Saloua Rabhi : L’inspiration au cœur de l’ombre





Saloua Rabhi vient de faire son entrée dans le monde de la poésie avec force. Son premier recueil intitulé “Je momifie mon ombre par l’aigle de la parole” paru fin 2004 est un témoignage sur la subtilité de notre monde et sa face cachée. La poétesse effectue à travers son recueil de poèmes une véritable ballade dans le monde de la parole, des signes et de la pensée subtile. Elle a opéré une rupture entre son propre mode de versification et les genres poétiques classiques. Saloua Rabhi s’identifie, en effet, à la poésie qu’elle réduit d’ailleurs à la vie. “J’écris parce que la poésie est une vie”, écrit-elle en substance en guise d’introduction de ce recueil de poèmes. Composé de 23 poèmes, ce livre de 75 pages est en quelque sorte une investigation dans le secret des mots, du langage et des lettres. La poétesse y met en relief un genre poétique qui s’évertue à analyser les différentes formes de la parole qu’elle relèvent soit de l’oral ou de l’écrit. Dès les premiers vers, elle affiche la couleur en inventant ses propres expressions poétiques. “Des mots danseurs”, “Les cris de l’ombre”, “La voix de l’ombre”, “L’ombre d’une femme”; telles sont, entre autres, quelques-unes des expressions avec lesquelles Saloua a chargé ses vers. Dans ce recueil, tout tourne en effet autour de l’ombre. Les trois parties de l’ouvrage comme les titres des poèmes composés tentent de créer une harmonie lexicale et poétique entre “l’ombre”, le mot-fétiche de Saloua et les messages qu’elle veut véhiculer. Elle n’a d’ailleurs pas de message précis à véhiculer, mais un ensemble de vers codés, subtils que les lecteurs sont invités à décrypter. C’est en quelque sorte sa méthode. Une méthode bien particulière et par laquelle elle tente et veut faire découvrir la face cachée des mots, de la parole et du langage. Un langage qui, selon Maurice Merleau Ponty, travestit le réel et ne montre que sa face voilée. Ainsi, à travers cette démarche, ce recueil de poèmes tente de décrypter et de faire découvrir, à la fois, la face cachée des choses, l’inconnu et l’insaisissable des phénomènes fondamentaux de la nature. D'ailleurs, à la fin de son recueil, elle invite à chasser cette ombre synonyme de doute pour découvrir la face réelle des choses. Cette dernière démarche place d’ailleurs la poétesse dans la même lignée de la méthode platonicienne ayant comme source d’inspiration le mythe de la caverne dans laquelle étaient détenus des prisonniers. Dès leur libération, ils découvrent la réalité des choses. “Après l’ombre, ne retrouve-t-on pas la lumière?”. A cette interrogation nous invite implicitement la poétesse à la fin de son livre dont la dernière partie est consacrée aux conseils de “l’ultime ombre” et dans laquelle elle invite à chasser définitivement l’ombre du doute. Ousmae WAGUE


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com