Julien Lourau Quintette : L’euro-jazz à Carthage





Le saxophoniste français Julien Lourau a ouvert avant-hier soir la première édition de jazz à Carthage par un spectacle porté par une rythmique puissante, presque guerrière, et un grand souci mélodique. Des sons neufs, actuels, pluriels, modernes… Le jazz à Carthage est une vieille histoire. Avant d’offrir ses planches aux spectacles de théâtre, de ballet et de chant arabe, le Théâtre romain de Carthage a commencé par accueillir des concerts de jazz. Le premier spectacle du genre y a d’ailleurs été donné un certain 31 août 1963. C’est donc pour renouer avec cette tradition que Mourad Matri a lancé, avec le précieux concours de Tunisiana la manifestation Jazz à Carthage qui a démarré mardi soir à l’Acropolium par un concert du groupe français Julien Lourau Quintette et composé de Julien Lourau bien sûr au saxophone, Bojan Z au piano (Fender Rhodes), Eric L?hrer à la guitare, Vincent Artaud à la contrebasse et Daniel Garcia Bruno à la batterie. Inutile de dire que le public a répondu nombreux à l’invitation. Malgré le temps frisqué et pluvieux, rares étaient les places vides. Et c’est tant mieux ainsi. Enfant terrible du jazz français, Julien Lourau a été à la hauteur de sa réputation. Ceux qui l’ont déjà vu à Tabarka en 1997 avec Groove Gang ont retrouvé un artiste à la fois rebelle, inventif, un peu bricoleur, mais sérieux et appliqué qui produit des sons inédits, parfois surprenants mais d’une texture mélodique. Son jazz est un mélange de sons européens, africains et latins porté par une rythmique travaillée, expressionniste et d’une grande modernité. “Ma vie c’est la musique. ce sont tous ces sons qui se croisent un peu partout à Paris venant de divers horizons, d'Afrique, du Maghreb et d’ailleurs. Chez moi, on trouve tout, le latino, le funk, le jazz…”, nous explique Julien Lourau à la fin de son spectacle. Saxophoniste de talent, compositeur ouvert à toutes les influences musicales et culturelle modernes, chef de bande aussi, Julien Lourau est une mine de sensibilité et de créativité. Il ne cherche pas, il trouve à force de butiner, de faire son miel là où il le trouve, de puiser dans les rythmes et les mélodies les plus divers et de réinventer tout cela. Sa musique est un laboratoire où se fait la musique de demain. Son concert de Carthage, des extraits de “Fire and Forget” sorti fin février 2005, nous a permis de découvrir cette valeur sûre du jazz mondial. Zohra ABID _________________ Paroles savantes Etudiant en jazz à la Sorbonne à Paris, Mohamed Ali Kammoun nous livre ici ses impressions sur le concert français. Ecoutons-le: “Sur le plan technique, il n’y a rien à dire. Julien Lourau est égal à lui-même. C’est-à-dire irréprochable. On souhaite atteindre chez nous un niveau de virtuosité technique et de maîtrise de l’improvisation moderne à l’image de cette figure emblématique du jazz européen. On regrette les quelques défaillances au niveau de l’écoute au cours du concert à cause de l’acoustique non étudiée dans la salle pour un tel genre de concert en l’occurrence l’électro-jazz. Le pianiste par exemple, on ne l’a pas beaucoup écouté, à cause de la sonorisation. Mais il y a eu une très bonne gestion de l’organisation. Comme la panne avec la batterie qui a été illico réparée. Quant au concert, il affiche avec bonheur la position politique internationale de la France qui s’est heurtée avec surtout les Anglais. Le début était marqué par l’écho de bombardement, suivi d’un silence. Il y a eu une tension rythmique, et c’est le seul morceau ponctué par des paroles. Dans le reste, on sent beaucoup de recherche dans une sorte de polyrythmique où il y a plusieurs influences d’électro, de funk…”. Propos recueillis par Z.A.


Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com