Gilles Kepel au “Quotidien” : “Non, l’Islam n’est pas terrorisme”





Professeur à l’Institut des Etudes Politiques de Paris (IEPP) et directeur de recherche au C.N.R.S, Gilles Kepel fait partie des intellectuels non musulmans qui se sont lancés dans l’analyse de la situation actuelle de l’Islam qui a fait l’objet de nombreuses interprétations fallacieuses depuis le 11 septembre 2001. Il vient de publier un nouvel ouvrage intitulé: “Fitna ou guerre au cœur de l’Islam”. Qu’est-ce qui a motivé le choix du thème de votre livre “Fitna, la guerre au cœur de l’Islam”? — L’objectif à travers ce livre est d’expliquer la situation internationale et de la faire comprendre aussi bien aux musulmans qu’aux non-musulmans. C’est une façon de contribuer en quelque sorte à lever l’équivoque sur un certain nombre d’événements qui ont abouti aux attentats du 11 septembre 2001 et les conséquences que ces événements continuent d’avoir sur le monde musulman et l’Islam, en particulier, dont l’image a été entachée. La guerre contre le terrorisme ne prend-elle pas l’allure d’une guerre contre l’Islam? — Je ne crois pas. Il faut faire la distinction entre terrorisme et Islam, même si, certains terroristes avouent être des musulmans. Mais il faut avouer honnêtement que tous les musulmans ne sont pas terroristes. Seuls ceux qui ne comprennent pas l’Islam et n’ont pas côtoyé les musulmans peuvent les qualifier de terroristes. L’Occident a tendance à faire l’amalgame entre le terrorisme et Islam. Qu’en pensez-vous? — Je ne crois pas qu’il y ait un amalgame entre l’Islam et le terrorisme. Il faut éviter que les musulmans ne soient pris en otage par les terroristes, comme l’ont montré les événements du 11 septembre, et des événements actuels dans d’autres endroits où des terroristes se réclament de l’Islam et lui donnent ainsi une image travestie aux yeux des autres, laquelle ne correspond pas à sa vraie nature. Or, l’Islam est une religion de tolérance et une grande partie des musulmans ne prônent ni le “jihadisme”, ni le terrorisme, ni la violence. Assistons-nous à une guerre des civilisations actuellement? — Je ne crois pas. Au contraire, la “Fitna” dont j’ai parlée dans mon livre est une guerre qui se passe à l’intérieur de l’Islam pour l’hégémonie. En Irak, par exemple, il y a une lutte entre les courants chiites et les sunnites aux côtés de la Résistance contre les forces d’occupation. Dans les autres régions du Moyen-Orient et particulièrement en Arabie Saoudite, le Wahabisme tente de garder son hégémonie sur les autres courants. Dans d’autres régions du monde musulman, la lutte se passe aussi entre courante opposés, se réclamant tous de l’Islam. Que faut-il faire pour rétablir les ponts du dialogue entre l’Islam et les autres civilisations et la promotion de l’esprit de tolérance, tombée en désuétude dans le monde, depuis les attentas du 11 septembre? — Le pari est jouable. De nombreux pays musulmans s’ouvrent aux autres civilisations. En Europe, et particulièrement en France, on tente, à travers la mise à jour de l’intégration des millions de Français d’origine musulmane, de réactiver le dialogue et de donner une image plurielle aux cultes. Il va falloir que les pays musulmans fassent de même, en s’ouvrant aux autres cultes. Sur quoi vous êtes-vous fondé pour élaborer ce livre? — J’ai pu l’élaborer grâce à des rencontres et la lecture de nombreux textes en arabe et dans d’autres langues sur la civilisation islamique et les derniers grands événements qui l'ont secouée. Entretien conduit par Ousmane WAGUE


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com