Après la démonstration de force des pro-syriens : Vent de scission sur le Liban





La démonstration de force des partis pro-syriens qui ont mobilisé des centaines de milliers de manifestants a ravivé la crainte d'un réveil des antagonismes politiques et religieux au Liban, où le président tente de former un cabinet tandis que le repli de l'armée syrienne se poursuit. Le Quotidien-Agences La marée humaine drainée avant-hier vers le centre de Beyrouth pour manifester la "solidarité" avec la Syrie, contrainte sous une pression internationale sans précédent de retirer ses troupes stationnées au Liban depuis 30 ans, a montré une image forte de l'opinion d'une partie des Libanais. Cet étalage des forces visait à supplanter une image fournie par l'opposition qui occupe la rue depuis l'assassinat de l'ex-Premier ministre Rafic Hariri, le 14 février, mais sans toutefois réussir à mobiliser autant de gens que les pro-Syriens descendus pour la première fois dans la rue. Les slogans pro-syriens hostiles à l'ingérence des Etats-Unis et de la France et à la résolution 1559 de l'Onu qui exige outre un retrait immédiat et total du Liban et le désarmement du Hezbollah, ont fortement contrasté avec ceux criés par les opposants. "La Syrie dehors", "Liberté, souveraineté, indépendance", les slogans préférés des opposants à dominante chrétienne, druze et sunnite, tranchaient avec le "grand merci" crié par une foule à dominante chiite, galvanisée par le discours anti-américain du chef du Hezbollah, cheikh Hassan Nasrallah. La profonde divergence politique et dans la rue qui alimente les tensions communautaires est probablement à l'origine des incidents isolés dont ont été victimes de jeunes chrétiens ces derniers jours. Les images des rassemblements des pro et des anti-Syriens, noyées ensemble sous une forêt de drapeaux libanais, laissent pourtant croire à une "unité possible". Jamais depuis l'indépendance du Liban en 1943, le drapeau libanais et l'hymne national n'a été un symbole unificateur. Adoptant un ton dur, cheikh Nasrallah a cependant mis en demeure l'opposition d'engager le "dialogue" et de participer à un gouvernement d'union nationale. "Le dialogue doit être (...) sans conditions. Il est contraire à l'esprit du dialogue de vouloir imposer au préalable ses conditions pour ensuite inviter les autres à dialoguer", a rétorqué hier Ghassan Tueni, propriétaire du journal libéral An-Nahar. Pour Talal Salmane, propriétaire du journal proche de la Syrie As-Safir, "le Liban a vécu une journée historique qui peut servir comme base pour refonder sa vie politique sur la base de l'accord (interlibanais) de Taëf", qui a mis fin à la guerre (1975-1990). La formation d'un gouvernement en remplacement de celui démissionmaire de Omar Karamé, contraint à la démission le 28 février sous les pressions de l'opposition, doit préciser si une orientation unitaire est possible. Le président Emile Lahoud, allié de la Syrie, qui a entamé hier des consultations parlementaires en vue de désigner un Premier ministre, a annoncé la couleur dès hier en appelant à "un gouvernement d'union nationale". Premier à être consulté, le chef du Parlement, Nabih Berri, allié indéfectible de Damas, a prôné un cabinet d'union, et proposé le retour de Karamé. "L'opposition exige un cabinet transitoire et neutre" qui s'attelle à démasquer les assassins de Rafic Hariri, à démettre les six chefs de services de sécurité, condition rejetée publiquement par le pouvoir, et à superviser des élections législatives libres prévues au printemps. Mise au pied du mur, la Syrie poursuivait hier l'évacuation de ses positions militaires dans la montagne libanaise dominant Beyrouth, et du nord du pays, vers la Békaa (est) et vers son territoire. Ce repli, prélude en principe à un retrait complet, a été entamé avant-hier.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com