Lassaâd Métoui : Paroles de calligraphe





Avec son calame trempé dans la sève de l’amour et de la vie, le calligraphe réinvente le monde en mille et une courbes cosmiques… Lassaâd Métoui est un calligraphe. Autant dire qu’il est aussi chorégraphe, architecte et poète. Car son art, vieux de quatorze siècles, est un peu la synthèse de tous les autres arts. Il est en tout cas au carrefour de toutes les formes d’expression que l’homme a inventées à ce jour. Bref, c’est un art total, qui fait appel à toutes les facultés créatrices de l’homme: l’inspiration poétique ou philosophique et l’imagination, le geste de la main qui redessine le mouvement de la vie, le regard qui scrute le monde et le décline en une infinité de signes. Tunisien natif de Gabès il y a une quarantaine d’années, résident en France depuis le début des années 1980, Lassaâd Métoui a fait des études artistiques qui l’ont amené à butiner. C’est finalement vers la calligraphie qu’il s’est tourné pour donner libre cours à son énergie créatrice. “J’ai étudié l’histoire de l’art et la calligraphie latine. En Belgique, j’ai pratiqué l’art figuratif. C’est un cheminement naturel qui m’a conduit vers la calligraphie…”, raconte ce jeune artiste qui a présenté son dernier livre “Abû Nuwas, Bachus à Sodome”, des poèmes du grand poète bachique arabe traduits en français par le philosophe et critique littéraire à l’Express (1989-1995), Omar Merzoug, jeudi dernier à la librairie Clairefontaine de Tunis. “La représentation du corps humain est basée sur le point, le trait, la courbe, le mouvement et l’espace. Mais l’image devient mot et le mot signe”, explique Lassaâd Métoui. On ne naît pas calligraphe, on le devient. C’est le cas de cet artiste qui, dès son jeune âge, s’est passionné pour le dessin, mais a toujours été fasciné par les formes, le volume, les arabesques. C’est en France, où il a débarqué à l’âge de 16 ans, qu’il a redécouvert l’art de la calligraphie; une calligraphie moderne, revue et corrigée par des artistes contemporains comme l’Iranien Zenderoudi et le Tunisien Mehdaoui. Ce qui l’a le plus fasciné dans cet art c’est sa spiritualité. A travers le mouvement, la matière, la couleur, la composition… l’artiste atteint les cimes de la beauté, de l’accomplissement de l’amour. Car la calligraphie c’est aussi un peu à sa manière un amoureux qui décline sa sensibilité et sa passion à travers les signes d’un improbable alphabet. Bref, le corps fait signe et le signe exulte. Le mouvement des lettres dans l’espace est comme le souffle de la vie. N’est-ce pas ainsi qu’est née l’écriture comme un besoin d’établir une communication entre le corps et le cosmos, l’homme et l’univers, la matière et l’idée? Il y a de l’engagement vers le sacré, une orientation vers la sagesse qui devient expression sur tous les supports: céramique, toile, papier, installation… “Avec les lettres, on fait des êtres”; ajoute Lassaâd Métoui qui a exposé ses œuvres calligraphiques en France, Espagne, Italie, Suisse, Pays-Bas, Egypte… Il a aussi publié de nombreux ouvrages dont “Le Jardin parfumé” (Edition Paris-Méditerranée), “Les cent noms de l’Amour” avec Malek Chebel, un album “Danse avec le vent”, sur les textes de Rilka, Stendhal, Proust, Aragon…, mais aussi sur les textes de Jibrane Khalil Jibrane, “Les dix portes de l’Amour” (Edition Dervy, Paris), “Amour, ta blessure dans mes veines” (Lattès éditions). Lassaâd Métoui est un artiste complet qui sait à sa façon insuffler en nous le souffle de l’amour, de la sagesse, de la beauté pour aimer l’amour. Zohra ABID


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com