Les médias en temps de guerre : Halte aux crimes contre les journalistes





“Naguère, le journaliste était un témoin des opérations armées en temps de guerre. De nos jours, il est carrément impliqué dans le conflit armé au point qu’il en fait partie intégrante”. Cette constatation de M. Abdelkarim Hizaoui (professeur universitaire à l’IPSI) est la parfaite illustration de la situation tragique des journalistes en temps de guerre. Ce thème est au centre d’une conférence-débat organisée hier par l’Association des journalistes tunisiens en collaboration avec la délégation de la Croix-Rouge Internationale en Tunisie dans un hôtel de la place. La quête de la vérité par les journalistes qui œuvrent sur le terrain de guerre comporte désormais des risques énormes, selon M. Sofiane Ben Farhat (journaliste). Au vu des chiffres alarmants faisant état de 1200 journalistes tués ces derniers temps et dont les 2/3 ont été assassinés dans leur pays, le métier de journaliste est devenu un métier à haut risque, soutient M. Ben Farhat. “Ceci est d’autant plus déplorable que 94% des assassinats n’ont eu aucun suivi pour identifier les assassins”, observe-t-il. Naturellement, l’Irak est actuellement le théâtre propice à ces crimes contre les journalistes. M. Ben Farhat dénombre 70 assassinats de journalistes en Irak en 2004. Mais auparavant, les autres conflits armés ont également fait des dizaines de victimes parmi les journalistes. C’est ainsi que la guerre du Kossovo a enregistré, selon M. Ben Farhat, plusieurs assassinats prémédités de reporters de guerre. “Désormais, ces crimes contre les journalistes sont banalisés par les opinions publiques et les journalistes ont de plus en plus peur, si bien qu’ils n’osent plus sortir des hôtels qui sont devenus des sortes de bunkers”, déplore-t-il. En se cloîtrant dans ces bâtisses, les journalistes ne peuvent plus avoir accès à l’information et à la vérité sur le déroulement des opérations armées . * Chairs à canon Mais il n’y a pas que les chercheurs de vérité à travers les champs de batailles qui sont des chairs à canon des conflits armés. Il y a également les secouristes de la Croix-Rouge Internationale qui font également de plus en plus objet d’opérations meurtrières. Pour Mme Tamara Refaï, représentante de la Croix-Rouge, “les journalistes et les secouristes de la Croix-Rouge sont désormais des partenaires qui de surcroît, sont devenus de proies faciles pour les acteurs de guerre”. Selon elle, aussi bien les journalistes que le personnel de la Croix-Rouge ne bénéficient d’aucune protection ni de respect. “Ceci a obligé certains reporters de guerre à accompagner les forces armées des belligérants. Mais dans ce cas, comment ces derniers peuvent-ils accomplir leur mission en toute objectivité?” se demande-t-elle. Mme Refaï a en outre considéré que le partenariat entre les journalistes et la Croix-Rouge en temps de guerre est, entre autres, basé sur la protection de la population civile. Elle a, à cet effet, mis en garde contre la manipulation et l’instrumentalisation de certains faits internationaux comme le drame humanitaire du Darfour. * Que faire ? Il va sans dire que face à cette situation insoutenable du journalisme en temps de guerre, la question la plus urgente est de savoir comment pallier le pire? M. Abdelkarim Hizaoui retient, à cet effet, trois propositions débattues au sein des instances internationales compétentes. La première consiste à doter les journalistes d’un statut légal et d’enseignes spéciales (badges) pour qu’ils soient reconnus en tant que tel sur le terrain de guerre. Mais encore faut-il que cette distinction ne les expose pas encore davantage au danger de mort ou d’enlèvement. La seconde proposition consiste à assurer aux journalistes un minimum d’entraînement et de préparation pour prévenir les risques. M. Hizaoui a, à cet effet, annoncé la création d’un institut international spécialisé dans la sécurité des journalistes. La troisième proposition prône, quant à elle, la garantie de la sécurité des journalistes par l’adoption d’une attitude de neutralité de ces derniers vis-à-vis du conflit armé et des belligérants. Dans ce cas, ils seraient tenus de s’abstenir de tout témoignage sur les bavures, les carnages et les crimes de guerre auprès des instances juridiques internationales. Au bout du compte, toutes ces propositions comportent des insuffisances majeures qui attestent de l’impuissance générale à contourner actuellement le drame des journalistes en temps de guerre. Désormais, cette tragédie fait corps avec celle des peuples opprimés et dont les territoires sont occupés. Elle ne prendra fin que le jour où les belligérants enterreront la hache de guerre. Abdelmajid HAOUACHI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com