Hommage à Kateb Yacine : L’indomptable écrivain et «l’irrécupérable» journaliste





«Le poète des opprimés», «La voix du peuple», «L’intellectuel marginal»… divers surnoms que les chercheurs ont attribué à l’écrivain algérien Kateb Yacine pour mettre en exergue l’originalité de sa plume. Une brochette d’artiste et d’universitaires algériens étaient en Tunisie la semaine dernière pour rendre hommage à cet écrivain inclassable mais surtout dérangeant. L’hommage à Kateb Yacine a provoqué divers sentiments : l’admiration, la fascination, l’émerveillement… Quinze ans déjà après sa mort, Yacine continue à être le symbole de la révolte contre toutes les formes d’injustices et de «récupération» politique des voix de la résistance. Lotfi Madani, Mohamed Kacimi, Benamar Médiène… et Mohamed Driss, directeur du Théâtre national tunisien on marqué leur présence à la Médiathèque Charles de Gaulle et ont dévoilé des bribes de la vie de cet Algérien qui a quitté la vie au moment où naissait une nouvelle Algérie. «Kateb, homme de théâtre et journaliste», le thème de la table ronde n’a été qu’un déclic pour pénétrer dans l’univers sacré de cet écrivain hors pair. «De 1948 à 1951, Kateb Yacine a été un journaliste au quotidien Alger Républicain, il a voulu être la voix des opprimés et il a été prêt à toutes les aventures. Il a voulu être le poète du peuple sur les colonnes de son journal et cette voix qui dénonce les injustices», précise Lotfi Madani, journaliste et homme de radio enseignant à l’Université d’Aix-en-Provence qui a connu et a vécu avec Kateb Yacine pendant des années. Poète, romancier et dramaturge né en Algérie et résident en France, Mohamed Kacimi a connu Kateb Yacine via ses écrits où se croisent la révolte et la poésie «Yacine m’a fasciné par ses capacités illimitées de résistance. Quant l’Algérie a été cette immense caserne, Kateb Yacine a lancé l’Action culturelle des travailleurs. A mon avis, ce qui fait de Yacine une écrivain insaisissable, c’est qu'il n’a pas été consommé dans le sens où ses écrits n’ont pas figuré dans les manuels scolaires. Yacine fait partie d’une minorité d’intellectuels qui a été en marge et contre diverses formes de récupération. Il a été le symbole d’une possibilité de parole libre quand la parole était impossible», souligne Kacimi qui a porté quelques écrits de Yacine à la scène. Benamar Médiène a été l’un de ceux qui ont accompagné Kateb Yacine sur la route de vie. Professeur d’histoire de l’art à l’Université d’Aix-en-Provence, B. Médiène a connu Yacine juste après sa sortie de prison de Toulouse. «A ma sortie, souffrant d’un chagrin d’amour, j’ai fait la connaissance de Yacine. J’ai voulu à ce moment là faire la guerre pour libérer le monde. Ce qui m’a attiré en Yacine c’est sa capacité de séduction pour les femmes et pour les hommes et son attachement au cosmos dans le sens où les personnages de ses œuvres portent les noms des astres. Collés à la peau de l’Algérie malgré tout, nous avons fait un retour collectif à Alger», raconte Benamar Médiène. L’artiste tunisien et le directeur du Théâtre national Mohamed Driss a dévoilé lors de cette rencontre des bribes d’une histoire magique. «Je suis resté sur ma soif douze ans avant de rencontrer directement Yacine. C’était pour moi un grand point d’interrogation surtout après avoir découvert ses écrits. C’est grâce à Jacqueline Arnaud et à d’autres amis que nous nous somme croisés. J’ai essayé de l’aider à rentrer en Algérie ou de l’inviter à Tunis mais c’était impossible pour des raisons purement politiques. En 1972, j’ai rencontré le grand Yacine et nous avons présenté «Le cadavre encerclé» mais clandestinement. Après sa mort, j’ai tout fait pour que cette pièce voie le jour. C’était le vœu de Kateb», souligne Mohamed Driss qui a porté sur la scène théâtrale tunisienne les écrits de Yacine. Yacine le journaliste Peut-on considérer Kateb Yacine comme un journaliste dans le vrai sens du mot? S’est interrogé Lotfi Madani surtout que la carrière journalistique de Yacine n’a duré que trois ans. A cheval entre la rubrique «Faits divers» et la rubrique «Evénements internationaux», Kateb Yacine a été traité tour à tour d’angélique et d’insupportable par son rédacteur en chef. L’imagination fertile et la plume sensible, Yacine avait la capacité de broder des histoires en partant d’un petit détail sans importance. «Je pense que Yacine a aiguisé sa plume d’écrivain dans le journalisme. Plusieurs écrivains ont fait leurs premiers pas ainsi, je citerai, entre autres, Gabriel Garcia Marquez. Je me rappelle que Yacine a écrit deux grands reportages, parmi lesquels, «Voyage à la Mecque» où Yacine interdit d’entrée en Arabie saoudite, s’est trouvé au Soudan et depuis on l’appelle «Hadj Yacine»», précise Madani. C’est dans l’Alger républicain que Yacine a fait face à la presse coloniale en étant la voix du peuple opprimé. Et chaque fois qu’on parle de lui, c’est l’histoire de l’Algérie militante qui défile devant nos yeux. Quinze ans après sa mort, la flamme de Yacine demeure vivante et vivace. Imen ABDERRAHAMANI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com