“Douz, la porte du Sahara” : Pour célébrer la culture saharienne des M’razigs





Alors qu’en s’attendait à voir “Nesma Wa Rih”, le court-métrage de fiction écrit par Sonia Chamkhi et co-réalisé avec Lassaâd Dkhili, c’est plutôt le documentaire consigné par le duo qu’il nous a été donné à voir en exclusivité. Produit par Palm Production et tourné en 2004, Douz la porte du Sahara, a d’ores et déjà entamé sa petite carrière de diffusion. Après sa programmation à Paris en ouverture des “Rencontres internationales autour de l’Exil” organisé par le Festival International des Films de Femmes de Créteil, qui ont eu lieu en présence de la réalisatrice le 18 janvier dernier, le film continue sa tournée grâce à sa sélection par le festival “Maghreb, si loin, si proche” de Perpignan qui s’est déroulé simultanément dans quatre villes dont Cabestany et Carcassonne tout au long du mois de février 2005. “Douz, la porte du Sahara” est un film poétique porté par une grande sensibilité qui nous plonge au cœur de la culture des M’razigs, l’une des plus grandes tribus de Douz. Le film est constitué de plusieurs tableaux qui se chevauchent, s’alternent dans un montage maîtrisé qui restitue une temporalité singulière propice à l’écoute, à la contemplation et au rêve. Il s’ouvre sur des paysages sahariens, des dunes de sable balayées par le vent, et sur l’avancée d’un chamelier dans des plans larges bercés dans la lumière, suivis par des plans plus serrés qui captent le mouvement du vent sur le sable et les traces du passage du chamelier. Une sorte de métaphore sans doute du mythe du voyage et des routes du commerce. Le début du film annonce le parti pris de la narration : réconcilier l’imaginaire saharien et la réalité quotidienne des M’razigs. En effet, les tableaux de cavalerie et de courses de Méharis sont illustrés sur le plan sonore par le poème “Ya Saharti” (mon Sahara) de Belgacem Abdellatif. Des images forts belles et un poème magnifiquement clamé qui expriment les valeurs les plus chères de la tribu des M’razigs : la bravoure, le courage et la dignité. Cet imaginaire riche est notamment porté dans le film par des joutes poétiques où des gens ordinaires récitent leurs propres poèmes écrits pour célébrer leur culture ou encore pour raconter leur rêves et leurs drames à l’instar du magnifique poème récité par le Berger de la Nouba ou encore celui écrit et chanté par Khalti Hlima la gardienne du Mausolée de la sainte Dalia. Dans l’atelier d’un artisan de Douz, l’un des protagonistes explique que la poésie est pour les M’razigs un art de vivre qui accompagne leur quotidien et leur fêtes. Il souligne que cette poésie trouve ses origines dans la grande tradition arabe puisque les M’razigs sont originaires de la péninsule arabique et plus précisément des Béni Hilal. Et à l’instar des grands poètes arabes, les poètes de Douz, de feu Touil à ceux de l’assemblée se servent d’un lexique sensible et imagé pour décrire les étendues infinies de sable, les dunes, les fleurs et les plantes, les animaux, le soleil brûlant et le froid nocturne, la lune, les étoiles, la pluie, les puits, et les démons qui vagabondent dans l’obscurité. Il récite également un poème fort évocateur. “Inscris, oh histoire de mes aïeux!” qui synthétise à nos yeux, en quelque sorte, le propos de ce film qui se veut un arrachement à l’oubli. Alternant de rares séquences soucieuses de pédagogie où quelques données ethnologiques sont précisées par une voix off, le film privilégie nettement la rencontre avec des personnalités singulières, attachantes et véritables porte-parole d’une culture riche et fascinante. C’est ainsi que le film consacre des moments intenses avec les représentants de cette culture saharienne et nomade. D’abord un Hijezi (Chamelier) que nous voyons le jour, entouré de son troupeau de chamelles. Il nous raconte son métier de Hijezi (du nom de Hijez, la péninsule arabique des origines), les différentes races de chamelles, la manière avec laquelle il parcourt le désert à la recherche des zones nourricières, de l’entretien des bêtes (notamment pour certaines infections et maladies) et des liens forts qui le lie à elles. Mondher CHRAIET


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com