Son Excellence M. Yusuaki Ono, Ambassadeur du Japon en Tunisie, au «Quotidien»:





Les données géopolitiques internationales ont profondément changé Les relations tuniso-japonaises, la situation en Irak et dans les territoires occupés, les dossiers nucléaires nord-coréen et iranien, la réforme de l’ONU et moult autres sujets d’une actualité brûlante, sont les principaux thèmes évoqués par S.E. Yusuaki Ono, ambassadeur du Japon à Tunis, dans l’entretien qu’il accorde au “Quotidien”. Le Quotidien: Le secrétaire parlementaire japonais aux Affaires étrangères M. Katsuyaki Kawaï effectue à partir d’aujourd’hui une visite en Tunisie. Dans quel cadre s’inscrit cette visite et que peut-on en espérer? S.E. Yusuaki Ono: Cette visite vient confirmer une nouvelle dynamique politique entre la Tunisie et le Japon. Une volonté d’intensifier les contacts entre les deux pays et principalement entre les deux gouvernements. M. Katsuyuki Kawaï, l’un des six plus hauts cadres au ministère des Affaires étrangères, chargé de la zone Proche-Orient et Afrique, visite la Tunisie dans ce cadre, à savoir multiplier les contacts à haut niveau entre les deux Etats. Il rencontrera, à cet effet, des responsables tunisiens pour faire le bilan des relations politiques, économiques, culturelles et sociales entre nos deux pays et examiner les meilleurs moyens de les consolider. Cette visite sera suivie, d’ailleurs à la fin de ce mois, par une autre qu’effectuera M. Iwao Matsuda, membre de la chambre des conseils. Le Quotidien: Précisément, pouvez-vous nous donner un aperçu sur cette coopération entre les deux pays? Le Japon a été souvent présent en Tunisie et il continuera à l’être. Un chiffre pour confirmer cette présence: entre 1997 et 2001, le montant de l’aide publique japonaise au développement a atteint 438 millions de dollars. Bientôt le Japon débloquera un crédit en yens pour la modernisation du pôle technologique de Borj-Cédria. Un autre projet tuniso-japonais est en train d’être réalisé dans le Nord de la Tunisie et qui introduit l’exploitation de l’énergie solaire pour le dessalement des eaux souterraines. Un projet qui sera bientôt expérimenté dans le Sud de la Tunisie. Ces chiffres et ces exemples concrets démontrent, si besoin est, la solidité des liens qui unissent les deux pays et les échanges bilatéraux qui s’inscrivent régulièrement dans une dynamique de croissance. Il y en a eu d’autres à travers l’histoire de nos relations qui fêteront en 2006 leur cinquantième anniversaire. D’ailleurs, et à cette occasion, il y aura tout un programme d’activités culturelles éducatives et sociales japonaises en Tunisie. Il y aura des journées de gastronomie japonaise, des spectacles de musique et de danse, des expositions de peinture et de calligraphie... Tout un programme qui, nous espérons, plaira aux Tunisiens et permettra de rapprocher encore plus nos deux peuples. A l’occasion, je voudrais exprimer ma satisfaction après la participation réussie de la Tunisie à l’exposition universelle “AICHI 2005” au Japon qui a offert aux Japonais l’occasion de mieux connaître la Tunisie. Le Quotidien: C’est là un intérêt certain pour la Tunisie en particulier et le Monde arabe en général. Est-ce là une nouvelle ligne de la politique étrangère japonaise visant à améliorer son image dans cette région notamment après son intervention en Irak? Depuis la chute de l’ancien bloc soviétique et après les attentats du 11 septembre 2001, les données géopolitiques internationales ont profondément changé. Le Japon devait donc suivre ce changement sur le plan international dont le premier souci est devenu la lutte contre le terrorisme. Bien sûr, et dans ce contexte, la région du Proche-Orient et le Monde arabo-musulman en général prennent une importance capitale dans la politique étrangère japonaise. Il est, en effet, de notre intérêt à ce qu’il y ait une stabilité politique, économique et sociale dans cette région. Au Japon, on pense justement qu’on pourra atteindre cet objectif en intensifiant les relations politiques, économiques et sociales avec ces pays. C’est ce que nous sommes en train de faire en Afghanistan et en Irak où le Japon aide à la reconstruction économique et à l’émergence de la démocratie dans ce pays. C’est dans cette logique qu’il faudra interpréter l’envoi de soldats japonais en Irak où ils sont partis à fin de protéger les volontaires humanitaires. Ceci est d’autant plus vrai, il faut le rappeler, que la Constitution japonaise interdit à l’armée d’être active à l’extérieur du pays. La présence japonaise en Irak ne fait, par ailleurs, que répondre à une résolution onusienne qui incite les pays membres de l’ONU à offrir leur aide pour la reconstruction de l’Irak. Le Quotidien: Pour rester dans le cadre de l’ONU, pouvez-vous nous préciser quelles sont aujourd’hui les chances du Japon pour devenir un membre du Conseil de sécurité? Lorsque l’ONU a été créée en 1945, ses membres étaient au nombre de 55 Etats. Aujourd’hui, il y a plus de 190 membres à l’ONU. Depuis soixante ans, le monde a changé et l’ONU est restée la même. L’Organisation onusienne à l’état actuel n’est pas la représentation fidèle des forces sur le plan international. Ceci ne peut que remettre en cause sa légitimité et la confiance des peuples placées en elle. La réforme de l’ONU est donc devenue une nécessité. Or, le Japon est aujourd’hui une force économique mondiale. Il est le deuxième à l’échelle internationale en terme de PNB, après les Etats-Unis. Le Japon est, par ailleurs, l’un des rares pays dans le monde à être, de part sa constitution, contraint à la paix. Nous sommes un pays qui a connu les atrocités de la guerre et de la bombe atomique à Hiroshima. Le Japon est une force économique et une force de paix. Ce sont là deux arguments majeurs qui nous prédisposent à devenir un membre du Conseil de sécurité. Et puis il n’y a pas de raison pour que l’Asie, l’Afrique où l’Amérique du Sud ne soient pas représentés au Conseil de sécurité. Le Quotidien: Sur le plan régional, au Sud-est asiatique, le Japon est confronté à un tollé populaire, principalement en Chine, suite à la publication d’un manuel scolaire atténuant l’intervention militaire japonaise durant la Seconde guerre mondiale. Pensez-vous que ces événements sont les prémices d’une nouvelle crise dans cette région? Le Japon a toujours voulu avoir de solides et bonnes relations avec les pays voisins y compris la Chine avec qui nous entretenons des relations millénaires d’où nous puisons l’essentiel de notre civilisation. La Chine est devenue par ailleurs aujourd’hui, notre principale partenaire économique. En 2004, le volume des échanges commerciaux entre le Japon et la Chine a même dépassé celui des Etats-Unis, et ce, pour la première fois de notre histoire contemporaine. Mais malheureusement, il reste encore quelques problèmes en suspens entre nos deux pays. La crise issue de la publication de ce manuel scolaire en est un. Ceci étant et pour répondre à cette question, je dirais que le ministère de l’Education japonais a publié ce manuel selon des critères éducatifs bien définis. Il y a au sein du ministère des Commissions qui étudient tous les informations et lexiques publiés dans les livres scolaires. C’est donc après études et selon des critères bien clairs qu’on a décidé de publier ces manuels. Malgré cela, je pense que notre gouvernement fera tout ce qui est en son pouvoir pour faire comprendre à ses voisins ses vraies intentions afin de désamorcer la crise. Je souhaite vraiment que les deux pays arriveront à surpasser ce malentendu afin qu’ils puissent vivre en harmonie, aussi bien sur le plan politique qu’entre les peuples. Le Quotidien: Changeons de sujet pour parler de la crise nucléaire en Corée du Nord et en Iran. Que ce soit pour l’un que pour l’autre pensez-vous qu’on peut résoudre cette crise par la voie diplomatique? Le gouvernement japonais a toujours pensé que toutes les crises peuvent être résolues de manière pacifique, c’est-à-dire par les négociations. En ce qui concerne les crises nord-coréenne et iranienne, le Japon a fourni tous les efforts afin de parvenir à une solution négociée. C’est ce que nous sommes en train de faire dans le cadre du groupe de six avec la Corée du Nord. Nous sommes, par ailleurs, en train d’utiliser nos bonnes relations avec le gouvernement iranien afin de trouver un terrain d’entente avec les Européens et les Américains. Le Quotidien: Comment peut-on réussir dans ces négociations alors que d’autres pays, comme Israël, disposent en toute impunité de cette arme? Il est regrettable de constater que dans les affaires internationales, il y a ceux qui ne respectent pas les règles du jeu. Ceci étant, le gouvernement japonais essaye toujours de trouver une solution acceptable par toutes les parties. Le Quotidien: Restons dans le volet moyen-oriental et parlons du conflit israélo-palestinien. Comment voyez-vous aujourd’hui les chances de paix au P.O, surtout après les élections d’Abou Mazen? Pensez-vous, par ailleurs, que le Japon peut contribuer à cette marche vers la paix? Le gouvernement japonais croit fermement qu’il y a aujourd’hui une vraie chance pour résoudre ce conflit. Une chance rare que le gouvernement japonais veut saisir en déployant, à cet effet, tous les efforts nécessaires. Des efforts qu’il fournit en collaboration avec toutes les parties américaine, européenne, et arabe afin que Palestiniens et Israéliens puissent jeter les bases d’une paix durable. A cet effet, le ministre japonais des Affaires étrangères vient d’effectuer une visite officielle en Israël et dans les territoires palestiniens. Une tournée qui a été suivie par celle de l’envoyé spécial du ministère japonais des Affaires étrangères qui a eu des entretiens avec les principaux intéressés avant de participer au Sommet arabe d’Alger. A cela, il faudrait ajouter la visite, au mois de mai prochain, de M. Mahmoud Abbès à Tokyo qui sera suivie quelques jours après par celle du Premier ministre israélien Ariel Sharon. Entre-temps, comme on le sait, le Japon continue d’offrir son aide humanitaire à l’Autorité palestinienne. Cette année, je crois que le montant de l’aide dépassera les 90 millions de dollars. Tout ceci pour signaler que notre gouvernement ne néglige aucun moyen à sa disposition afin de trouver une solution juste à ce conflit. Le Quotidien: Une question économique pour terminer. On sait que le Japon vient de passer par une crise économique aiguë. Pensez-vous que cette crise est surmontable et de quelle manière? Il y a aujourd’hui des signes positifs d’une reprise économique au Japon , et ce, après une crise qui a duré longtemps malgré les efforts fournis par le gouvernement japonais. Il faut donc rester optimiste surtout après l’essor de nos relations avec la Chine dont l’économie progresse considérablement, laquelle progression constitue une vraie opportunité pour notre économie. Le gouvernement japonais essaye, par ailleurs, de développer d’autres partenariats, notamment dans la région de l’Extrême-Orient où les économies se développent d’une manière assez soutenue. Entretien conduit par Chokri BACCOUCHE et Med Ali BEN REJEB


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com