Cinéma : Les utopies meurtrières





Quatre documentaires du réalisateur français d’origine cambodgienne, Rithy Panh, nous invitent à revisiter le drame vécu par le peuple cambodgien sous le règne des Khmers rouges. Enquête et témoignages pour cicatriser les blessures et restaurer la conscience. En avril 1975, le gouvernement corrompu du prince Sihanouk tombe. Le parti communiste du Kampuchéa démocratique dirigé par un apprenti révolutionnaire Pol Pot prend le pouvoir. Son armée de paysans et de gueux, les Khmers rouges, occupent Phnom Penh, où ils ne tardent pas à faire régner la terreur de 1975 à 1979; de 2 à 3 millions de Cambodgiens (presque le quart de la population) de toutes conditions sont arrêtés, sauvagement torturés puis exécutés. Des centaines de milliers d’autres fuyaient le pays, se réfugiaient dans les pays voisins où ils survivent dans des camps de fortune dans la misère totale. D’autres émigrent en Europe et aux Etats-Unis. C’est notamment le cas de Rithy Panh. Né en 1964 à Phnom Penh, l’enfant du Cambodge est sauvé des camps de la mort après la chute des Khmers rouges en 1979. Il n’a que 15 ans lorsqu’il arrive en France. Après des études à l’Institut des hautes études cinématographiques de Paris (IDEHC), il entame une carrière de cinéaste et se penche tout naturellement sur l’histoire récente de son peuple. C’est pour faire le nécessaire travail de mémoire, pour essayer aussi de comprendre comment une utopie révolutionnaire se transforme en une tragédie nationale et pour aider son peuple à cicatriser ses blessures et à exorciser les démons d’un passé douloureux que Rithy Panh a réalisé ses quatre films documentaires, “Site 2 aux abords des frontières” (1989), “Bophana, une tragédie cambodgienne” (1996), “La terre des âmes errantes” (1999) et son dernier “S21 la machine de mort khmère rouge” (2003). Ainsi que des longs métrages de fiction tels que “Les Gens de la rizière” (Compétition officielle, Cannes 1994) et “Un soir après la guerre” (retenu dans la section “Un certain regard” Cannes 1998). Un cycle intitulé “La Mémoire obstinée”, composé de 4 films documentaires de Rithy Panh, nous est proposé cette semaine, du 26 au 28 mai, au théâtre El Hamra, sis au 28 rue El Djazira-Tunis. Ce programme est proposé par l’Institut français de Coopération (IFC) pour marquer le 30ème anniversaire de la prise de Phnom Penh et pour rendre hommage à l’œuvre de Rithy Panh qui, par-delà sa valeur historique, mène une réflexion sur les utopies meurtrières dont l’humanité n’a malheureusement cessé de payer le lourd tribut en destructions et en pertes humaines. Cet anniversaire coïncide aussi —ce n’est qu’une coïncidence mais elle est lourde de sens— avec le 60ème anniversaire de la chute du nazisme: l’une des idéologies les plus sanglantes que l’humanité ait connues. Zoha ABID _____________________ Rendez-Vous • Jeudi 26 mai à 19h00 “S21 la machine de mort khmère rouge” (2003, 105 minutes). De 20.000 personnes torturées puis exécutées dans le centre de détention Phnom Penh 21 —aujourd’hui Musée du génocide— sept ont échoué par miracle à la mort. Rithy Panh mène son enquête et fait confronter les rares rescapés à leurs bourreaux. Résultat: un témoignage bouleversant. • Vendredi 27 mai à 19h00 “La terre des âmes errantes” (1999, 100 minutes) Pour faire passer un réseau de fibres optiques d’Est en Ouest, de la frontière thaïlandaise à la frontière vietnamienne, les quelques familles qui ont survécu au génocide et en manque du strict minimum pour la vie creusent une tranchée où “l’autoroute de l’information” qui rappelle le destin, tragique de leur amère histoire. • Samedi 28 mai à 16h00 “Bophana, une tragédie cambodgienne” (1996, 60 minutes) Bophana et son ami, un couple intellectuel furent incarcérés puis exécutés en 1976 dans le fameux centre de détention S21, laissant derrière eux des lettres d’amour et… des récits sur les arrestations, les tortures et les mille et une manières de contrainte pour tirer d’invraisemblables aveux. • Samedi 28 mai à 16h00 “Site 2, aux abords des frontières(1998, 90 minutes) Rithy Panh, revient à Phnom Penh, dix ans après la tragédie cambodgienne, filmer les camps de torture qui jalonnent toute la frontière thaïlandaise. Une femme rescapée, elle aussi lui raconte en détail le défilé de misères, de tourments et lui brosse un tableau épineux dans l’histoire de son pays. Qui a terriblement et dignement résisté à la bestialité des Khmers rouges qu’a soutenus la Chine.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com