Tahar Ben Jelloun/ La guerre… à la guerre





Témoin de son époque, avec «La remontée des cendres», le célèbre écrivain marocain Taher Ben Jelloun s’indigne... et se révolte contre ceux qui font les guerres. Engagé, l’écrivain marocain Tahar Ben Jelloun a brisé les murs du silence. Dérangeant par son écriture sincère et par sa vision profonde du monde, Ben Jelloun a choisi de pimenter la soirée du public de la Médiathèque Charles de Gaulle par un poème récit. «La remontée des cendres», présenté en lecture croisée par T. Ben Jelloun et Yves Mézières, responsable du bureau du livre à l’IFC, a été un hommage dédié aux mémoires de ces soldats irakiens, martyrs de la guerre du Golfe. «La poésie m’aide à vivre, même à survivre ; avec ces petits mots, nous pouvons écrire nos maux», a souligné Tahar Ben Jelloun, dans sa présentation de «La remontée des cendres» qu’il a écrit à la fin de la guerre de Golfe. «J’ai été choqué en voyant les corps des soldats irakiens éparpillés... des corps anonymes alors que les corps des soldats américains ont été enveloppés dans le drapeau américain, le cercueil décoré par les fleurs... Même dans la mort, on fait la différence. Ces images m’ont choqué et ont bousculé ma plume». * Souffrance et errance Sous les yeux attentifs d’un nombreux public dont la majorité est de la gent féminine, Tahar Ben Jelloun a raconté, poétiquement, l’histoire d’une longue souffrance. Sur un ton pathétique, notre poète a transmis la voix de ces «corps anonymes» : «Ce corps qui fut un corps ne flânera plus le long du Tigre ou de l’Euphrate ramassé par une pelle qui ne se souviendra d’aucune douleur mis dans un sac en plastique noir Ce corps qui fut une âme, un nom et un visage retourne à la terre des sables détritus et absence Cette terre avide d’eau n’a eu que du sang pour irriguer le grand silence Ce désert affligé a ouvert les tranchées du sommeil et les hommes s’y sont engouffrés par milliers en un éclair la peau déchirée Une bougie allumée viellait à l’intérieur de la cage thoracique défunte Un peu du ciel habitait ces corps voués à l’oubli». Ces quelques vers ne sont que le début de ce poème intitulé «La remontée des cendres» et tiré de son recueil de poèmes «La poésie complète» où Ben Jelloun a choisi d’illustrer le réel. Entre la narration des faits et la description des «visages noircis» et des «regards suspendus» de ces victimes, la plume du poète balance. «Dans ce poème, j’ai voulu donner des figures et des voix à ces soldats. La poésie nous aide à résister à cette barbarie, à ces guerres qui bouleversent le monde. C’est vrai qu’elle n’empêche pas les barbares à faire les guerres et à tuer les innocents mais elle apaise», commente Tahar Ben Jelloun qui, lors de cette rencontre, a retrouvé son premier amour, la poésie, «Le premier amour est toujours le dernier». ! Imen ABDERRAHMANI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com