Femme et Théâtre : Elle a déjà pris les rênes de la scène!





il faut avoir de l’étoffe pour prendre la parole et annoncer, quand on est femme, “Je suis un homme de théâtre”. Par là, Raja Ben Ammar a voulu dire que la mixité dans la pratique théâtrale prend le dessus aujourd’hui. En fait, les discours sur la question étaient mitigés allant de l’imagé à l’à proprement parler. C’était samedi dernier lors de la table ronde tenue au 4ème Art. “La femme de théâtre en Tunisie” est le titre de la manifestation organisée la veille de la Journée mondiale du théâtre. Le sujet, en effet, n’a jamais été abordé. Il a fallu quasiment un siècle, c’est-à-dire depuis 1908 pour que l’on vienne exposer le “rôle de la femme dans la société tunisienne moderne”. En prologue Mohamed Driss a parlé de cette aventure trépidante de la création dramatique où la femme a anobli l’exercice du théâtre et a assisté au processus de maturité de la pratique. Il a par là même survolé les principales étapes ayant donné lieu à diverses expériences théâtrales comme le théâtre scolaire qui “a servi de laboratoire et de vivier pour des génération d’artistes dramatiques”. Faouzia Mezzi, journaliste tunisienne, a élucidé la question en exposant sa vision de sociologue des arts de la scène. Elle a parlé ainsi de “la vengeance” des femmes artistes de la nouvelle génération qui ont pris sur elles de laisser éclater leur corps sur scène. “Je n’ai jamais vu une œuvre d’art où la femme a excellé, dans l’écriture ou la mise en scène, mais j’ai vu des femmes qui ont laissé la scène vibrer par la force de leurs jeux dramatiques”, a-t-elle souligné. Il faut dire que Faouzia Mezzi, en sa position de critique de théâtre, était bien placée pour distribuer blâmes et satisfecits sur la scène du théâtre qu’elle a côtoyée depuis des décennies. Pour elle, la première génération de femmes de théâtre a suivi les hommes sans pour autant avoir leur propre avis. La deuxième génération était celle des femmes de théâtre fondatrices d’une vision globale du théâtre, alors que celle des années 70 a innové et a usé de son corps qui s’est exprimé sans contraintes. Mouna Noureddine et Raja Ben Ammar, invitées d’honneur de cette table ronde, n’étaient pas de l’avis de l’animatrice du débat. Pour la veuve de Noureddine Kasbaoui “avant, la femme était bien formée artistiquement pour pouvoir diriger sa propre troupe”. Elle a donné ainsi l’exemple de Chafia Rochdi, Fadhila Khetmi et bien d’autres. “Il faut aller à la source” a-t-elle dit. “Il ne faut pas se fier à quelques ouvrages documentaires qui passent sous silence certaines personnalités du théâtre ou des événements importants de la pratique dramatique”. Un vide documentaire qui ne fait ni chaud, ni froid à Raja Ben Ammar qui donne un autre son de cloche. Pour la fondatrice du théâtre Phou, deuxième compagnie professionnelle privée de Tunisie, elle a préféré parler du culte énamouré qu’elle voue à la scène sans pour autant oublier d’évoquer les préoccupations matérielles qui régissent la pratique théâtrale. Mona BEN GAMRA


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com