Les jeunes et l’agressivité : De l’acte gratuit à la légitime «défonce»…





Quant le stress et la routine s’ajoutent à un rythme de vie déjà assez difficile, cela donne naissance, dans certains cas, à des actes d’agressivité et de violence. Un excès d’énergie et une force que certains jeunes extériorisent, hélas, négativement. Actes héroïques ou moyens de se défendre, les jeunes expliquent les dessous de leur agressivité. Tunis - Le Quotidien Avant d’atteindre l’âge de la jeunesse, il ont été des enfants. Un enfant qui vit au sein d’une famille équilibrée aura, a priori, plus de chance d’être à son tour un être équilibré et sain d’esprit. Par contre, certains ne vivent pas normalement l’une des étapes capitales dans leur vie enfantine. Chaque enfant passe par une étape d’imitation vers l’âge de trois-quatre ans. Le premier modèle qu’il imitera est généralement le père ou la mère. Or,il arrive que l’un de deux soit atteint de troubles psychologiques et fasse preuve d’agressivité avec son enfant, son conjoint ou avec autrui. L’enfant, dans ce cas, grandit dans un cadre où la violence existe. Le terrain sera, dès lors, favorable pour que violence et agressivité cohabitent, ne serait-ce que dans le subconscient du petit. D’ailleurs, il suffit de surveiller un petit qui a vécu dans une atmosphère de frustration et de violence pour s’apercevoir qu’il agit fréquemment d’une manière agressive, ne ce serait-ce qu’en jouant ou à travers son comportement avec les autres enfants de son âge. L’enfant grandit, et devient jeune et ces tendances grandiront avec lui. C’est un point de vue psychologique. Cela dit, certains sont aussi agressifs sans avoir été victimes ou témoins d’un acte d’agressivité. Fouad Jouini, 21 ans, un jeune qui prépare son brevet de technicien professionnel, avoue avoir été acteur d’agressivité bien que cela soit rare. «D’habitue, je suis calme et je me maîtrise. Mais il arrive que j’agresse quelqu’un», dit-il. Fouad ne peut pas être qualifié d’agressif. S’il agit de la sorte, c’est généralement par «légitime défense». «Je n’ai jamais commis d’acte agressif. J’ai eu recours à la violence verbale, aux hurlements pour stopper une injustice. Toutefois, quand le «verre» de ma patience déborde et que quelqu’un essaye de me violenter, je me défends… Je pense que le stress, la routine et l’immoralité de certains sont des facteurs qui alimentent l’agressivité», ajoute-t-il. Mourad Ben Sdira, 19 ans, élève en 5ème année, s’en prend aux objets quand il s’énerve. Du coup, il se sent soulagé. Mais il arrive qu’il perd les pédales et donne quelques… coups. «Quand cela ne tourne pas rond, que tout marche de travers «I’m fed-up». La routine, le stress, l’injustice de certains me laissent dans un état second. Je disjoncte, j’entre dans ma chambre et je commence à casser des objets. Il y a deux ans, j’ai commis un acte de violence contre un copain qui m’a trop énervé. J’ai jeté une pierre sans vraiment le viser et il l’a reçue dans la tête… J’ai regretté cet acte et depuis j’essaye de me contrôler», dit-il. Il faut dire que Mourad a eu droit à des «corrections brutales» de la part de son père depuis son enfance. «J’ai été dans mon enfance victime de fessées et de corrections pour la moindre gaffe. J’ai dû probablement m’y habituer. J’avoue que lorsque l’adrénaline me monte à la tête, je deviens incontrôlable et cela me fait peur. Je ne veux pas être ainsi. Je suis bien conscient que la violence ne résout pas les problèmes», ajoute-t-il. Depuis deux ans, Mourad a choisi de «vider sa caisse» à son meilleur ami. Le jeune homme se calme, une fois sa peine révélée. Mohamed Ali, 19 ans, élève est… cool. Le jeune homme garde toujours son sang froid. «Je ne vois pas pourquoi l’extériorisation prend la plupart du temps une forme négative ! Il y a plusieurs moyens pour se défouler sans avoir recours à la violence. Quand je me sens énervé, stressé ou frustré, je vais au stade. C’est un lieu où on peut crier, chanter et cela a un effet totalement positif. Certes, quand j’étais enfant, j’ai eu droit à des corrections sévères et à beaucoup de «non» catégoriques et frustrants… C’est la vie, on ne peut pas tout se permettre», dit-il. Mohamed Hammami, 17 ans, élève, est nerveux. «Il faut de prime abord faire la différence entre agressivité et défense agressive. Je ne provoque jamais les choses. Mais quand on me cherche, on me trouve. Je ne peux pas accepter qu’on me violente, qu'on m’agresse ou qu’on me braque sans réagir». Mohamed se contente de se défendre. Cela dit, quand tous ces jeunes là s’énervent, ils optent pour les… injures qui rentrent aussi dans le cadre de la violence verbale. Amel, 18 ans, élève, n’a jamais prononcé un gros mot, elle n’a jamais non plus battu quelqu’un et elle pense que la violence est plutôt une spécialité masculine. «Généralement, ce sont les hommes qui ont un degré d’agressivité assez élevé. Toutefois, je pense que tous ceux qui râlent, qui rouspètent tout le temps, qui optent pour les actes violents et agressifs ont un problème psychologique grave. Ce sont des personnes qui s’auto-méprisent et qui souffrent d’un manque de confiance en eux-mêmes et ont un complexe d’infériorité. Ils compensent leur manque par la violence et l’agressivité pour réussir à se faire une place au sein de la société. J’ai un ami qui agit de la sorte. Il médit tout le monde, il a un caractère belliqueux. Il a l’impression d’être au dessus de tout le monde et il démarre au quart de tour. J’ai mis longtemps pour le convaincre d’aller voir un psychiatre et justement il s’est avéré qu’il a des troubles psychologiques et qu’à la longue il pourrait devenir dangereux. A présent, il reconnaît son trouble et il essaye de se maîtriser», dit-elle. Bon nombre de jeunes n’ont jamais frappé à la porte d’un psychiatre et leur agressivité prend plusieurs formes. Coups bas, injures, gros mots, violence verbale et gestuelle… Les parents devraient être les premiers à détecter ces caractéristiques chez leurs enfants avant que ces éléments ne deviennent une réelle maladie qui nuit autant au sujet lui-même qu’à tous ceux qui l’entourent. Abir Chemli Oueslati


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com