“Les coups de cœur” : L’amour jusqu’à la lie





“Je tourne autour de la question qui me tourmente depuis trente ans: le cinéma est-il plus important que la vie?”, a dit un jour François Truffaut. En fait pour lui, la vie se confond souvent au cinéma. Le destin a voulu que Bernard et Mathilde se rencontrent après huit ans de séparation. Lui est marié entre-temps à une autre, Arlette qui lui a donné un enfant. Elle aussi s’est liée à un autre, beaucoup plus âgé, qui lui offre l’équilibre d’une vie conjugale sans aspérité. Dans un village du midi de la France, les deux couples, devenus voisins par le hasard (ou par la nécessité), finissent par se retrouver régulièrement au club de tennis de madame Jouve, elle aussi “rescapée” d’une aventure amoureuse qui lui a coûté sa jambe. Le vieux démon de l’amour ressurgit tel un volcan jamais éteint, qui rompt le calme de cette vie provinciale et finit dans un drame de feu et de sang. François Truffaut raconte ici, dans ce film qui date de 1981 une autre facette de l’amour passion, de l’amour fou, de l’amour déchaîné. Il le fait sobrement, presque en clinicien en filmant les gestes, les regards, les mots et les objets de la vie ordinaire qui deviennent ainsi les témoins d’une descente en enfer. Enfer de l’amour, de l’infidélité, de la jalousie, de la dépression et de la perte des repères d’une réalité qui fuit. La force de ce film est de décrire le destin des protagonistes sans parti pris ni compassion, sans même un effort pour comprendre. L’économie de la mise en scène, très intimiste et presque minimaliste, contraste avec l’intensité du jeu des acteurs, notamment Gérard Depardieu et Fanny Ardant, qui donnent corps (et âme) à leurs douces folies. Dans leur excès même, Bernard et Mathilde nous ressemblent. L’identification opère et on se sent presque complice voire des acteurs d’un drame de l’amour fou et de la folie ordinaire. En retenant ce film dans le cycle de représentation (Les Coups de cœur) organisées pour fêter leur cinquième anniversaire, les Cahiers du cinéma ont voulu rendre hommage à l’un des fondateurs de la Nouvelle Vague du cinéma français, mort en 1984 à l’âge de 52 ans, laissant une œuvre monumentale qui fait aujourd’hui le bonheur des cinéphiles. Zohra ABID ______________ “La femme d’à côté…” projeté à Sousse le 27 janvier, à Tunis le 3 février et le 4 à la Marsa; il sera proposé le 18 février à Sfax.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com