Comportement/ Les jeunes sont-ils audacieux?





Ils sont nombreux à dire «non», à manifester un caractère contestataire. Certaines études concluent que la tendance audacieuse des jeunes gens a pour but de leur permettre de confirmer leur personnalité. Les jeunes ne partagent pas forcément ce constat. Leur audace va bien au-delà du simple fait de s’imposer… Témoignages. Tunis - Le Quotidien L’audace ne rime pas toujours avec insolence. Un être courageux et qui n’a pas «froid aux yeux» n’hésitera pas à se révolter contre toutes formes d’injustice. Cela étant, basculée à l’extrême, l’audace pourrait avoir une connotation négative voire maladive. C’est ce que Haythem, 19 ans, élève, pense : «Certes je suis audacieux mais je ne suis pas insolent. Je m’explique. Depuis mon très jeune âge, j’ai appris à me défendre et j’ai aussi su anticiper les choses pour prévenir toutes formes d’injustice. Je suis plutôt calme et je reste bien tranquille jusqu’à ce je détecte une mauvaise intention, je mets dès lors mes armes en veille pour me protéger. Je ne peux pas rester les bras croisés et la bouche cousue quand je sens que je vais être victime d’une injustice ou que je suis atteint dans ma dignité», dit-il. Haythem ne baisse pas les bras, son audace est un moyen d’auto-défense contre les imprévus. «L’audace n’est pas une nature chez moi. C’est un moyen de défense. Cela dit, je me plie entièrement aux exigences de mes parents. Je ne peux rien contester. Je sais bien que ce sont les personnes qui m’aiment le plus au monde», ajoute-t-il. Helmi, en fait de même. 19 ans, élève, le jeune homme ne peut jamais dire «non» à ses parents et surtout pas à sa mère. «L’audace est un moyen qui ne donne pas aux autres l’occasion de me «marcher sur les pieds». Quand il y a une injustice dans l’air, je deviens «féroce». Et ce, même si je n’en suis pas directement concerné. Avec mes parents et les personnes que j’estime, je suis souple. Quand on essaye de me violenter ou de me prendre pour un canard sauvage, je râle… une manière de remettre chacun à sa place», dit-il. Bilel, 19 ans, élève trouve que la timidité et la gentille sont à présent considérées comme un handicap qui encourage les autres à lui faire du mal. «Je fonce. Certains dans mon entourage n’osent pas revendiquer leurs droits les plus élémentaires. Ils sont donc piétinés ! Il faut dire que le modernisme impose ses lois. Celui qui ne sait pas faire face à son adversaire, avec courage et détermination, ne réussira pas à avoir une place. Et même s’il procède avec loyauté et rigueur, il n’est pas forcément à l’abri de toutes les formes de dépassement», dit-il. Bilel est donc prêt à se protéger. Il ne faut pas imaginer que le jeune homme est pour autant un «trouble-fête». Il choisit de ne jamais être sur la défensive. Ce qu’il veut, c’est d’avoir un air qui effraie. «Je ne me tais pas quand j’assiste à une scène d’injustice. En classe, avec les amis et même dans les lieux publics, je suis réputé pour être le défenseur sans pour autant qu’une étiquette de «défonceur» me colle à la peau… Et c’est là toute la différence. Quand on me connaît audacieux, on m’évite et c’est ce que je cherche justement», ajoute-t-il. Aymen, 19 ans, élève également, n’a pas le même degré d’audace que ses amis. Ayant une nature quelque peu timide, Aymen a du mal à … se défendre. «Face aux parents, aux professeurs et aux personnes âgées, je ne suis pas capable de dire non. Certes parfois j’essaye de parler avec beaucup de délicatesse pour exprimer mon refus mais sans jamais être ferme. Pourtant quand je suis face à des personnes égales à moi, je m’exprime haut et fort», dit-il. Si Aymen arrive à prononcer quelques mots, Ghada, 21 ans, bachelière, se fait tout le temps… «piétiner». L’audace ne la concerne pas et cela la rend malade. «En évoquant l’audace, on met la main sur mon problème majeur. Je suis en train de suivre des séances de psychothérapie, justement pour être plus audacieuse. Depuis mon enfance, mes parents m’ont éduquée de manière assez sévère. Ils m’ont toujours avertie contre le mal… Ils m’ont enseigné comment je dois me comporter pour ne pas faire du mal aux autres. Ils m’ont inculqué quelques phrases comme : «S’il vous plaît, je vous en prie, pardonnez-moi»… Et ils ne m’ont jamais appris comment je devais faire pour me protéger. Résultat, je suis devenue trop altruiste et ce sont ceux à qui j’ai tendu la main qui me poignardent les premiers! Je suis tellement considérée comme inoffensive que je suis considérée comme une naïve et proie facile… J’ai reçu beaucoup de «coups» sans jamais réagir. A présent, je me soigne et je souhaite avoir le courage qu’il faut pour ne plus avoir peur de dire «non»», dit-elle, dépitée. Ghada souffre… La jeune fille n’a même pas voulu pénétrer dans le monde universitaire en ayant ce profil démissionnaire… «Quand je serai guérie, je poursuivrai mes études», ajoute-t-elle. Décidément, l’audace est une arme qui sert aux jeunes gens pour prévenir les «dangers» et dire haut et fort ce qu’ils ont sur le cœur. Une manière quasi idéale pour se protéger. Cela étant, toute audace exagérée est toujours condamnable. Il faudrait donc bien doser les choses avant de réagir. Abir Chemli Oueslati


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com