“Avant Première” : Le grand défi des Jebali





El Teatro a réussi, contre vents et marées, à se hisser au premier rang de la création théâtrale en Tunisie. Sa recette: une ténacité à toute épreuve et un sens aigu d’aller tout droit au but. Ici, les rendez-vous se multiplient et ne se ressemblent guère. Les grands moments rythment avec bonheur à longueur de l’année. Ici, on n’a le droit ni au repos ni à la sieste grenadine. Et le public est acquis. La manifestation théâtrale “Avant première” ne fait pas entorse à cette délicieuse habitude. Né, il y a à peine une année, cet événement conçu par et pour les créateurs de demain se veut annuel. Et il a toutes les chances pour réussir. Car, il est dans de bonnes mains puisqu’il a vu le jour dans le foyer des Jebali. Qui connaissent les dessous et dessus, les tours et détours de l’art des planches. Quand “Ici Tunis”, une pièce de Taoufik Jebali fort saluée par les critiques, n’a pas été retenue par la commission des Journées Théâtrales de Carthage (JTC) 2003, le Tout-Tunis fut surpris. Des reproches et des remous ont circulé dans la ville. Tenaces, les Jebali n’ont pas lâché le peloton et réagi autrement. “Lors de la dernière session des JTC, j’ai été avec une foule d’hommes et de femmes de théâtre dans un hôtel de la place “pour essayer de digérer la déception (NDLR). On parlait du copinage et des subventions, de tout et de rien. Soudain, une idée nous traverse l’esprit: si on créait notre propre rendez-vous qui sera annuel et non biennal!”, a expliqué Zeïneb Farhat, journaliste de formation et surtout la douce moitié de l’enfant terrible de la scène, Taoufik Jebali. Elle est aussi la “patronne” de l’espace El Teatro, fondé en octobre 1987. Ne manquant pas d’idées, tout doit passer par elle. Quelques mois après, l’idée prendra jolie forme. Quel est donc l’objectif de “Avant Première”. Réponse de Zeïneb Farhat: “Ce n’est pas statutaire. Ce n’est pas dans son cahier de charges vis-à-vis de ses sponsors, publics ou privés. Ce n’est pas un espace public”. Et d’ajouter avec un brin de fierté: “Parce que tout simplement mû par l’espoir de consolider, un tant soit peu, le rêve et l’espoir des artistes à encourager, à encadrer positivement, à partager leur questionnement et leur expérimentation sur scène, à s’engager à faire du théâtre le summum de l’activité humaine et humaniste, loin de la loi de l’offre et de la demande, fuyant la morosité d’un marché insipide et dégradant, et portant un regard critique sur les glissements de leurs camarades”. “Avant première 2005” démarrera le 7 avril et se clôturera quatre jours après, en prolongement d’une aventure heureuse. Au programme: des œuvres fraîches signées par des professeurs d’Arts dramatiques ayant choisi de mener en parallèle de l’enseignement une carrière de créativité. Leur choix ? A mi-chemin entre réel et fiction, les séquences doivent s’enchevêtrer et se téléscoper sur un monde souvent humoristique ou satirique. Les pièces doivent être actuelles et mordantes. Les spectateurs doivent s’y retrouver et peut-être y entendre l’écho de leurs propres réflexions. C’est ce choix que lance avec insistance Taoufik Jebali. Si la première session a enregistré un succès, c’est parce qu’elle a marqué son originalité. Pas de conférences lassantes. Pas d’ateliers contraignants non plus. Mais un débat d’un quart d’heure après chaque présentation ... Et ça a marché. Il y a eu du monde et un suivi. L’année écoulée, ce fut le critique de théâtre Abdelhalim Massoûdi qui a animé les mini-débats. Cette année, on prévoit Abdelwaheb Jomli, un théoricien de théâtre et metteur en scène. Taoufik Jebali ne restera pas dans les coulisses. Il montera à son tour sur les tréteaux de la discussion. * Programme varié Le hasard a voulu que bon nombre d’étudiants de la promotion 1998 de l’Institut d’arts dramatiques se croisent dans une “logique de complicité” artistique. Et montent leur pièce. *“Etat civil”, une pièce de Atef Ben Hassine, coproduite avec Al-Teatro fera l’ouverture des journées de Avant Première” *“La photo” du metteur en scène Farhat Henana sur le texte “Cent ans d’amour” de Falah Chaker. *“La gare”, le texte de Gao Xingjian sera mis en scène par Chedli Arfaoui. *“La paresse et le labeur”, pour le bonheur des “ptits choux”. Texte de Yahia Hemlaj, mis en scène par Hédi Abbès. *“Vent-Rien”, mise en scène par Abdelwahab Jomli. Texte de Dhafer Naji. *“Loukala”, tirée de “L’auberge des pauvres” de Tahar Ben Jalloun. Mise en scène par Mohsen El-Adab. Z.A.


Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com