«Rachida» : Les racines du mal





“Rachida” de l’Algérienne Yamina Bachir-Chouikh a été projeté à la Maison de culture Ibn Khaldoun devant une poignée de cinéphiles. Un film contre le terrorisme. Pour la vie… Rachida (rôle campé par Ibtissem Djouadi) est une jeune institutrice émancipée. Elle enseigne dans un quartier populaire d’Alger. Nous sommes au début des années 1990. Le pays est en crise: chômage, instabilité, violence. Les groupes intégristes armés font régner la terreur jusqu’au plus profond des campagnes. Une guerre civile qui ne dit pas son nom oppose les fondamentalistes religieux au reste de la société. Deux visions du monde s’affrontent dans le sang. Deux misères aussi à la fois économique, intellectuelle et morale. Un jour, Rachida est accostée dans la rue par un de ses élèves qui lui intime l’ordre de placer une bombe dans l’école où elle enseigne. Choquée par cette demande pour le moins inattendue, elle refuse. Le chef de la bande lui tire alors une balle dans le ventre. Sauvée miraculeusement de la mort, elle demande et obtient une mutation dans un village lointain. Elle va donc échapper aux affres du terrorisme sévissant à Alger et ses environs. Sa déception sera immense lorsqu’elle découvre que le mal est partout. A travers le vécu de Rachida, ses angoisses quotidiennes, ses peurs de tous les instants, la réalisatrice décrit l’atmosphère pesante des années de braise, qui ont vu l’Algérie sombrer dans le chaos d’une guerre fratricide. Le film prend alors la forme d’un documentaire sur une société qui lâche ses démons et perd peu à peu ses repères, son âme, son humanisme. Tant les témoignages des victimes du terrorisme sont véridiques, crus, poignants. Ce premier long métrage de fiction (100 mn en 35 mn) de Yamina Bachir-Chouikh née en 1954 à Alger —qui a travaillé au Centre national du cinéma algérien comme scripte et monteuse sur de nombreux films documentaires— a été sélectionnée à la compétition officielle des Journées cinématographiques de Carthage (JCC 2002) et a reçu le Premier prix du festival du Cinéma africain de Milan (13ème édition, 2003). Il a les défauts et les qualités d’un premier film. Porté par un besoin urgent de dénoncer le terrorisme intégriste dont les conséquences sur la société algérienne ont été catastrophiques (des centaines de milliers de morts, des dégâts matériels importants), ce film succombe parfois au cliché et tombe dans un manichéisme qui réduit le terrorisme à une confrontation entre des bons et des méchants. Or, on le sait, le problème est beaucoup plus profond que cela: le phénomène du terrorisme a des causes sociales, historiques et politiques. Il est l’expression extrême et extrémiste d’une profonde cause sociale. Cela ne réduit en rien le mérite de ce film courageux. Zohra ABID


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com