pas cher. C’est que la main d’œuvre asiatique en particulier revient à trois fois rien. Ce qui justifie leur prix d’achat assez bas pour ne pas dire dérisoire. Mais lorsqu’ils les vendent dans nos souks, les commerçants tunisiens revoient nettement à la hausse les prix de ces produits”. On voit des sacs qui ne sont pas faits en tissu noble à 90 dinars. Des portefeuilles aucunement luxueux sont vendus également à 25DT, 30DT et 45 DT. Ce qui est aberrant ! Le comble c’est que dans les souks de la Médina, on remarque qu’il y a des magasins recommandés qui bénéficient d’un agrément de la part de l’Office national de l’artisanat (ONA). Ce qui oblige ces boutiques à respecter un cahier des charges élaboré par l’ONA, où il est strictement interdit de procéder à la vente d’articles importés. Seul l’artisanat tunisien y est autorisé. Pourtant, ces mêmes magasins bafouent cette condition et vendent les produits étrangers. Certains diront, à ce propos, que l’artisanat tunisien est hors de prix. Mais ce n’est pas une raison pour noyer un secteur qui emploie autant de personnes. Surtout que les commerçants n’achètent pas à ce prix- là auprès des producteurs. C’est leur marge de bénéfice qui semble gonflée à telle enseigne que le prix devient très souvent inabordable. Maryme KADA


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com