«La farce blanche» : Croisade contre le racisme





La lutte contre le racisme, la troupe théâtrale de la Ville de Tunis en a fait son dada depuis un certain temps. Elle a présenté au Théâtre Municipal de Tunis la nouvelle version de sa pièce “La farce blanche”, dédiée pour cette cause, malheureusement devant une poignée de fans du quatrième art. “La question des Noirs, c’est toujours l’affaire des Blancs”. Cette assertion doit être révolue. C’est en substance le message que veut véhiculer la Troupe théâtrale de la ville de Tunis, sous la conduite de Mouna Noureddine. En croisade contre le racisme et la domination de l’Homme par l’Homme, cette troupe théâtrale a choisi de traiter ce thème sous un angle purement historique. C’est, en effet, dans une colonie des descendants de Darwin, le savant anglais, fondateur de la doctrine de l’évolutionnisme unilinéaire qui prônait la supériorité de la race blanche sur celle noire, que Mohsen Ben Abdallah, metteur en scène de cette pièce, a trouvé sa source d’inspiration. La scène se passe dans la maison de l’un des colons anglais implanté en Afrique du Sud vers la fin du 19ème siècle. Ici, on considère le Noir comme un être inférieur, exploitable, taillable et corvéable à merci. Pourtant, cette famille bourgeoise anglaise d’antan doit toute sa richesse aux bras et à la sueur des esclaves noirs braves. Malade de mégalomanie, le père de famille ainsi que son épouse ont, pendant une bonne partie de la vie de leur couple, débattu de cette question de la supériorité de la race blanche sur celle noire. Cette question a aussi nourri des disputes et des querelles partout lorsque Anna a eu un jour à aborder la question de l’éventualité d’un mariage entre un esclave noir et une fille blanche. Les débats prennent ainsi une autre tournure. Et les différents protagonistes commencent à apaiser leurs mots pensant aussi à améliorer la condition des Noirs. La pièce finit par un tableau hautement émouvant, montrant l’écroulement d’un mur. “Le racisme doit s’écrouler et tomber dans la désuétude. Comme ce fut le cas du mur de Berlin”, précise Mohsen Ben Abdallah à la fin de la pièce. * Thérapie douce “La farce blanche” a un mérite. Elle propose une sorte de thérapie douce au racisme, le grand mal de notre temps. D’une durée de 1h25 mn, la pièce soulève de nombreuses questions. Pourquoi l’homme déteste-t-il son semblable? Pour quelles raisons certains se mettent-ils au dessus des autres, en ayant comme seule astuce, la couleur de la peau? A toutes ces questions, Mouna Noureddine et sa troupe ont tenté de répondre sous une forme d’humour qualifié de “Farce blanche”, allusion au titre même de la pièce. Autre belle surprise de “La farce blanche”, c’est le langage utilisé. En effet, les acteurs communiquent entre eux dans un arabe littéraire soutenu, mais accessible à tous. “Le texte qui est celui de Manoubi Laârif ainsi que le thème traité, s'adaptent le plus à l’arabe littéraire”, nous confia Mouna Noureddine après la présentation de la pièce. Côté décor, la pièce restitue l’architecture interne d’une maison de la famille bourgeoise d’antan implantée en Afrique du Sud. On peut voir des masques et des statuettes “nègres” accrochés au mur du salon. Les différents tableaux sont parfois entrecoupés par des projections éclair, montrant une foule d’esclaves noirs. La musique de la pièce est hautement expressive. Au début de la pièce, le metteur en scène a eu recours à une symphonie classique, avant de plonger l’assistance dans les profondeurs des rythmes musicaux notamment “xosa” et “zulu” dans les derniers tableaux. “La farce blanche” est fortement édifiante et restitue une époque à jamais révolue ou appelée à l’être. Le moins qu’on puisse dire est que la troupe de la Ville de Tunis a réussi sa croisade contre le racisme. Ousmane WAGUE


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com