Le processus de démocratisation au Maghreb : Quels handicaps, quelles alternatives?





Le Maghreb en tant qu’espace géopolitique s’apparente à d’autres régions de par le monde où la transition démocratique est l’une des préoccupations majeures des forces politiques et sociales. Quels sont les handicaps structurels et conjoncturels qui entravent cette transition? Y a-t-il lieu d’espérer une impulsion du processus démocratique par l’implication d’éléments exogènes? Tunis-Le Quotidien Bien évidemment, les intellectuels et les penseurs sont vivement appelés à réfléchir à cette problématique. Le colloque organisé avant-hier à la faculté des Sciences juridiques, politiques et sociales de Tunis sur «Le processus de démocratisation au Maghreb» a tenté d’apporter quelques éléments de repousse à ce sujet. * Entraves structurelles et conjoncturelles Le processus de démocratisation au Maghreb accuse un déficit à plusieurs facteurs endogènes qui font corps avec les structures de l’Etat et de la société en dépit de ses mutations qui devraient en principe favoriser les options modernistes. Le professeur Ilham Marzouki (sociologue) de la faculté de Sciences juridiques, politiques et sociales de Tunis souligne à cet effet l’adoption par les instances dirigeantes maghrébines après l’indépendance d’un mode de laïcité «parachuté». Ce modèle s’est avéré incompatible avec les structures sociales caractérisées essentiellement par l’absence de séparation entre la sphère individuelle et la sphère publique. L’individualisation qui n’est pas, pour elle, totalement absente de nos sociétés verse en fin de compte dans une «recommunautarisation». Cela représente , à mon avis, un handicap majeur pour les structures représentatives de la société civile et de la société précise Mme Marzouki. Cette appréhension des handicaps endogènes du processus de démocratisation est soutenue par le Pr. Daho Djerbal de l’Université d’Alger - Bouzerah. En partant du contexte de la crise algérienne des années 90, qui a engendré une guerre civile dans le pays, Daho Djerbal constate que les formes de contestation laïque d’antan, à caractère national, syndical et autres, ont été bousculées par le mouvement religieux algérien. «Alors que pendant les années 60 et 70 la contestation était centrée autour de l’ussine et des syndicats ouvriers, la force contestataire s’est déplacée à partir des années 80 à la rue et au quartier (Houma) qui ont substitué le syndicat», observe-t-il. De nouvelles formes de solidarité ainsi que de nouveaux codes régis par l’idéologie religieuse ont alors émergé. L’explosion démographique, la crise économique et le chômage ont impulsé cette évolution qui s’est, selon lui, opérée à la périphérie du monde du travail. «Naturellement, c’est le Front Islamique du Salut (FIS) qui en tira le meilleur profit politique. Néanmoins, la classe ouvrière a opposé une résistance manifeste aux intégristes notamment au sein de ses structures syndicales. Est-ce que ces handicaps endogènes sont à tel point insurmontables qu’une intervention étrangère serait souhaitable pour impulser le processus de démocratisation? La réponse à cette question dépasse le cadre théorique et inscrit la problématique dans le contexte des relations internationales marquées incontestablement par le fameux projet américain du «Grand Moyen Orient». Dans son approche à la fois prudente et critique, le professeur Scott Waamlks de l’Université de Virginie a traité l’argumentaire de l’administration américaine actuelle sur le recours à la guerre pour implanter la démocratie. Selon lui, les bases théoriques du projet du Grand Moyen-Orient reposent sur 5 postulats dont la plupart sont hérités de l’époque de l’ex-président américain Bill Clinton. Le premier de ces postulats prêche le recours à une guerre globale pour instaurer la démocratie dans le monde. Le second incite à promouvoir la libéralisation économique en tant que meilleur gage pour la démocratisation politique, le troisième consacre la démocratisation en tant que garant de la paix dans le monde. Le quatrième consiste à considérer le désir de liberté comme une aspiration qui transcende les diverses cultures et, à cet effet, l’Islam est compatible avec la démocratie. Le cinquième postulat insiste sur la nécessité d’opérer des réformes économiques en même temps que les réformes politiques. Toutefois, Scott Wralks observe qu’au niveau de l’application, le projet américain butte sur des problèmes majeurs inhérents notamment à la crédibilité de la politique de l’administration Bush mais aussi à une opposition de principe de larges secteurs socio-politiques mais également de quelques élites représentatives. Il retient la réflexion de Chirine Ebadi, l’avocat et prix Nobel de la paix, qui a considéré que «la démocratie n’est pas une marchandise. Elle ne peut par conséquent être exportée. La démocratie est une culture. Elle n’est pas un cadeau, ni une bombe qu’on largue d’un avion». Abdelmajid HAOUACHI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com