Sous l’œil inquiet de Moscou : L’opposition kirghize prend les rênes du pouvoir





• Akaïev dénonce «un coup d’Etat» Sous l’œil inquiet de Moscou, l'opposition kirghize s'est attelée dès hier à organiser le pouvoir à Bichkek et a annoncé la tenue d'une élection présidentielle pour juin, pressée de restaurer rapidement l'ordre public après la chute en quelques heures la veille du régime d'Askar Akaïev. Le Quotidien-Agences Kourmanbek Bakiev, l'un des principaux dirigeants de l'opposition, a été désigné à la fois président et Premier ministre par intérim par le Parlement réuni dans son ancienne composition (la cour suprême avait annulé jeudi l'enregistrement des résultats des législatives controversées de février-mars). Une élection présidentielle devra "conformément à la Constitution (...) se tenir dans trois mois", a-t-il alors déclaré devant les députés. Le scrutin se tiendra en juin, a aussi promis une autre responsable de l'opposition Roza Otounbaïeva. Le régime d'Askar Akaïev s'est écroulé en quelques heures jeudi sous la pression de quelques milliers de manifestants qui ont pris d'assaut le siège de la présidence et du gouvernement. * Akaïev dément Akaïev a dénoncé «un coup d’Etat» et, démentant sa démission, a assuré hier que son séjour hors du pays n’était que «temporaire», dans une déclaration à l'agence nationale kirghize Kabar, citée par les médias russes. "Une clique d'aventuriers politiques irresponsables et de comploteurs a choisi de prendre le pouvoir par la force, de manière criminelle", dit Akaïev dans ce communiqué, rapporté par les agences. "Les rumeurs répandues sur ma démission sont mensongères", ajoute-t-il. Le président russe Vladimir Poutine, en visite en Arménie, a déclaré que son ancien allié à la tête du Kirghizstan, dont il a incriminé au passage «la faiblesse du pouvoir», pouvait s’il le désirait se réfugier en Russie. Tout en regrettant la manière «illégitime» dont s’était résolue la crise au Kirghizstan, il a souligné que Moscou comptait bien néanmoins développer ses relations avec les leaders du nouveau pouvoir. «Nous connaissons ces gens. Ils sont capables de développer les relations russo-kirghizes», a-t-il dit. Kourmanbek Bakiev est allé dans le même sens, soulignant devant le Parlement à Bichkek, que le Kirghizstan avait «toujours eu des relations traditionnellement amicales avec la Russie» et que «personne ne pensait à changer cela». Avec la chute d’Askar Akaïev, Moscou a vu s’effondrer un régime qui lui était fidèle, le troisième dans l'ex-URSS après ceux de Géorgie à l’automne 2003 et d’Ukraine fin 2004. «Qui sera le suivant ?» s’interrogeait hier en Une le quotidien d’opposition russe Novye Izvestia. Le président du Kazakhstan Nouesoltan Nazarhaïev a pris les devants vendredi pour protéger son pays, en déclarant qu’il fallait «tirer les leçons» des événements au Kirghizstan voisin, dus selon lui à la «faiblesse du pouvoir» d’Askar Akaïev. __________________________________________ Flash-back Le Kirghizstan d’hier à aujourd’hui Visiblement, l’onde de choc démocratique semble se propager même dans les contrées les plus éloignées comme celle du Kirghizstan. Qu’en est-il de cette enclave asiatique? Après «la Révolution des roses» en Georgie et la «Révolution orange» en Ukraine voilà que les vents de l’émancipation démocratique soufflent actuellement sur le Khirghizstan. A l’évidence les trois pays ont, au mépris de leur disparité culturelle, religieuse et ethnique, un fond commun dans leur histoire récente. Tous trois sont des anciennes républiques soviétiques et leur destin semble être marqué par ce fragment de leur histoire commune surtout au vu du développement des faits actuels. Pour en savoir plus sur cette nouvelle zone de turbulence qu’est le Kirghizstan, il convient d’abord de souligner que le pays est situé en plein cœur de l’Asie Centrale. Il s’étend sur 198.500 km2 et n’a aucun accès sur la mer. C’est également un pays montagneux où l’altitude moyenne dépasse les 3000 m. La capitale du pays est Bichkek. Le Kirghizstan est en outre peuplé de 5.000.000 de Kirghiz dont 65,7% sont musulmans. Faisant partie jadis du Turkestan russe, le Kirghizstan a accédé au statut de république autonome après la révolution bolchevique d’octobre 1917. En 1936, il devient l’une des 15 républiques fédérées de l’URSS. A la suite de l’effondrement de l’Union Soviétique, le pays abandonne en 1990 l’appellation de République Socialiste Soviétique. En 1991, il proclame son indépendance. Le suffrage universel d’octobre 1991 donne le pouvoir à Askar Akaïev élu pour 5 ans. Il a été réélu en 1995 puis en octobre 2001 lors d’un scrutin entaché de fraudes, selon des observateurs occidentaux. Par ailleurs, 64% de la population kirghize est pauvre malgré quelques richesses énergétiques notamment pétrolières. Les principales activités économiques sont l’élevage, les cultures du coton et des céréales et les industries textiles. Le PNB par habitant est de 330 dollars en 2004, la croissance est de 7,1% et l’inflation est de 2,8%. La dette extérieure du Kirghizstan est de 2 milliards de dollars. Abdelmajid HAOUACHI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com