Les parents sont-ils de bons confidents?





Un enfant issu d’un milieu où le dialogue et la compréhension règnent, a plus de chance de s’extérioriser. Or, ce qui est généralement remarquable, c’est qu’une fois adolescents, les jeunes ont du mal à “cracher le morceau” surtout vis-à-vis de leurs parents ... Tunis - Le Quotidien L’enfant a une capacité de mémorisation très élevée. Si cet enfant ne rencontre pas de freins pour parler, il sera automatiquement apte à tout déballer. En revanche, un autre enfant qui naît sous le silence, ou encore qui a droit à une correction sévère chaque fois qu’il avoue librement ses actes, aura du mal à s’extérioriser. Pire encore, il peut vivre dès lors sous un silence pesant et lourd à surmonter. Sabri, 15 ans, élève, a choisi de ne révéler aux parents que les choses du quotidien “Etudes, moyenne, notes, repas et argent : ce sont les seuls sujets de conversation entre moi et mes parents”, dit-il. Saber trouve qu’il n’avait pas vraiment le choix, pas forcément parce qu’il a donné “sa langue au chat”. Son mutisme relatif a une origine profonde : “Mes problèmes, mes soucis et mes intimités je les réserve à mon frère ou à mes proches amis. Mes géniteurs ne sont pas compréhensifs et ils sont catégoriques sur certains problèmes ... Leur mot fétiche c’est ..; “non”. A quoi bon donc entretenir un discours lorsque la partie est perdue d’avance ! N’empêche que ma mère aborde parfois avec moi certains sujets que je classe parmi les sujets tabous”. Le tempérament des mères est généralement plus calme que celui des pères. Raison pour laquelle Mohamed Yassine, 17 ans, arrive à révéler certaines choses à sa mère. “Par rapport à mon père, ma mère est beaucoup plus attentive. Elle m’écoute, me comprend et surtout sait garder un secret. Sauf que son dévouement ne va pas jusqu’à me permettre de tout dire. Les intimités, c’est avec mon cousin que j’en parle. Sinon, si je discute avec mes parents, c’est surtout à propos des études”, dit-il. Les jeunes ont généralement leur propre manière de penser. Ils sont tous unanimes quant à l’intérêt qu’accordent les parents aux études. Et puis qu’ils n’abordent que ce sujet-là, ils se contentent à leur tour de ne parler que d’études. Mohamed Bouaouina, 16 ans a beau fouiller dans sa mémoire, mais ne se souvient d’aucune initiative prise par ses géniteurs pour gagner sa confiance. “Ce n’est pas facile de tout dire. Pour se confier à quelqu’un, il faut qu’il gagne déjà notre confiance. Or mes parents ne me parlent que de mes études ou, à la limite, des trucs de tous les jours... Selon la nature des entretiens entre les deux parties, j’ai pu cerner que leurs centres d’intérêts et les miens ne sont pas les mêmes. Ils ne sont donc pas attentifs à ce qui est important pour moi. Je ne veux pas courir le risque d’entamer une discussion en dehors du cadre qui les intéresse. Leur réaction m’est imprévisible. Mieux vaut donc que je me “confesse” à d’autres”, dit-il. Maher, 16 ans, partage le même avis. Il procède avec ses parents selon l’adage “pas de nouvelles, bonnes nouvelles”. “Ils ne cherchent pas à savoir. Et moi je me contente de répondre à leurs questions classiques : santé, études, les trucs de tous les jours, quoi. Il est préférable que je garde la bouche cousue ... Qui sait comment vont-ils agir si je disais tout, absolument tout”, dit-il. Hichem, 16 ans est plutôt bavard avec sa mère. Compréhensive et attentive, celle-ci arrive à lui soutirer quelques aveux. “D’abord, il faut préciser que le dialogue est le fruit de toute une relation qui doit être, à la base, instaurée sur l’interactivité et la confiance. Si les parents n’arrivent pas à rassurer et se mettent à juger et à crier, comment peut-on tout dire?! Je dirai que le seul sujet que j’aborde avec mon père est l’argent. Ma mère est plus attentive et je lui révèle nombre de choses me concernant”, dit-il. Yassine, 16 ans, semble avoir plus de chances avec les parents. Dès son enfance, il s’est habitué à une ambiance où aucun sujet n’est tabou et où tous les problèmes sont banalisés. “Nous vivons en parfaite symbiose. Je dois être chanceux d’avoir des parents qui ont juste la quarantaine. Je leur dis tout, absolument tout. Je n’ai jamais été puni ou banni suite à une révélation. Au contraire, je parle, on m’écoute, m’oriente et cela ne finit jamais par un drame. Chez nous, les problèmes sont toujours banalisés et les mots d’ordre sont “Quand on partage, le fardeau est plus léger”. Je ne cache rien à ma grande sœur qui m’épaule à tous les coups”, dit-il. Tout comme Yassine, Waël, 17 ans, partage tout avec ses parents, et ce, depuis sa tendre enfance “Les seules personnes, en qui j’ai totalement confiance ce sont mes parents. Ils sont ma première référence et en retournant vers eux, je suis sûr que je ne serai pas déçu. Ils m’écoutent, m’orientent, me conseillent. Même quand je commets des erreurs, ils me font juste quelques reproches et on tourne rapidement la page”. O.S. est une jeune fille de 17 ans. La jeune fille vit sous le silence depuis plus de deux ans. Elle se souvient de quelques scènes survenues alors qu’elle était enfant... Ces scènes-là l’ont poussée à choisir “le motus et bouche cousue” ... A présent, elle vit de graves problèmes qu’elle partage seulement avec sa meilleure amie ! “Quand j'étais enfant, mon père me ... battait. Il suffisait que je commette la moindre gaffe pour qu’il me frappe. Ensuite, mes parents ont divorcé et ma mère est devenue trop nerveuse. Elle ne m’accorde plus aucun intérêt et elle voulait à tout prix jouer à la fois le rôle du père et de la mère. Je me suis sentie seule et je me suis renfermée sur moi-même. Tous les sujets intimes sont tabous et elle me gronde au moindre faux pas... Il y a à peu près deux ans, j’ai rencontré un grave problème ... j’étais victime d’un abus sexuel. Dieu seul sait combien j’en souffre et à chaque fois que j’essaye de lui en parler, elle me rappelle qu’elle se plie en quatre pour me satisfaire et que je n’ai pas le droit de lui demander plus... Elle est passée à côté de la plaque et quand je lui dis que j’ai un truc à dire, elle croit que je vais lui demander de l’argent ... Depuis, je vis seule mon problème ... Je n’ai plus goût à rien et j’en veux énormément à mes deux parents”, confie-t-elle. Et dire qu’avec les enfants, on n’est jamais assez prudent ! Hélas nombre de parents sont débordés par les responsabilités de tous les jours et oublient qu’un enfant qui ne parle pas, n’est pas forcément un enfant qui n’a pas de problèmes... Abir Chemli OUESLATI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com