Dr Makoto Iokibe, professeur japonais d’histoire diplomatique : “La guerre en Irak était une erreur”





“La guerre en Irak a, contrairement à ce qu’on pensait, renforcé le terrorisme”. La thèse a été développée par le Dr. Makoto Iokibe, professeur d’histoire diplomatique à la Faculté des Sciences juridiques de Kobé au Japon, lors d’une conférence sur la politique étrangère japonaise tenue hier à Tunis. Tunis-Le Quotidien “La guerre en Irak a renforcé le terrorisme qui était en position de défaillance après la chute des Talibans en Afghanistan”, soutient le conférencier pour qui la participation du Japon à cette guerre est une erreur. “C’était, explique-t-il, une erreur des néo-conservateurs américains qui, réagissant aux attentats du 11 septembre et après la guerre facilement gagnée en Afghanistan, ont fait de la force une doctrine. La force de frappe est devenue plus importante que la diplomatie pour résoudre les conflits et apporter la démocratie”, affirme-t-il. Or, pour Tokyo, fait valoir M. Iokibe, la force ne résout pas forcément tous les problèmes. “La politique étrangère japonaise est basée sur le fait que le développement économique est plus efficace que la guerre pour apporter la démocratie”. Mais alors pourquoi des Japonais en Irak? Sans vraiment approuver cette participation, le professeur d'histoire diplomatique fait valoir le fait que l’armée japonaise ne fait pas la guerre en Irak mais propose une assistance à la population “une décision qui a été mal vue dans le Monde arabe mais qui a été fort appréciée par les Irakiens qui bénéficient de cette assistance”. C’est peut-être une ambiguïté de la politique étrangère japonaise mais pour la comprendre, il faudra remonter à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Acculé par les Etats-Unis, qui ont occupé pendant un certain temps le pays à abandonner toute ambition militaire, le Japon a toutefois réussi à devenir une force régionale. “Le Japon n’a jamais exporté d’armes, n’a jamais importé d’armes et n’a jamais participé activement à une guerre”, note le conférencier pour qui ce pacifisme imposé a été une bonne chose. Ceci dans le sens où il a permis au Japon de mobiliser toutes ses forces pour développer la modernisation économique et sociale du pays. Et c’est précisément cette force économique qui va orienter la politique étrangère japonaise. Ceci dans le sens où, conscient de son poids économique, Tokyo va, petit à petit, tenter de sortir de la tutelle américaine. Ceci était de plus en plus nécessaire que le Japon se sentait physiquement menacé, notamment après la crise coréenne en 1994 et la crise taïwanaise en 1996. Cette menace s’est accentuée, note M. Iokibe, après le 11 septembre. Même si le Japon est en train de revoir sa stratégie de défense, il n’en est pas moins vrai, fait valoir le Dr. Makoto Iokibe, que Tokyo croit toujours à la primauté de la diplomatie. C’est d’ailleurs ainsi qu’on pourra comprendre sa volonté de devenir un membre permanent du Conseil de sécurité, même si, paradoxalement, les chances du Japon sont minimes puisqu’il part avec un handicap majeur: ce n’est pas une force militaire. Med Ali BEN REJEB


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com