Recherche scientifique : Une Tunisienne dans la cour des grands





En cette année internationale de la physique qui coïncide avec le cinquantième anniversaire de la mort du monstre sacré de cette science, Albert Einstein (Prix Nobel 1921), cinq femmes physiennes de par le monde sont à l’honneur dont la Tunisienne Zohra Ben Lakhdar Akrout. Depuis 1998, «Le prix l’Oréal-Unesco pour les femmes et la science» couronne cinq femmes savantes représentant cinq continents : l’Afrique, l’Amérique latine, l’Asie pacifique, l’Amérique du Nord et l’Europe. Ce prix a déjà couronné deux Egyptiennes, deux Nigériennes et deux Sud-Africaines. La septième lauréate du Continent noir est la Tunisienne Zohra Ben Lakhdar Akrout, professeur de physique à la faculté des sciences de l’université de Tunis El Manar et responsable du laboratoire de Spectroscopie atomique et moléculaire et Applications. Selon les attendus du jury international présidé par le Français Pierre-Gilles de Gennes (Prix Nobel de physique 1991), Zohra Ben Lakhdar Akrout «a beaucoup fait progresser les disciplines scientifiques de l’optique et de la photonique en Tunisie et dans toute l’Afrique par ses travaux en optique et ses applications dans de nombreux domaines de l’environnement à la biotechnique». Native d’une famille de Kerkennah, professeur Ben Lakhdar Akrout a fait des études à la faculté des sciences de Tunis avant de passer un doctorat en spectro-atomique à l’Université Paris VI. De retour en Tunisie, elle s’est consacrée à deux tâches principales : l’enseignement et la recherche, sans oublier bien sûr sa tâche de mère de famille (ses deux filles ont fait des études médicales). «En fait, j’ai passé toute ma vie à la faculté. De l’étudiante à l’enseignante et en tant que chercheuse, j’ai trouvé tout l’encouragement de ma petite famille qui respecte mon travail, ô combien ardu, de chercheuse», raconte Zohra Ben Lakhdar Akrout lors d’une conférence de presse donnée avant-hier dans un hôtel de la capitale. Ce prix couronne trente ans de recherches menées en Tunisie, sans grands moyens. Elle a dû attendre en effet le début des années 1990 pour voir la faculté des sciences se doter d’un laboratoire de spectro-atomique, digne de ce nom et surtout d’une équipe de près de quarante-cinq chercheurs ambitieux et appliqués. Ils l’ont beaucoup aidée dans ses expériences, projets d’analyse nationaux et internationaux. * Un plasma de rayonnements Professeur Zohra B.L.A. a mis au point «des méthodes spectroscopiques théoriques (ab-initio) et expérimentales avancées pour étudier l’influence de polluants, comme le méthane et les métaux, sur la qualité de l’air, de l’eau et des végétaux. Ses recherches sont une base importante pour des applications potentielles dans de nombreux domaines : astrophysique, agriculture, médecine, pharmacie et industrie chimique». Membre fondateur et présidente de la société d’Optique tunisienne, membre de l’Académie islamique des sciences depuis 1994 et membre associée senior du Centre international de physique théorique Abdus Salam, elle a écrit de nombreux articles dans des revues scientifiques et des manuels universitaires. «Quand j’ai envoyé mon dossier, c’était juste pour m’évaluer», a-t-elle dit avec une pointe de modestie. De quoi rêve-t-elle? «Aujourd’hui, on a su créer une confiance pour continuer les recherches. Je souhaite la création d’un Centre scientifique pour le continent africain, à l’instar de Trieste en Italie, et inviter une communauté scientifique du Nord, de retraités et éminents professeurs pour que le Sud profite de leurs expériences surtout qu’aujourd’hui l’Europe est en train de se fermer (visas, coûts d’études…) et que nous avons de bons étudiants», ajoute la chercheuse en guise de conclusion. Ce prix est venu confirmer que la recherche en Tunisie est aujourd’hui sur la bonne voie, même si la route pour atteindre les standards internationaux dans la matière reste encore long. Zohra ABID


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com