«Les coups de cœur» : Lumineux Godard





«Pierrot le fou» de Jean-Luc Godard a été projeté avant-hier à la salle du 7ème Art dans le cadre du cycle «Les coups de cœur» des «Cahiers du cinéma» des années 50 à nos jours. De l’émotion… et des souvenirs… Pierrot s’appelle réellement Ferdinand. Il n’est pas fou mais presque. Sa raison c’est la vie dans sa splendeur, son intelligence, sa poésie. Sa folie c’est l’amour absolu et sans limites. L’amour de la vie, de la poésie, de la femme, d’une femme : Marianne, qui réunit en sa personne tout cela. Professeur d’espagnol, féru de littérature, de Mozart et des Renoir, Pierrot est las d’une vie conjugale qui ne lui apporte aucune satisfaction. Les livres le consolent de sa solitude, mais ne suffisent pas à le rendre heureux. * L’amour impossible La rencontre fortuite mais fatale avec Marianne, une jeune femme libérée, fugueuse, presque légère comme l’air mais aussi fougueuse et inconstante, va chambouler sa vie. Le couple s’embarque dans une course folle à travers la France, vers le sud, la mer, le soleil et l’aventure… Le film devient le récit de ce cheminement initiatique, de cette quête effrénée de soi dans la fuite, l’action, la couleur. On quitte l’ennui d’une ville sans âme, la grisaille de Paris vers les paysages colorés de la province… pour s’aimer, aimer, croquer à pleines dents la vie et finir dans le bleu du ciel, le rouge de braise et de sang au milieu des odeurs de l’Eucalyptus. Ainsi, griffonne Pierrot en passant dans le dernier et énième chapitre de son livre, unique livre, le livre de sa vie qu’a rythmée Marianne. Marianne qui lui a soufflé la vie. Mais aussi lui a retiré l’oxygène, car elle est l’air et la mer. Son Eve salée-sucrée, qui rame, anime et réanime. Elle est l’aria de son opéra, l’âme de son être, comme la vie insaisissable, et sans elle, il n’est rien. Bref, «sa ligne de chance». Ce «road movie», l’un des plus beaux jamais réalisés par des cinéaste français, est émouvant de vérité et de fantaisie, de drôlerie et de tristesse. * Passion, énergie et couleurs intenses Sorti en 1965, «Pierrot le fou» n’a pas pris une ride. Jean-Paul Belmondo, Anna Karina et Raymond Devos sont époustouflants, aussi vrais qu’irréels. La mise en scène de Godard est déroutante et révolutionnaire mais aussi structurée, construite, poétique voire romanesque. Presque deux heures de bonheur pur où la passion, l’énergie, la vie et la liberté riment avec l’ennui, la lassitude, la mort et l’enfermement. Cette réflexion philosophique est menée avec panache, virtuosité, technique, inventivité et esthétique pure. «L’art aujourd’hui, c’est Jean-Luc Godard», avait dit Louis Aragon, qui n’avait pas l’éloge facile. En voyant ce film, on a envie de revoir l’œuvre cinématographique complète de cet enfant terrible du cinéma français, qui n’a pas fini de nous étonner, de nous interpeller et de nous émouvoir. Merci aux «Cahiers du cinéma» qui fêtent cette année leur cinquantième anniversaire de nous avoir concocté un cycle de films «Coups de cœur» qui passent actuellement dans les salles de Tunis (7ème Art), La Marsa (Alhambra), Sousse (Centre culturel tunisien) et Sfax (Théâtre municipal). Zohra ABID


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com